Lors d’une conférence au Sommet de l’élevage, l’équipe d’Inosys Bovins Viande du bassin charolais a présenté des simulations des impacts de la sécheresse sur les résultats économiques d’exploitations cas-type de naisseur et naisseur-engraisseur.
« L’été 2026 a été largement déficitaire en précipitations, avec 40 % de précipitations en moins en moyenne sur l’ensemble du territoire. En septembre, c’est pire, puisque qu’il s’agit de 70 % de déficit », a indiqué Caroline Monniot, agroéconomiste pour l’Institut de l’élevage lors d’une conférence au Sommet de l’élevage.
La sécheresse et les canicules ont fortement impacté la pousse de l’herbe. « Certaines régions, comme Bourgogne Franche-Comté, Centre Val-de-Loire et Grand-Est ont été particulièrement touchées. Dans le bassin Charolais, au 20 septembre, la pousse de l’herbe représentait 50 % de la production annuelle contre 88 % en moyenne à cette période de l’année », a constaté Christèle Pineau, chef de projet pour l’Institut de l’élevage.
Dans de nombreuses exploitations, les bovins sont affouragés depuis le depuis du mois de juillet, et le pâturage n’a pas pu reprendre à l’automne, impactant les stocks fourragers. L’équipe Inosys bovins viande du bassin charolais a effectué des simulations pour tenter d’évaluer les impacts économiques du déficit fourrager liés à la sécheresse sur les élevages bovins allaitants.
Des simulations sur deux systèmes : naisseur et naisseur-engraisseur
Ils ont considéré deux types d’exploitations (Cas-type) : Naisseur engraisseur de jeunes bovins (1 UMO, 140 ha de SAU dont 107 ha d’herbe et 6 ha de maïs ensilage, 80 vêlages, de novembre à janvier, 370 kg vifs/UGB de viande produite, 27 ha de grandes cultures dont 14 ha de céréales autoconsommées), ou naisseur avec vente de femelles finies (1,7 UMO, 165 ha de SAU dont 140 ha d’herbe et 5 ha de maïs ensilage, 110 vêlages, de décembre à mars, 339 kg vifs/UGB de viande produite, 20 ha de céréales dont 10,5 ha autoconsommées).
Les deux systèmes sont habituellement autonomes en fourrages à 100 %, avec 2,35 tMS de fourrages par UGB pour le système naisseur engraisseur, et 1,92 tMS de fourrages par UGB pour le système naisseur.
« Nous avons simulé les résultats économiques sur 2025 et sur 2026 sans impacts sécheresse, en prenant en compte l’évolution des prix de ventes et des charges. Ensuite nous avons regardé l’impact de la sécheresse, en considérant différentes hypothèse », a expliqué Christèle Pineau.
En 2025, les simulations sur les deux systèmes présentent une bonne efficacité économique, avec un EBE de 121 237 € et un EBE/produit brut de 43% pour le système naisseur engraisseur, et un EBE de 170 060 € avec un EBE/PB de 50 % pour le système naisseur avec vente de femelles finies.
En 2026, sans impact de la sécheresse, l’efficacité économique des deux systèmes serait restée bonne, malgré une légère détérioration liée à des charges en augmentation et des prix baissiers cet été. L’EBE du système naisseur engraisseur aurait été de 125 696 € avec un EBE/PB de 42%. L’EBE du système naisseur aurait été de 143 265 € avec une EBE/PB de 45%.
Une hypothèse de perte de rendement de 75 % pour le maïs, 20% pour l’herbe récoltée
Pour évaluer les potentiels impacts de la sécheresse sur les résultats économiques, l’équipe d’Inosys bovins viande dans le bassin charolais a pris l’hypothèse d’une baisse de 75% de rendement pour le maïs ensilage, et de 20% pour l’herbe récoltée. Elle a également évalué un affouragement estival pour 120 jours, de juillet à octobre inclus, puis un hiver de 150 jours, de début novembre à début avril.
Les conseillers se sont basés sur une ration d’entretien hivernale composée de foin, paille et mélasse, et sur un prix d’achat des fourrages de 160 €/t.
« Dans les simulations, nous n’avons pas compté le temps de travail supplémentaire, ni la hausse des charges de mécanisation pour l’affouragement et la distribution d’eau l’été », a précisé Claude Vincent, conseiller bovins viande à la chambre d’agriculture de l’Indre.
L’effet de la sécheresse et des canicules sur les performances zootechniques n’a pas non plus été évalué, mais pourrait impacter les élevages sur plusieurs années, avec des baisses de fertilité ou des avortements.
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Dans les simulations, l’EBE chute de près de 50 % dans les systèmes naisseurs
Pour le système naisseur, avec vente de femelles finies, le déficit fourrager hivernal a été évalué à 94 tMS. Un seul scénario a été simulé : l’achat des fourrages manquants avec sevrage précoce des veaux. Dans ce scénario, le surcoût lié à la sécheresse est estimé à 400 €/UGB. « Dans cette situation, l’EBE chute de près de 50% par rapport à une situation sans sécheresse, c’est considérable ! », a alerté Claude Vincent. L’EBE tombe à 79 591 €, avec un EBE/PB de 25 %.
« Dans le système naisseur engraisseur, le bilan fourrager simulé présente un déficit hivernal de 73 tMS, a indiqué Claude Vincent. Nous avons étudié les conséquences sur les résultats économiques de trois stratégies différentes : l’achat des fourrages manquants en gardant la même conduite, l’achat pour affourager le troupeau souche l’été et le passage en ration sèche pour les JB et l’arrêt de l’engraissement des mâles ».
Pour les deux premiers scénarios, le surcoût lié à la sécheresse est respectivement évalué à 310 et 319 €/UGB. L’EBE chute et l’EBE/PB tombe à 25%.
Un risque de décapitalisation du cheptel
Le troisième scénario, avec arrêt de l’engraissement et vente des broutards repoussés est encore plus impactant. Le surcoût lié à l’achat des fourrages pour le troupeau souche est de 256 €/UGB. La perte de produit viande est estimée à 195 €/UGB. L’EBE chute à 57 484 €, avec un EBE/PB de 21 %.
Les simulations restent donc en faveur de l’engraissement, en achetant les fourrages nécessaires, face à la vente de broutards. : « l’acte de production paie encore », a résumé Claude Vincent. Cependant, la faible disponibilité des fourrages et les prix qui peuvent dépasser les 160 €/tMS peuvent rendre difficile la réalisation des scénarios avec achat de fourrages.
« Les décisions vont se prendre en fonction de l’offre de fourrages et de coproduits disponibles et de la trésorerie des exploitations, indique Christèle Pineau. Même si on ne la voit pas encore dans les remontées des abattoirs, il y a un risque de décapitalisation des cheptels, avec davantage de vaches de réforme, et peut-être moins de JB pour 2027 et les années suivantes ».