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Président de la Chambre d'agriculture de Bretagne
André Sergent : «  Il faut déployer davantage de biosécurité dans les exploitations et les transports d’animaux »

André Sergent est agriculteur énergiculteur en Gaec à cinq dans le Finistère, plus trois salariés, en production laitière, porcine, méthanisation et photovoltaïque. Président de la Chambre d’agriculture de Bretagne depuis 2019, il réagit à l’actualité qui frappe de plein fouet les agriculteurs bretons.

André Sergent est président de la Chambre d'agriculture de Bretagne
© CRAB

L’influenza aviaire est aux portes de la Bretagne. Si quatre élevages ont été touchés fin mars, depuis, la région semble être épargnée. Quelle est la situation (à date du 5 mai) ? 

La Chambre fait un point tous les vendredis matin avec les services de l’État. Derrière les quelques cas isolés qu’on a eus, ça se calme. On nous avait dit que la météo et l’allongement des jours protégeraient, il semble que ce soit vrai, mais c’est à considérer avec prudence.  

 

Quels enseignements tirez-vous ? 

C’est dans ces moments-là qu’on s’aperçoit que le sanitaire est très important. Même si la Bretagne a un atout avec l’océan sur ses trois côtés, il faut déployer davantage de biosécurité, dans les exploitations et les transports d’animaux. On est sur des marchés à l’export, on ne peut pas s’amuser avec ça sinon ils se fermeront. Par ailleurs, il y a un sujet polémique, c’est le plein air. Je n’ai rien contre cette pratique, mais dans le cadre des règles sanitaires, il faut confiner. On nous dit que c’est la concentration de volailles qui est un problème. Oui, le risque de contamination massive est plus important avec la concentration, mais si les règles de biosécurité sont bien appliquées, il n’y a aucune raison qu’il y ait des problèmes sanitaires. Sur l’ensemble de ce que consomment les Français, la France ne produit qu’un poulet sur deux, on a besoin de produire de la volaille. 

Que fait la Chambre pour les producteurs touchés ? 

Nous avons mené des réunions dans les départements pour informer tous les éleveurs sur ce qu’ils doivent faire ou non. Ceux qui ont été touchés ont bénéficié d’une attention particulière. 

 

Autre sujet brûlant, la flambée du coût de l’aliment. La Bretagne est particulièrement touchée en volaille et porcin, quelles solutions à court terme ? 

En Bretagne, on a cette particularité d’avoir deux filières, porcine et granivore, très dépendantes des aliments achetés. Certains producteurs produisent des céréales mais elles ne représentent jamais plus de 20, 30, 50% du volume total. Rares sont ceux qui sont autonomes. Cette situation met de nombreux éleveurs bretons en situation de fragilité par rapport à des collègues d’autres régions qui ont de grandes surfaces. Face à cette flambée, on doit trouver le moyen de faire monter le prix au kilo. La volaille est en système intégré, mais pour le porc, c’est plus compliqué. On a obtenu des aides du gouvernement pour accompagner les éleveurs dans cette période de transition vers une hausse espérée des prix. Le porc a bien augmenté, passant de 1,20 € en début d’année à 1,68 €. Pour bien faire, il faudrait qu’il soit probablement à 2€. 

Et à moyen terme ? 

On a lancé, en partenariat avec la Région Bretagne, des discussions avec les régions voisines pour nous fournir des aliments à un coût raisonnable, ce qui éviterait aussi de s’approvisionner à l’autre bout de la planète. 

 

À cela s’ajoute la hausse des engrais azotés et de l’énergie. Quelles mesures peuvent être prises ? 

On a cette chance en Bretagne d’avoir de la matière organique produite par nos élevages et d’avoir bénéficié d’un changement de règles pour nous permettre de l’utiliser. Cela nous permet d’être un peu moins impactés par la hausse des engrais chimiques. 

 

Et concernant l’énergie ? 

La situation est très tendue pour les serristes, le coût de l’énergie a été multiplié par dix et ce poste représente une part très élevée de leur coût de production. Ce n’est pas tenable, il faut trouver une solution. Elle ne se trouvera pas dans l’immédiat mais à moyen terme : des alternatives sont en cours de recherche, comme la pyrogazéification, pour récupérer le gaz de certains ligneux. Par ailleurs, la Région finance depuis trois ans la production photovoltaïque pour l’autoconsommation des fermes. 

