D’après un rapport de la Cour des comptes de l’Union européenne, les organisations de producteurs en fruits et légumes peinent à se développer et à négocier avec la grande distribution, avec une attractivité et un nombre d’adhésion en baisse. Et cela malgré le soutien financier de l’UE.
Un peu plus d’un milliard d’euros. C’est le montant qu’a alloué la Commission européenne au soutien des organisations de producteurs (OP) de fruits et légumes de l’Union en 2023, soit 0,6 % du budget total de l’UE. Pourtant, selon un rapport de la Cour des comptes européenne rendu public le 15 septembre, cette aide qui améliore en partie la compétitivité des producteurs, ne suffit pas à enrayer le déclin de l’attractivité pour les OP du secteur ni à faire le poids face à la grande distribution. « Elles [les OP] n’ont ni la taille ni la notoriété suffisantes pour négocier en position de force. La Belgique et les Pays-Bas sont les seuls pays où ces organisations ont un poids économique significatif », peut-on lire dans le rapport.
Une baisse de 39 % du nombre de producteurs membres d’une OP entre 2012 et 2023
Ces fonds européens ont permis aux OP de moderniser leurs équipements, automatiser leur production, économiser l’énergie et l’eau, obtenir des certifications de qualité, améliorer le conditionnement et la logistique ainsi que développer des labels.« Cette politique renforce également la position des producteurs lors des négociations avec les acheteurs, même si, dans la plupart des cas, ils ne font toujours pas le poids face aux grands distributeurs », explique Keit Pentus-Rosimannus, membre de la Cour des comptes européenne et responsable de l’audit.
Néanmoins, les auditeurs, qui ont étudié les programmes opérationnels de 57 organisations de producteurs et se sont rendus auprès de 19 associations en Espagne, en Italie, en France et en Pologne, pointent le déclin d’intérêt des producteurs pour ces structures. On en dénombrait 1 488 sur l’ensemble de l’UE en 2024, avec 187 372 membres. La France en comptait pour sa part 195 en 2022.
« Le nombre de producteurs qui en font partie a diminué de 39 % depuis 2012 et leur part de la valeur du marché est en baisse depuis 2017 », détaille l’auditrice estonienne pendant la conférence de presse. A noter que cette baisse s’explique en partie par le recul du nombre d’exploitations en fruits et légumes, combiné au manque de nouveaux installés. Mais « le nombre d’adhérents à des OP dans le secteur a reculé plus rapidement que celui des exploitations de fruits et légumes dans l’UE», affirme le rapport.
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Les raisons de cette érosion ? D’abord, les politiques nationales jouent un rôle important sur le développement des OP. Le rapport met d’ailleurs en avant de grandes disparités selon les Etats membres. Par exemple, la part de la production commercialisée par leur intermédiaire varie de 0,8 % en Slovénie à 86 % au Danemark (43 % en France). En plus du soutien inégal selon les pays membres et des législations nationales plus ou moins restrictives, l’audit remet aussi en causela complexité des règles européennes et l’absence de réponse de la Commission aux problèmes qu’elle a elle-même identifiés. « Ni la PAC 2023-2027 ni le train de mesures de simplification adopté en décembre 2025 n’ont proposé de modifications substantielles de la politique, » insiste le rapport.
Pour pallier cette problématique d’attractivité, les auditeurs de la Cour des comptes recommandent d'harmoniser les réglementations nationales pour les OP de l’UE afin de garantir des conditions de concurrence plus équitables. La Commission devrait, d’après l’audit, adresser aux Etats membres des mesures concrètes pour rétablir l’attractivité des OP, sans en détailler les ressorts concrets. Enfin, les auditeurs préconisent de simplifier les taux de cofinancement dans le cadre de la prochaine PAC. « Alors que les discussions autour du nouveau cadre financier pluriannuel (CFP 2028-2034) battent leur plein, le moment est venu de réfléchir à la manière de tirer le meilleur parti des financements européens dans le secteur des fruits et légumes. Et à la manière d’accorder aux États membres la flexibilité dont ils ont besoin sans remettre en cause le caractère « commun » de la politique agricole commune », conclut Keit Pentus-Rosimannus.