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Amande Gat : « S’il y a un truc qu’on a appris en agriculture, c’est qu’il n’y a pas de blanc ou de noir »

A 35 ans, Amande Gat a opéré une véritable reconversion professionnelle. Elle et son conjoint viennent de reprendre une ferme en étant « non issus du milieu agricole ». L’aboutissement d’un parcours du combattant dont elle a décidé de parler sur Twitter depuis 2020. Désormais éleveuse, elle continue à utiliser les réseaux sociaux pour partager son métier et communiquer sur sa ferme. Entretien.

Amande Gat, venue à l’agriculture en étant « nima » : « J’ai voulu partager nos premières fois, notre enthousiasme, raconter les galères aussi. »
© DR

Sur Twitter, Amande Gat se présente comme une paysanne-chanteuse. Elle est la voix des Francine Bakers et tient à garder le temps de chanter avec son groupe. « Même si ce n’est pas toujours simple », reconnaît-elle, depuis sa reconversion dans l’agriculture. En 2022, elle est devenue conjointe collaboratrice dans une exploitation bovine à Trèsbœuf en Ille-et-Vilaine. Elle se dit « nima », acronyme qui convient également à son conjoint Damien puisque tous deux sont « non issus du milieu agricole ». Leur installation est récente. Le troupeau de vaches est arrivé le 3 mars. Une cinquantaine de bêtes, tous âges confondus, et 15 mères pour le moment avec un objectif de 20 à terme. Les bovins allaitants sont de race armoricaine, une race à petits effectifs. D’ici le 1er avril 2023, la jeune agricultrice devrait obtenir elle aussi son statut d’exploitante et être associée sur la ferme de 40 ha, dont 20 ha sont en portage foncier avec la Safer. Les projets ne manquent pas. En juillet, un atelier porc va être installé sur la ferme. En septembre, c’est un site de vente en ligne qui va démarrer avec système de livraison Chronofresh. L’exploitation en conventionnel aujourd’hui devrait évoluer vers le bio. La conversion a débuté en octobre dernier. Un projet de productions végétales est aussi en réflexion pour alimenter un atelier fruits et un atelier gaufres. Dans une vie professionnelle antérieure, le couple fabriquait et commercialisait des gaufres et souhaiterait pouvoir renouveler l’expérience. Mais de la gaufre aux bovins, le chemin a été long et difficile et Amande a décidé de raconter ses tribulations sur les réseaux sociaux. Depuis 2020, elle parle des obstacles qu’elle et Damien ont dû franchir. Sur KissKissBankBank, un financement participatif est ouvert pour financer son « Petit dico perso de l’installation agricole » et participer à l’édition du B.A.ba du néo-paysan. S’installer, communiquer, voilà ce qui anime la nouvelle professionnelle de l’agriculture. Être sur les réseaux sociaux fait partie du projet. Elle nous en parle.

Sur quels réseaux sociaux êtes-vous présente ?

Amande Gat – « Je suis sur Twitter pour parler de mon parcours à l’installation et sur Facebook pour la promotion de l’activité de la ferme. J’ai aussi un profil Linkedin que j’ai utilisé pour ma recherche d’emploi. Je ne suis pas sur les réseaux où on poste beaucoup de photos ou des vidéos. Je préfère l’écrit. »

Pourquoi y êtes-vous ? Est-ce un passage obligé ?

A. G. - « Depuis 2020, j’utilise les réseaux sociaux pour mon métier. J’essaie de partager le côté professionnel de l’agriculture. Ce n’est pas un passage obligé, ça dépend du système. En réalité, je connais assez peu d’agriculteurs qui y sont. Ca dépend si vous faites de la vente directe ou pas, si vous avez envie de partager ou pas. Pour la vente directe, c’est assez difficile de s’en passer mais ça reste quelque chose de personnel. Moi, j’aime bien expliquer. L’accès au foncier, par exemple, c’est une espèce de gros machin quand on s’installe. J’ai voulu partager nos premières fois, notre enthousiasme, raconter les galères aussi. Et les réseaux sociaux permettent aussi d’avoir de bons conseils quelquefois. »

Pour vous, est-ce une démarche personnelle ou collective ?

