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Filière laitière : les entreprises peinent à proposer des perspectives

Devant un parterre de 200 producteurs en attente de lisibilité, les représentants de Lactalis et Sodiaal ont joué une partition aux airs de déjà vu sans apporter de vraies réponses.

Laits flottants, appellations d’origine protégée, bio, démarcation montagne... : le tour d’horizon des débouchés potentiel pour le lait cantalien a été des plus complets.
Laits flottants, appellations d’origine protégée, bio, démarcation montagne... : le tour d’horizon des débouchés potentiel pour le lait cantalien a été des plus complets.
© PO
La table ronde proposée mardi dans le cadre de la journée laitière organisée par la FDSEA et les Jeunes agriculteurs du Cantal a eu sous de bien des angles des allures de pièce de théâtre dans le plus pur style de la comedia dell’arte. Avec des acteurs aux profils bien campés voire parfois caricaturaux dont ils ont eu du mal à sortir d’ailleurs, tout comme à répondre à l’attente première des producteurs-spectateurs : tracer des perspectives à la production laitière cantalienne à brève et moyenne échéances. Il faut dire que la commande était ambitieuse dans le contexte de volatilité des prix devenu la règle sur les marchés agricoles. Aussi, tout autant Michel Nalet, incarnant parfaitement le leader laitier européen offensif Lactalis, que Frédéric Chausson, responsable du développement coopératif chez Sodiaal, se sont-ils bien gardés de sortir leur boule de cristal ou, à défaut, de donner des gages précis aux quelque 200 agriculteurs rassemblés sur l’exploitation de Georges Couderc à Ytrac.

Le prix, sujet tabou ?

 

À commencer sur le sujet devenu tabou ces derniers temps, celui du prix du lait. On attendait une passe d’armes entre les deux groupes après l’annonce de Sodiaal d’un décrochage de 5 € / 1 000 litres par rapport aux recommandations interprofessionnelles en raison “d’un gros problème sur le lait de consommation consécutif à un choc des marchés dans les hypers allemands”. Choc qui a coûté à l’entreprise coopérative quelques dizaines de millions d’euros. Une brêche dans laquelle s’est engouffré Lactalis pour s’aligner sur le moins disant. La passe d’armes - sous forme de petites piques - a bien eu lieu avec des circonstances atténuantes évoquées : celle, toujours, de la difficulté à faire passer des hausses auprès de la grande distribution. “Le spectacle que vous nous donnez n’est pas très réjouissant”, a réagi Yannick Fialip, vice-président de la FNPL pour qui des acteurs majeurs comme Lactalis et Sodiaal devraient davantage se préoccuper de l’avenir des producteurs en rupture de contrats de collecte et de prospection des marchés à l’exportation que de batailler pour 5 euros. “Si rapidement les choses ne bougent pas, il faut s’attendre à de grands déboires pour alimenter vos ateliers, a-t-il auguré. On fera des efforts de compétitivité et de restructuration, si vous êtes capables de donner des perspectives de prix.” Un prix du lait dont chacun s’accorde à dire qu’il devrait se redresser début 2013 du fait de la forte reprise des cours des produits industriels. Mais au-delà, rien n’est acquis. Au grand désarroi de Nicolas Cussac, ancien président des Jeunes agriculteurs, qui a indiqué que faute de lisibilité, les installations laitières ont été divisées par deux dans le Cantal depuis le début de l’année. Quid de la gestion des volumes après 2014 ? Là encore, les responsables de Lactalis et Sodiaal ont versé dans les propos de circonstance assurant qu’il ne fallait pas craindre de concentration de la production dans le seul Grand Ouest. “On ne continue pas d’investir dans des unités comme Riom-ès-Montagnes pour se désengager dans cinq ou dix ans”, a affirmé Michel Nalet. Pourtant, Didier Thuaire, président du Crielal Auvergne Limousin, a reconnu que la problématique des laits flottants ou laits d’excédent n’avait pas encore trouvé de solution malgré une première concertation entre les interprofessions du Sud de la Loire. Pas de quoi rassurer les producteurs de lait blanc du Cantal malgré le volontarisme affiché des deux industriels de conquête des nouveaux marchés qui s’ouvrent à l’international.

Où est l’esprit filière ?

 

Le dialogue s’est fait tout aussi difficilement sur la valorisation des 60 à 65 % du lait cantalien transformés en AOP. “Aujourd’hui, il n’y a plus de stratégie AOP, ça vit au jour le jour”, a déploré Nicolas Cussac, après avoir rappelé la disparition du dispositif de CVO (cotisation volontaire obligatoire). “Est-on toujours dans une logique de filière, de partenariat ?, s’est interrogé pour sa part Michel Lacoste, de la section laitière et président du Cif. Ce qui m’interpelle le plus, c’est qu’il soit impossible de caler le prix du lait AOP sur celui des fromages. À partir de là, on aurait, producteurs et transformateurs, les mêmes objectifs. Au lieu de cela, on a l’impression que vous ignorez totalement les coûts de production des producteurs que vous mettez en situation de précarité.” Tout ne se fait pas en un jour, a répondu Didier Thuaire, tandis que le préfet avait en amont annoncé une nouvelle réunion le lendemain à Saint-Flour entre les trois familles pour lever les “deux-trois points de blocage” au dispositif qui pourrait prendre la relève de la CVO. “Il est de l’intérêt des trois familles d’avancer”, a souligné le représentant de l’État. Dans une logique gagnant-gagnant, estiment les producteurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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