Chiens, famille et terroir : l'élevage comme un art de vivre

- - 6 min

À vingt-neuf ans, Clara Brette vient de réaliser ce dont elle rêvait depuis l'adolescence : monter son exploitation. Installée officiellement cette année, elle consacre désormais ses journées à ses chiens, onze beagles et deux Welsh Corgi Pembroke, sur son exploitation à Saint-Angel.

À vingt-neuf ans, Clara Brette a réalisé son rêve d'adolescente : monter son exploitation d'élevage canin à Saint-Angel, entre beagles de chasse et Welsh Corgi Pembroke, avec la rigueur d'une installée en élevage bovin.

Rien ne la prédestinait pourtant à l'agriculture. Originaire de la région parisienne, elle a passé toutes ses vacances en Corrèze, où sa famille paternelle est installée. « Quand j'aurai dix-huit ans, je viendrai vivre en Corrèze », répétait-elle. À dix-huit ans, elle a tenu parole.

Son parcours professionnel est un vrai panel des métiers de l'élevage : un an comme ouvrière agricole dans le Puy-de-Dôme (vaches salers, porcs en plein air), un BPREA en alternance à Naves chez Daniel Couderc, puis deux ans comme technicienne d'élevage chez Sobeval. « J'ai appris énormément, mais je n'étais pas assez proche des animaux. Je rêvais d'être dehors, sur le terrain. » Elle est alors retournée en ferme, chez Cécile Raymond à Neuvic, où elle a découvert la traite et la transformation fromagère, la seule production qui manquait à son arc.

Du rêve d'une meute au projet d'installation

En parallèle, Clara nourrit une autre passion, héritée de son père : la chasse au chien courant et le beagle. Dès qu'elle rentre du travail, elle sort ses chiens, « qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige ». C'est son meilleur ami, éleveur de griffons bleus dans le Cantal, qui la pousse à se lancer : « Tente, même si tu travailles à côté. » Elle obtient l'ACACED, crée son numéro de SIRET via la Chambre d'agriculture et démarre en micro-BA comme cotisante solidaire, toujours salariée. Une première portée, puis une deuxième : « J'étais tellement heureuse d'élever mes chiots et de leur trouver de bonnes familles. »

Mais le stress des mises-bas en son absence et le temps de sociabilisation que réclament les chiots la convainquent qu'il faut franchir le pas. Le déclic vient d'un coup du sort : après son congé maternité, la ferme où elle travaille arrête la transformation. « J'avais prévu de m'installer d'ici 1 ou 2 ans. Je me suis dit : c'est le moment. »

Une installation « comme en bovin »

Car Clara a voulu faire les choses dans l'ordre : parcours complet d'installation, suivi par la Chambre d'agriculture, prévisionnel, stages, Certicrea et stage de 21 h. « J'ai fait tout le parcours comme n'importe qui s'installerait en bovin, parce qu'on a le même statut. »

Une rareté : à la Chambre, on lui confie qu'elle est à peine la deuxième éleveuse de chiens à passer le parcours complet, beaucoup s'arrêtent à l'ACACED. Son installation est classée (plus de neuf chiens de 4 mois), avec les contrôles qui vont avec : déclaration en mairie, visite vétérinaire annuelle, elle est au régime ICPE et doit déclarer à la DDP.

Le budget total ? Près de 50 000 € d'installation, sans compter les reproducteurs : comptez 1 500 à 2 000 € pour un Beagle de bonne lignée, 2 000 à 3 000 € pour un Corgi, plus les tests de santé (maladies génétiques, radios hanches et coudes).

Faire les choses bien

Son credo : la rigueur. Tests de santé systématiques, expositions canines pour valoriser ses chiens, mariages réfléchis via la centrale canine. 80 à 90 % de ses chiots beagle partent en famille de compagnie. « Quand on se lance en élevage canin, c'est très compliqué d'avoir de bons éleveurs qui font confiance à un nouveau et qui lui cèdent leurs lignées. »

Clara a eu cette chance : Manon, une éleveuse croisée sur les réseaux sociaux, partageant les mêmes valeurs, lui a ouvert son élevage, la guide pas à pas et est toujours présente dans les moments de doutes et de questionnements.

Point particulier : elle est aujourd'hui, à sa connaissance, la seule éleveuse de Corgi en Corrèze. Une race qu'elle a découverte par coup de cœur : « C'est l'opposé du beagle : un pot de colle qui écoute au doigt et à l'œil. Le beagle me permet de toucher les chasseurs et les familles ; le corgi, essentiellement les familles. »

Une éleveuse chasseuse

Avec ses beagles, Clara chasse au cerf et au chevreuil, « tout le monde se met au sanglier, mais il n'y a plus de meute pour chasser le cerf et le chevreuil ». Ses chiens portent des gilets de protection pour la sécurité et la visibilité, elle travaille avec Canihunt qui équipe ses chiens pour la chasse et leur protection. La fédération fait appel à elle pour les battues.

Ses chiots, vendus à dix semaines, pucés, vaccinés et sociabilisés à la maison, aux enfants, aux chevaux ou à la ville selon les familles, partent vers des foyers soigneusement choisis. « Ce sont mes bébés. On préfère les savoir sur un canapé que dans un chenil. »

La vie de tous les jours

Maman d'une petite fille, trésorière des JA de Neuvic et déléguée de canton, Clara partage son quotidien sur Facebook, Instagram et TikTok et compte plus de 11 500 abonnés. « Les gens veulent savoir à quoi ressemble l'élevage, comment les chiots sont élevés. » Un site internet présente les races, les pedigrees et les tests de santé de chaque chien.

Son conjoint, technicien forestier, qui la soutient à 100 % dans son projet, a construit le chenil de A à Z et a pris le relais pendant son congé maternité.

Objectifs : atteindre six femelles reproductrices et deux mâles par race, « je veux avoir le temps de passer du temps avec tout le monde ». Objectifs : terminer les travaux d'ici 2027, et pourquoi pas d'autres projets par la suite.

« Il y a une part de moi qui est fière : mon père m'a transmis sa passion de la chasse et son amour du beagle. Je continue ce qu'il m'a transmis, et j'en fais mon métier. »

 

Voir plus

Plus d’articles sur ce thème

Contenus partenaires