Guillaume Bapst, élu entrepreneur social de l'année 2006, propose de récupérer et d'acheter chaque jour 5 tonnes de fruits et légumes à Rungis pour améliorer l'aide alimentaire aux populations défavorisées.
Chaque année, des dizaines de milliers de tonnes de fruits et légumes ne trouvent pas preneurs sur le Min de Rungis. Dans le même temps, selon une étude sur l’alimentation et l’état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire (Abena) réalisée en 2004, seulement 1 % des populations dites défavorisées consomment les 5 fruits et légumes par jour recommandés par le programme national nutrition santé (PNNS). Plusieurs acteurs de la filière des fruits et légumes, Interfel par exemple, mais aussi du milieu associatif, comme les Banques alimentaires, se sont frottées à ce paradoxe sans réussir jusqu’ici à trouver une solution efficace. C’est pourquoi la direction générale de l’action sociale (DGAS) a demandé en janvier dernier le lancement d’une étude de faisabilité sur la récupération des fruits et légumes invendus sur le marché de Rungis.
Une jeune structure, l’association nationale de développement des épiceries sociales et solidaires (Andes), fondée par Guillaume Bapst -élu entrepreneur social de l’année 2006- et présidée depuis un mois par Jérôme Bonaldi, a remporté l’appel d’offre.
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Après six mois d’étude au cœur du marché, en collaboration avec la Semmaris, l’association vient de rendre son rapport à Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville. Actuellement le Pain de l’espoir, petite association engagée dans la réinsertion, récupère chaque semaine 700 kg des fruits et légumes voués à la déchetterie qu’elle met à la disposition des Banques alimentaires.
« On a mis le système à plat, en recrutant des personnes de plus, en travaillant 5 jours par semaine (au lieu de 4) et en facilitant le tri par des étiquettes sur les palettes récupérables, on peut atteindre 1,5 tonne dès janvier », affirme Guillaume Bapst. L’Andes prévoit en outre d’acheter des camions et de se charger de la livraison des quatre associations caritatives -que sont les Banques alimentaires, le Secours populaire, la Croix Rouge et les Restos du Cœurs- sans oublier son propre réseau de 110 épiceries.
Après Rungis, Nantes et Lyon
Mais souhaitant aller plus loin afin d’offrir chaque mois aux plus démunis 10 fruits et légumes différents, l’Andes s’est également engagée à acheter 3,5 tonnes par jour de marchandise au prix du marché directement auprès des grossistes et producteurs. Jean-Claude Reverdy, président de la chambre syndicale des grossistes en fruits et légumes de Rungis, accompagnera l’association dans ce projet en formant un futur acheteur pendant un an. Pour fonctionner ce nouveau chantier nécessite l’embauche au total de 12 personnes supplémentaires en contrat d’insertion susceptibles de décrocher ensuite un emploi fixe sur le Min. Guillaume Bapst a décroché un budget de 1,6 million d’euros pour ce projet dont 0,9 million d’euros accordés par la DGAS (la fondation internationale Carrefour fait également partie des soutiens financiers).
Ce schéma pourrait très bien être reproduit sur d’autres gros marchés d’interêt national.
« On vient de nous demander de développer le système dans un premier temps sur Nantes et Lyon », confie Guillaume Bapst.
« Il s’agit de marchés importants et proches des bassins de surproduction lors des crises agricoles ». L’enjeu est de taille puisque la réforme de l’OCM fruits et légumes applicable au 1
er janvier 2008 prévoit une augmentation substantielle de l’aide européenne aux retraits en cas d’une distribution gratuite de ces denrées à des organisations caritatives par exemple. Pour optimiser la valorisation de ces volumes retirés du marché, l’Andes envisage également de devenir propriétaire d’une usine de congélation.