 

Le prix du lait conventionnel est en train de rattraper celui du lait bio. Comment les éleveurs bio bretons, pionniers en France, vivent-ils cette situation compliquée ? 

Je suis malheureux pour les éleveurs pris dans ce contexte. Ce n’était pas prévisible. Derrière cette baisse, il y a le problème du pouvoir d’achat. Le lait bio se positionne sur des marchés, comme les autres, et quand ces marchés se retournent, c’est la crise. En 2021, 40% des installations en Bretagne (toutes productions confondues) se sont faites en AB. Je me demande si on ne va pas emmener un certain nombre droit dans le mur. 

A lire notre dossier sur le bio : Le bio victime de la conjoncture

Les discussions dans le cadre d’Egalim 2 ont-elles porté leurs fruits en Bretagne ? 

Dans la profession, il y a une certaine prudence vis-à-vis d’Egalim. Je considère que ça a fait bouger les lignes et que la loi a démontré qu’on ne pouvait plus continuer comme avant parce qu’on était en train de détruire la production. Cela dit, nous travaillons au sein d’une chaîne, avec les transformateurs, qui appartiennent à des coopératives parfois. Il ne faudrait pas qu’ils fassent les frais d’Egalim. Si on veut que le cochon soit rémunéré 2€/kg, il faut que le consommateur paye quelques centimes de plus, parce que tous les acteurs doivent pouvoir en vivre.  

 

Le 25 mars à Rennes, vous avez présenté cinq scénarios de ce qui pourrait se passer à l’horizon 2040. Un travail que la Chambre a mené durant plus d’une année. Qu’en retenez-vous ? 

Je ne retiens aucun scénario car je suis convaincu que l’avenir ne peut pas être complètement l’un ou l’autre : l’hypothèse d’une complète végétalisation de la Bretagne ou d’un green deal breton me semble irréaliste. J’entends trop souvent de la part de nos politiques, « réduisez votre production », mais si des régions comme la Bretagne ne maintiennent pas leur élevage, il n’y en aura plus et la France sera tributaire des importations. Ce qu’on veut, c’est garder cette logique de polyculture-élevage avec production de légumes, des denrées végétales pour l’élevage et une collaboration avec nos voisins pour les céréales.

 

Réponses à Arnaud Lécuyer 
 
Dans une interview pour Réussir, Arnaud Lécuyer, vice-président de la Région, s’est montré réservé sur la méthanisation, que lui répondez-vous ? 
La Bretagne est la seule Région qui n’accompagne plus la méthanisation, je dis que ce n’est pas possible, elle doit revoir sa copie. Les élus craignent qu’elle ne remplace l’élevage, ce n’est pas la réalité. Personnellement, je crois beaucoup en la méthanisation comme continuité de l’élevage. Le frein c’est l’investissement qui est très lourd, mais nous travaillons sur des projets innovants, plus abordables à l’échelle d’une exploitation.  
 
En juin, la Région présentera son plan pour l’installation-transmission, dont elle aura la responsabilité dans le cadre de la nouvelle PAC. Quelle sera la place de la Chambre ? 
Je souhaite que la Chambre, en tant que représentante de tous les producteurs, garde le rôle de guichet unique, afin d’assurer des installations avec un bon taux de réussite. Je considère que nous sommes l’organisme qui doit le faire tout en ayant un esprit d’ouverture, d’échange et de discussion, comme c’est le cas avec les Groupements des agriculteurs biologiques (GAB) aujourd’hui. 
 
Quelle est la solution pour attirer les jeunes selon vous ? 
Qu’on retrouve de la rentabilité et du revenu. On installe en Bretagne plus de jeunes qu’ailleurs, mais pas dans les grandes filières, laitière et porcine. 
 
Les coûts d’installation ne sont-ils pas un frein pour les jeunes ? 
Chez les serristes, les coûts sont bien plus importants, mais on installe des jeunes parce qu’il y a de la rentabilité, des marchés porteurs. 

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