Président de la Chambre d'agriculture de Bretagne André Sergent : « Il faut déployer davantage de biosécurité dans les exploitations et les transports d’animaux »
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La Chambre fait un point tous les vendredis matin avec les services de l’État. Derrière les quelques cas isolés qu’on a eus, ça se calme. On nous avait dit que la météo et l’allongement des jours protégeraient, il semble que ce soit vrai, mais c’est à considérer avec prudence.
C’est dans ces moments-là qu’on s’aperçoit que le sanitaire est très important. Même si la Bretagne a un atout avec l’océan sur ses trois côtés, il faut déployer davantage de biosécurité, dans les exploitations et les transports d’animaux. On est sur des marchés à l’export, on ne peut pas s’amuser avec ça sinon ils se fermeront. Par ailleurs, il y a un sujet polémique, c’est le plein air. Je n’ai rien contre cette pratique, mais dans le cadre des règles sanitaires, il faut confiner. On nous dit que c’est la concentration de volailles qui est un problème. Oui, le risque de contamination massive est plus important avec la concentration, mais si les règles de biosécurité sont bien appliquées, il n’y a aucune raison qu’il y ait des problèmes sanitaires. Sur l’ensemble de ce que consomment les Français, la France ne produit qu’un poulet sur deux, on a besoin de produire de la volaille.
Nous avons mené des réunions dans les départements pour informer tous les éleveurs sur ce qu’ils doivent faire ou non. Ceux qui ont été touchés ont bénéficié d’une attention particulière.
En Bretagne, on a cette particularité d’avoir deux filières, porcine et granivore, très dépendantes des aliments achetés. Certains producteurs produisent des céréales mais elles ne représentent jamais plus de 20, 30, 50% du volume total. Rares sont ceux qui sont autonomes. Cette situation met de nombreux éleveurs bretons en situation de fragilité par rapport à des collègues d’autres régions qui ont de grandes surfaces. Face à cette flambée, on doit trouver le moyen de faire monter le prix au kilo. La volaille est en système intégré, mais pour le porc, c’est plus compliqué. On a obtenu des aides du gouvernement pour accompagner les éleveurs dans cette période de transition vers une hausse espérée des prix. Le porc a bien augmenté, passant de 1,20 € en début d’année à 1,68 €. Pour bien faire, il faudrait qu’il soit probablement à 2€.
On a lancé, en partenariat avec la Région Bretagne, des discussions avec les régions voisines pour nous fournir des aliments à un coût raisonnable, ce qui éviterait aussi de s’approvisionner à l’autre bout de la planète.
On a cette chance en Bretagne d’avoir de la matière organique produite par nos élevages et d’avoir bénéficié d’un changement de règles pour nous permettre de l’utiliser. Cela nous permet d’être un peu moins impactés par la hausse des engrais chimiques.
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La situation est très tendue pour les serristes, le coût de l’énergie a été multiplié par dix et ce poste représente une part très élevée de leur coût de production. Ce n’est pas tenable, il faut trouver une solution. Elle ne se trouvera pas dans l’immédiat mais à moyen terme : des alternatives sont en cours de recherche, comme la pyrogazéification, pour récupérer le gaz de certains ligneux. Par ailleurs, la Région finance depuis trois ans la production photovoltaïque pour l’autoconsommation des fermes.
Je suis malheureux pour les éleveurs pris dans ce contexte. Ce n’était pas prévisible. Derrière cette baisse, il y a le problème du pouvoir d’achat. Le lait bio se positionne sur des marchés, comme les autres, et quand ces marchés se retournent, c’est la crise. En 2021, 40% des installations en Bretagne (toutes productions confondues) se sont faites en AB. Je me demande si on ne va pas emmener un certain nombre droit dans le mur.
Dans la profession, il y a une certaine prudence vis-à-vis d’Egalim. Je considère que ça a fait bouger les lignes et que la loi a démontré qu’on ne pouvait plus continuer comme avant parce qu’on était en train de détruire la production. Cela dit, nous travaillons au sein d’une chaîne, avec les transformateurs, qui appartiennent à des coopératives parfois. Il ne faudrait pas qu’ils fassent les frais d’Egalim. Si on veut que le cochon soit rémunéré 2€/kg, il faut que le consommateur paye quelques centimes de plus, parce que tous les acteurs doivent pouvoir en vivre.
Je ne retiens aucun scénario car je suis convaincu que l’avenir ne peut pas être complètement l’un ou l’autre : l’hypothèse d’une complète végétalisation de la Bretagne ou d’un green deal breton me semble irréaliste. J’entends trop souvent de la part de nos politiques, « réduisez votre production », mais si des régions comme la Bretagne ne maintiennent pas leur élevage, il n’y en aura plus et la France sera tributaire des importations. Ce qu’on veut, c’est garder cette logique de polyculture-élevage avec production de légumes, des denrées végétales pour l’élevage et une collaboration avec nos voisins pour les céréales.
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