A. G. - « Les deux. Sur Twitter, on n’est pas dans une communication pour faire sa promotion comme sur Facebook. C’est plus pour contribuer à l’expression d’une vision commune à plein de gens vis-à-vis d’un métier qui reste méconnu. J’ai adhéré à FranceAgriTwittos. Je trouve intéressant le côté positif. Il faut défendre des idées, c’est important. Même si on ne peut pas être angélique ni être dans le prosélytisme. On est considérés comme des alternatifs et s’il y a un truc qu’on a appris en agriculture, c’est qu’il n’y a pas de blanc ou de noir. On ne peut pas prétendre être dans l’objectivité. »

 

Combien avez-vous d’abonnés, quelle est votre meilleure audience ?

A. G. - « J’ai plus de 2300 abonnés sur Twitter. Mes deux meilleures audiences sont la question des revenus pendant l’installation qui a fait 36 000 vues et l’arrivée des vaches qui en a fait 12 000. »

Quel est le post dont vous-vous sentez fière ?

A. G. - « C’est sans doute celui sur l’accompagnement qu’on a eu avec le cédant par le Civam. C’était un petit fil sur l’importance d’être accompagnés pour que tout soit exprimé. Il y a eu pas mal de réactions. On était contents. »

 

Y-a-t-il des effets négatifs liés à la présence sur les réseaux sociaux ?

A. G. - « Ca prend beaucoup de temps et on a une ferme à faire tourner à côté. L’autre aspect négatif, ce sont certaines réactions. Il y a quelques semaines, une jeune femme s’est fait " pourrir " sur Twitter avec une vidéo montrant un veau. Il faut savoir que ça arrive et il faut s’y préparer. Je fais très attention à la façon de rédiger et fais très attention à ce que personne ne se sente attaqué personnellement. Le côté militant, je le garde pour la sphère physique et je ne me lance pas dans de grands débats sur Internet. Hormis sur les sujets comme la question du genre où parfois j’ai pu insister un peu pour faire entendre un point de vue de femme dans le milieu agricole. »

Quelles devraient-être selon vous les règles de base  ?

A. G. - « La politesse. Juste, respecter la personne en face. Ne pas parler de façon péremptoire. Il faut garder en tête d’être comme on est dans la vraie vie et se demander : " si moi je lis ça, comment je le prends ? ". Ce qui n’empêche pas les prises de position. »

« La guéguerre bio-conventionnel sur les réseaux sociaux me soûle un peu. »

Y-a-t-il un post que vous regrettez ?

A. G. - « Non. Je pense malgré tout qu’au début, sur Twitter, j’ai pu être maladroite, avec des trucs un peu personnels, des blagues un peu lourdes. Mais c’était hors milieu agricole. »

Y-a-t-il des sujets qui vous énervent sur les réseaux sociaux ?

A. G. - « J’avoue que la guéguerre bio-conventionnel me soûle un peu, avec des prises de position dans l’agressivité, " trop blanc, trop noir ". Moi, je veux pouvoir discuter avec des gens qui ne sont pas dans le même système que moi. Mais quelquefois, il y a des messages très fatigants. Ce qui m’énerve aussi, c’est la confusion sur les réseaux sociaux entre un exploitant " non issu du milieu agricole " et un néo-rural. »

« Il faut se demander :  "si moi je lis ça, comment je le prends ?" ».

Avez-vous un modèle sur les réseaux sociaux ?

A. G. - « Celle qui m’a fait connaître les Agritwittos, c’est Charlotte Aymond, porteuse de projet en élevage dans ma région. »

Avez-vous eu un déclic pour vous lancer ?

A. G. - « Non, ça s’est fait progressivement. Au début, j’ai démarré avec un blog : @rennesethique. Je ne l’alimente plus mais j’ai gardé le nom. »

 

Combien de temps passez-vous à communiquer sur les réseaux ?

A. G. - « Pour la communication de la ferme sur Facebook : 2 à 3 heures par semaine. Pour ce que je partage sur Twitter, c’est variable. Ca dépend de ce que je fais. Quand je prends le train, j’ai le temps. »

Quels conseils donneriez-vous à un(e) agriculteur(trice) qui se lance ?

A. G. - « La première chose : de se demander ce qu’il vient y faire. Est-ce qu’il veut se lancer pour communiquer, pour échanger, pour passer le temps ? Se demander aussi : qui est-ce qu’on cherche ? On peut vite s’y perdre et il faut répondre à ces questions pour ne pas se laisser déborder. Ensuite, il faut bien choisir son réseau social. Twitter pour faire de la vente ou de la communication, non. Twitter pour échanger, oui. Linkedin, c’est de l’animation. Moi, ça me permet de rester en contact avec mon réseau, mes clients potentiels. »

 

 

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