Le précédent article présentait un point rapide sur les risques
sanitaires des fumiers et lisiers. Nous allons voir ici les précautions
d'utilisation qui en découlent.
Variabilité des risques selon le type d'effluent d'élevage
Les deux facteurs principaux du niveau de risque de transmission de
maladies à partir du stockage et de l'utilisation agronomique des
effluents d'élevage, outre la pathogénécité propre des agents des
contenus, sont leur concentration initiale dans l'effluent stocké puis
épandu et leurs caractéristiques biochimiques spécifiques. Or, ces
dernières s'expriment plus ou moins facilement selon la nature du
substrat. Un effet thermique épurateur dans les fumiers
Les fumiers contiennent une forte proportion de cellules générant des
fermentations dont les processus thermiques très importants limitent
considérablement la survie des agents infectieux et des parasites.
La teneur en matières solides et la température élevée atteinte des
fumiers expliquent leur effet épurateur en quelques semaines. Par
rapport aux fumiers, dans les composts, les réactions biochimiques en
milieu aérobie provoquent des élévations de températures plus rapides
et plus intenses d'une dizaine de degrés environ. Toutefois, diverses
parties de ces deux types d'effluents n'atteignent pas uniformément des
températures élevées : les parties superficielles du fait d'échanges
thermiques avec l'air ambiant et les parties profondes si la quantité
de paille est insuffisante. Il faut environ 8 kg de paille par animal
et par jour pour atteindre 60°C en fermentation anaérobie et 70°C en
fermentation aérobie. Cette quantité de paille est rarement atteinte
quel que soit le type de logement et, de ce fait, les températures qui
en découlent non plus. Cependant, si la durée de stockage du fumier,
sans nouvel apport quotidien, est de l'ordre d'un mois, on obtient en
pratique un seuil de sécurité suffisant, la durée d'une température
modérément élevée compensant l'effet d'une température très élevée,
sauf pour les ookystes de protozoaires et les œufs d'ascaris.
Une persistance plus longue au sein des lisiers
Dans les lisiers de bovins, la température reste assez basse et assez
constante (20 à 30°C). Ce phénomène est favorable à une survie des
bactéries plus longue dans ce type d'effluent que dans les fumiers et
dans les composts. Mais la compétition pour les substrats nutritifs
avec les bactéries commensales, ces dernières étant beaucoup plus
nombreuses, entraîne une disparition des bactéries pathogènes avec des
durées de stockage de deux mois s'il n'y a pas de réensemencement
quotidien par les fèces des animaux excréteurs. La seule difficulté du
contrôle de la contamination des fosses reste la latence entre
l'épandage et le remplissage total des fosses. La teneur en matière
sèche des différents produits semble jouer sur l'homogénéité des
concentrations de bactéries en différents points du stockage. La
variation est faible pour les lisiers alors que dans les fumiers,
l'écart entre échantillons du même tas peut atteindre ou dépasser un
facteur 10.
Variabilité des risques selon le type d'agents pathogènes
Certains agents pathogènes s'avèrent plus résistants. La période d'un
mois pour les fumiers ou deux mois pour le lisier se trouve
insuffisante pour permettre un assainissement des effluents par rapport
à ses entités. Des précautions supplémentaires doivent donc être mises
en place pour une prévention efficace vis à vis de ces maladies. Cela
concerne essentiellement les trois éléments ci-dessous.
Les diarrhées néonatales
En raison de la résistance des agents viraux et parasitaires
responsables des gastro-entérites néonatales, cela implique qu'en cas
de processus épidémique de diarrhée dans son élevage, le stockage des
effluents d'élevage, en vue d'utilisation sur des prairies devra être
allongé (5 mois). De plus, on évitera un épandage sur les prairies
destinées à être pâturées par les jeunes ou les couples mère - veau.
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La contamination des effluents d'élevage s'effectue essentiellement
lors de persistance d'un cadavre en leur sein. Une attention toute
particulière sera donc portée aux effluents d'élevage risquant de
contenir des cadavres d'animaux. Cela s'avère être le cas pour les
effluents d'élevage de volailles.
La paratuberculose
L'extrême résistance du germe de la paratuberculose implique que dans
les élevages atteints, l'utilisation des fumiers sur les prairies, en
particulier pâturées par les jeunes, est à proscrire ou ne peut être
réalisée qu'après une mise en tas minimum de 6 mois.
Variabilité des risques en fonction de l'environnement géoclimatique et
de l'utilisation des surfaces
Après l'épandage des effluents contenant divers contaminants, leur
concentration résiduelle (suite au stockage) et leur état physiologique
sont déterminants pour leur persistance durable dans le milieu, pouvant
aboutir à la contamination humaine ou animale. Cependant, les risques
dépendent aussi des conditions environnementales et des systèmes
d'exploitation des parcelles sur lesquelles sont épandus, avec les
déjections, les agents pathogènes. Au cours des quelques semaines de
survie potentielle en surface, les bactéries sont entraînées en
profondeur par les fortes pluies. Elles risquent alors de gagner les
réseaux d'eau, soit par infiltration de la nappe phréatique, soit par
ruissellement de surface. Des observations faites en Mayenne semblent
montrer que 80 % des cas de salmonellose clinique résultent de ce type
de contamination « directe ».
Conclusion
Les précautions sanitaires à
prendre par rapport aux engrais de ferme se déroulent en trois étapes.
Cela nécessite d'abord une connaissance du niveau de contamination des
effluents utilisés. La concentration de microbes pathogènes découle des
pathologies observées dans l'élevage. Une attention particulière sera
portée sur les pathologies à germes résistants (diarrhées néonatales,
pathologies à clostridies, paratuberculose). Une période de stockage
(sans nouvel apport quotidien) d'un mois pour les fumiers ou composts
(bonnes pratiques de réalisation nécessaires) ou de deux mois pour les
lisiers permet d'obtenir un seuil de sécurité suffisant. En cas de
présence de pathologie à germes résistants, l'action sera adaptée
(non-utilisation sur
prairies pâturées, durée de stockage augmentée). Les risques résiduels
résultant de l'utilisation agronomique des effluents d'élevage sont
surtout ceux de la contamination directe de l'eau des mares ou des
cours d'eau. De plus, n'oublions pas dans nos éléments de prévention la
désinfection des matériels de transport et de manipulation des
différents effluents d'élevage, en particulier pour ceux utilisés
collectivement. Enfin, là aussi, comme dans toute action sanitaire de
prévention, l'action doit être individuelle mais aussi collective afin
d'éviter les contaminations de voisinage (transmission par l'eau).