Jeudi 22 octobre, Cantal conseil élevage recevait Alexandre Batia pour évoquer avec les éleveurs cantaliens la réponse à apporter dans les bâtiments face aux journées de canicule.
Plus chaud
L’évolution climatique vers des années de plus en plus chaudes devient une évidence à laquelle il n’est plus permis de faire comme si cela n’existait pas. Depuis la sécheresse de 2003 qui avait conduit les exploitations agricoles à trouver de nouvelles solutions pour constituer les stocks alimentaires, les records de chaleur tombent les uns après les autres à un rythme annuel qui s’accélère sur cette dernière décennie. 2026 marque d’ailleurs une étape supplémentaire tant pour le nombre de jours de canicule (au-dessus de 30°) que sur la durée de mai à octobre et le manque de précipitations (voir notre édition du 7 octobre). Cette évolution demande des adaptations de l’agriculture auxquelles Cantal conseil élevage tentait de répondre la semaine dernière sur l’exploitation de l’EARL Rousaire à Soubizergues de Saint-Georges. L’adaptation des bâtiments était ainsi abordée en compagnie d’Alexandre Batia, conseiller Rhône conseil élevage. Si le parc des stabulations a été largement modernisé depuis ces dernières années dans le Cantal, seuls les plus récents prennent réellement en compte le paramètre climatique avec, par exemple, des cloisons mobiles, l’isolation des toitures, les points d’abreuvement. Sans compter que beaucoup de troupeaux laitiers ne sortent plus guère en pleine canicule, les bâtiments constituant un refuge en période de rupture de pâture et dans une quête de fraîcheur et d’ombre. Le stress thermique perturbe la santé animale avec des conséquences sur le lait.
Refuge essentiel
L’adaptation à l’évolution climatique doit se concevoir en prenant en compte deux critères : le rendement économique lié au maintien de la production laitière et le bien-être animal. Les vaches produisent mieux quand elles se trouvent dans de bonnes conditions. Si cela représente des investissements supplémentaires, ils vont s’inscrire dans la durée, car désormais toutes les prévisions annoncent des années caniculaires à répétition. C’est à partir de ces objectifs qu’Alexandre Batia a construit son argumentaire. “Il ne s’agit pas d’abandonner un bâtiment mais bien souvent d’apporter quelques équipements supplémentaires, pour assurer une bonne aération et une bonne répartition des animaux à l’intérieur, expose le technicien du Rhône. Il fallait jusque-là lutter contre froid, comme ici en zone de montagne, mais aujourd’hui il faut lutter contre la chaleur et le Cantal n’est pas épargné.” Les éleveurs et les données météorologiques sont là pour en témoigner. Cyrille Rousaire apportait son témoignage avec une stabulation construite en 2005. Son exploitation compte 85 laitières avec 225 hectares à disposition, une production moyenne de 6 752 kg/vache, deux bâtiments “aire paillée” équipés de deux robots de traite. “Il y a une dizaine d’années, nous avons isolé la toiture, explique-t-il. La prochaine étape est d’ouvrir la façade nord pour réduire la condensation. L’installation de robots permet davantage de déplacements et limite l’effet de regroupement ce qui évite de faire entrer la chaleur. On essaye de maintenir aussi la circulation de l’air pour refroidir l’espace. Déjà avec cela, cet été, je n’ai pas constaté de baisse de lait ni de conséquences sur la santé des animaux.”
Ouvrir les bâtiments
La première chose à faire est “d’ouvrir les bâtiments. Il faut que l’air circule au maximum pour conserver les degrés de fraîcheur indispensables. Cloisons amovibles, auvents pour préserver de l’ombre le long les murs, il s’agira aussi d’ouvrir le faitage du toit pour évacuer la chaleur de manière naturelle. Au besoin, il sera possible d’installer des extracteurs ou des ventilateurs. Le toit sera isolé, car il reçoit directement les rayons du soleil, sous peine de devenir une véritable plaque de cuisson. Il faudra veiller toutefois à conserver un bâtiment lumineux en évitant les trop gros contrastes. Il sera donné plus d’espace à chaque animal avec, si nécessaire, des logettes plus larges. Afin d’éviter des tensions entre les animaux, il s’avère indispensable de multiplier les points d’abreuvement. “Il faut éviter les concentrations où les vaches dominantes bloquent l’accès à l’eau ou à la nourriture aux autres ; et cela peut très vite créer des déséquilibres dans des périodes où les vaches perdent de l’appétence”, fait remarquer Alexandre Batia. Dans le prolongement de l’amélioration des stabulations, il ne faut pas négliger d’apporter une ration alimentaire qui donne envie aux vaches de manger. Comme les êtres humains, les vaches ont tendance à moins manger quand il fait trop chaud alors, il faut veiller à ce qu’elles s’alimentent de manière suffisante dans l’optique, pour l’éleveur, de maintenir la production. C’est indispensable dans un contexte d’augmentation des charges d’exploitation. “Nous avons instauré une double pâture pour le jour et la nuit. Cela est complété d’une ration à l’intérieur du bâtiment, explique Cyrille Rousaire. Cela nous a permis de moins taper dans les stocks.” Dès lors, les adaptations des bâtiments aux évolutions climatiques apportent une solution parmi d’autres pour limiter la consommation alimentaire.