FranceAgriMer anticipe une forte baisse des stocks français de blé tendre bio en 2026-2027, sous l’effet de la hausse de la demande en alimentation animale malgré des importations accrues. Les prix, soutenus en début de campagne, en lien avec la baisse de la collecte, pourraient ensuite reculer en raison de la forte proportion du blé meunier.
En France, le stock de fin de campagne en blé tendre bio fond comme neige au soleil, en cette année de sécheresse persistante et de canicules à répétition qui ont dégradé le potentiel de production. Le stock de fin de campagne de blé tendre bio est attendu à 64 102 t en 2026-2027, contre 85 002 t un an plus tôt, soit une baisse de 25 %, selon le bilan publié par FranceAgriMer le 9 octobre.
Cette contraction du stock de fin de campagne s’explique d’abord par le recul de la collecte française. Estimée à 270 000 t, celle-ci diminuerait de 10 % par rapport à la campagne précédente, selon le bilan établi au 1er septembre 2026. Pourtant, les premiers chiffres de collecte ne traduisaient pas une telle baisse. À fin août 2026, les volumes cumulés atteignaient 182 322 t, un niveau quasiment identique à celui observé un an plus tôt à date (182 640 t). Les opérateurs tablaient donc encore sur une collecte stable avant que les prévisions ne soient revues à la baisse.
Pour pallier la moindre collecte, les importations de blé tendre bio progresseraient de 35 % à 35 000 t. Elles devraient concerner majoritairement sur du blé fourrager bio afin de répondre à la demande des fabricants d’aliments du bétail. Les incorporations en alimentation animale ont en effet été relevées de 23 %, à 93 000 t, pour compenser la faiblesse de la récolte française de maïs bio.
À l’inverse, les disponibilités en blé meunier bio sont abondantes. Le stock de report de 85 002 t est constitué majoritairement de blé panifiable et la récolte 2026 affiche également d’excellents critères technologiques.
Une note de panification historiquement haute en blé tendre bio
La récolte française de blé tendre bio se distingue par une qualité particulièrement élevée.
Le taux de protéines du blé tendre bio français s’établit cette année à 11,1 % en moyenne à l’entrée des silos de collecte, soit un chiffre dans la moyenne quinquennale, selon l’enquête auprès des collecteurs menée par Arvalis. Il est en hausse de 0,3 point par rapport à la récolte 2025. Environ 42 % de la collecte présente une teneur protéique supérieure à 11 %.
Les poids spécifiques (PS) sont élevés, avec 79,1 kg/hl en moyenne nationale, soit + 0,7 point versus 2025, voire + 2,2 points versus la moyenne quinquennale. Près de 96 % de la collecte présente un PS supérieur à 76 kg/hl.
Les temps de chute de Hagberg sont très élevés. Près de 100 % de la collecte présentent un indice supérieur à 220 secondes, contre 93 % en 2025.
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Avec une force boulangère historiquement haute (à 199 en moyenne nationale, + 25 points versus 2025), la note de panification bat des records. À 262/300 en moyenne nationale, elle est supérieure de 9 points à celle de 2025 et de 6 points à la moyenne quinquennale. Quelque 88 % de la collecte présentent une note de panification supérieure à 250/300.
De potentiels déclassements de blé tendre meunier en qualité fourragère
Le marché français apparaît donc relativement bien pourvu en blé meunier mais déficitaire en blé fourrager. Dans ce contexte, certains opérateurs estiment qu’il serait pertinent de déclasser les blés meuniers aux qualités les plus modestes vers le débouché fourrager. Une telle orientation permettrait de limiter les importations de blé fourrager à bas prix, susceptibles de tirer les cours français vers le bas et de fragiliser la filière nationale, indique un opérateur.
Pour l’heure, les fabricants d’aliments pour animaux sont à la recherche de blé fourrager bio hexagonal. Les prix à l’importation en rendu France, en provenance du nord de l’Allemagne ou du Benelux, seraient beaucoup trop chers, en raison de coûts de logistiques particulièrement élevés en ce moment, selon un expert en la matière.
Si importation il y avait, faute de disponibilités en blé fourrager bio tricolore, il serait importé de Pologne ou des pays de l’Est à un prix en rendu France, qui avoisinerait les 400 €/t, ce qui est largement au-dessus du cours en départ France, poursuit le spécialiste.
Un écart de prix qui se resserre entre blé meunier bio et blé fourrage bio
Depuis le début de la campagne commerciale, le prix moyen du blé fourrager bio a de fait progressé de 30 €/t pour atteindre 360 €/t le 14 octobre 2026, porté par la faiblesse de l’offre. Le cours moyen du blé meunier bio a suivi cette tendance haussière mais dans une moindre mesure au vu de son abondance : il n’a augmenté que de 10 €/t à 450 €/t dans le même laps de temps.
La réduction de l’écart de prix entre les deux catégories de blé tendre bio pourrait ainsi inciter certains vendeurs à valoriser les blés meuniers les moins qualitatifs sur le marché de l’alimentation animale.
Des prix de blé meunier fragilisés par une consommation stagnante
Les perspectives demeurent toutefois fragiles pour le blé meunier bio. Les utilisations de la meunerie française sont estimées à 189 000 t en 2026-2027, un volume inchangé malgré l’abondance de l’offre. Le secteur de la panification bio connaît en effet une baisse de la consommation en volume, en lien notamment avec la hausse des coûts de production.
Ce ne sont pas les exportations (10 000 t) qui vont pouvoir soutenir les prix sur le marché physique français, ces dernières étant prévues en baisse de 17 % d’une campagne sur l’autre.
Dans ce contexte, le déclassement d’une partie des blés meuniers vers le débouché fourrager pourrait contribuer à rééquilibrer le marché français et à limiter la pression exercée sur les cours.