Dans les havres de la Manche : seuls 33 éleveurs ovins professionnels produisent de l’agneau de prés-salés. Et seuls cinq le font sous signe officiel de qualité AOP (cinq autres en font en Ille-et-Vilaine). À côté, une foultitude de particuliers a accès au domaine public maritime et profite de la notoriété d’un savoir-faire sans s’en imposer les mêmes contraintes.
Mais pour installer de nouveaux producteurs, la profession se heurte au manque de bergeries ou à des bergeries obsolètes. Sur les prés-salés classés Natura 2000, le temps administratif demande de longues années pour valider un projet. Un temps hélas bien souvent rallongé par des « antitout » qui multiplient les procédures juridiques et génèrent des blocages et du découragement.
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Les bergeries doivent abriter les troupeaux l’hiver bien sûr, mais aussi à chaque grande marée. Les déjections animales, dans les herbus recouverts en période de fort coefficient, ont en effet un impact négatif sur la qualité des eaux. C’est pourquoi les éleveurs sont contraints de retirer leurs animaux cinq jours avant le début de la grande marée. Le risque étant une pollution de l’eau entraînant, par exemple, de pénalisantes fermetures de baignade dans les stations balnéaires voisines.
Réserver les prés-salés à ceux qui respectent le cahier des charges
« L’AOP doit progresser sinon elle va disparaître, craint Pascal Férey, le président de la chambre d’agriculture de la Manche. Le temps nous est compté et il serait dommage de ne pas transformer l’essai ». Lors d’une visite de sa bergerie vieillissante fin août avec les élus manchots, Rolland Salle, le vice-président de l’AOP prés-salés du Mont-St-Michel, revendique « un accès au domaine maritime réservé aux seuls éleveurs AOP prés-salés Mont-St-Michel en accompagnant tous les éleveurs non AOP dans le respect du cahier des charges AOP ». La pérennité de cette filière d’excellence est à ce prix. Pour éviter le surpâturage en certains endroits et le sous-pâturage en d’autres au bénéfice de la biodiversité, il faut trouver les bons équilibres et un juste partage de la valeur ajoutée. Les parlementaires de la Manche s’affirment alors prêts à défendre une révision d’une loi Littoral trop contraignante.