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« Antibiorésistances : penser global, mais agir local »

Jean-Yves Madec (1), le « Monsieur antibiorésistance » de l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) souligne les résultats très encourageants obtenus contre l’antibiorésistance. Mais il ne faut pas baisser la garde.

Jean-Yves Madec : « Il faut étudier le rapport bénéfice-risque avant d’interdire un antibiotique ».
Jean-Yves Madec : « Il faut étudier le rapport bénéfice-risque avant d’interdire un antibiotique ».
© P. Le Douarin

Le Résapath (2) constate que les niveaux d’antibiorésistance des bactéries diminuent. Comment l’expliquez-vous ?

Jean-Yves Madec - « En effet, les courbes de résistance en baisse prouvent que la situation s’améliore d’année en année. Les raisons diffèrent selon les filières d’élevage. Celles qui sont structurées, organisées et à cycle court, comme en hors-sol, sont plus propices à obtenir des résultats rapides. S’ajoute la motivation des professionnels. Les résultats sont aussi liés au type de molécule en cause. Concernant les antibiotiques « critiques », la baisse de résistance vis-à-vis des céphalosporines est plus rapide que vis-à-vis des fluoroquinolones. Ceci est lié à des mécanismes différents d’acquisition de résistance (chromosomique ou plasmidique). »

Cette tendance va-t-elle se poursuivre et à quel rythme ?

J.-Y. M - « Oui, la résistance va très probablement encore baisser. Mais en toute logique, ce sera plus difficile dans les filières qui ont enregistré de grands progrès. Plus on avance, plus on doit actionner des leviers compliqués à mettre en œuvre, par exemple liés aux structures de production. Nous finirons par nous « heurter » à un plancher technique (l’antibiorésistance naturelle existe), mais sans doute aussi à un plancher d’acceptabilité sociétale. Quoi qu’il en soit, il faut rester vigilant car la résistance peut tout aussi réaugmenter, comme c’est le cas actuellement en médecine humaine. Restons humbles, car c’est une démarche sur le long cours. »

Existe-t-il un risque « d’importer » des résistances de l’étranger ?

J.-Y. M - "Oui, bien sûr. Mais ce risque est très variable, en fonction des bactéries, du type d’antibiorésistance, du pays, du vecteur (animaux vivants, produits, voyageurs). Par exemple, il semble peu dangereux d’importer des viandes de poulet porteuses de résistances destinées à être cuites. Il faut raisonner au cas par cas pour comprendre et évaluer le risque. Des importations de Salmonelles Kentucky multirésistantes par des aviculteurs en vacances en Afrique ont été suivies d’une transmission à leurs volailles ont été rapportées, mais ceci est resté ponctuel.

Un article scientifique révèle l’existence d’une résistance plasmidique à la colistine en Chine. Cette molécule pourrait-elle d’être interdite ici ?

J.-Y. M - « C’est une découverte importante, mais nous ne savons pas encore si elle sera décisive. Est-ce que cela va changer l’appréciation du risque Colistine que certains médecins aimeraient voir classée en molécule critique ? Il faut aussi tenir compte du contexte chinois. Cette forme de résistance à la colistine atteindrait 20 % des porcs et volailles, mais la résistance aux céphalosporines de 3ème génération y atteint 50-60 %, contre moins de 5 % en France. La question va être examinée, mais ne le faisons pas dans l’urgence. Posons-nous la question de l’impact d’une interdiction pour l’élevage. Il faudra bien continuer à soigner les animaux et à maîtriser les pathogènes. »

Quelles tendances se dessinent en termes d’usage des antibiotiques en élevage ?

J.-Y. M - « Nous sommes face à beaucoup d’incertitude. La réglementation européenne sur le médicament vétérinaire est en préparation et inclura un volet sur les antibiotiques. Il existe une lacune réglementaire européenne sur les usages des antibiotiques, qui reste du bon vouloir des États membres. Les plans d’actions nationaux, construits essentiellement dans les pays du Nord de l’Europe à l’image de notre plan Ecoantibio, ont montré leur efficacité. De toute évidence, les durcissements à venir seront plus difficilement vécus par les pays qui n’ont rien fait. Ils devraient l’être beaucoup moins pour la France. »

(1) Jean-Yves Madec est directeur de recherche à l'Anses-Lyon et chef de l'unité Laboratoire national de référence en antibiorésistance animale.

(2) Réseau de surveillance des ventes d’antibiotiques et des antibiorésistances animé par l’Anses.

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