Agribalyse 3.2 : le porc français plus vert que jamais
La filière porcine française a fait des progrès considérables en termes d’impacts environnementaux. Ces progrès ont été chiffrés par la nouvelle version d’Agribalyse publiée récemment par l’Ademe.
La filière porcine française a fait des progrès considérables en termes d’impacts environnementaux. Ces progrès ont été chiffrés par la nouvelle version d’Agribalyse publiée récemment par l’Ademe.
Agribalyse est une base de données française qui met à disposition des données de référence sur les impacts environnementaux des productions agricoles françaises et des principaux produits alimentaires consommés en France.
Les indicateurs présents dans la base de données sont fondés sur l’analyse du cycle de vie. Le porc en fait partie avec trois types de production : conventionnelle, biologique et fermier label rouge. Depuis sa création en 2013, les valeurs d’impacts ont quelque peu évolué au fil des actualisations, mais sans changer les systèmes porcins d’arrière-plan avec leurs références techniques, leurs configurations structurelles et leurs niveaux d’adoption en bonnes pratiques. Après plus de dix ans, il était nécessaire de mettre à jour ces données. C’est chose faite depuis la dernière version d’Agribalyse 3.2 publiée en novembre 2025.
Bonnes pratiques environnementales
Les caractéristiques des élevages ont été modifiées ; elles représentent les données moyennes françaises représentatives de la période 2020-2024. Cette mise à jour reflète les progrès techniques réalisés par la filière avec une amélioration de la productivité (nombre de porcs produits par truie présente par an) de près de 20% en conventionnel et en fermier label rouge, et de 4% en production biologique. Par ailleurs, des bonnes pratiques environnementales ont progressivement été adoptées par les éleveurs avec, le développement de systèmes d’évacuation fréquente des effluents du bâtiment, la mise en place de laveur d’air, l’adoption de couverture de fosse, l’utilisation croissante de soja garanti sans déforestation, et l’utilisation progressive d’effluents porcins en méthanisation pour produire de l’énergie renouvelable. Le niveau de déploiement de ces bonnes pratiques est pris en compte dans l’actualisation de l’élevage conventionnel qui représente 98% de la production nationale. Les progrès réalisés par la filière porcine conventionnelle sur plus de 10 années ont réduit de 17% son impact global au portail de la ferme et de 15% son impact sur le changement climatique, en comparaison des valeurs préalables d’Agribalyse.
Meilleures performances techniques
Les principaux postes expliquant le score unique restent les mêmes. Il y a la production et l’approvisionnement des aliments du bétail d’une part (63% de l’impact global), et la gestion des animaux et de leurs effluents d’autre part (31%). Les mêmes tendances s’observent sur le changement climatique. L’impact des aliments est lié au choix des matières premières qui les composent et également aux performances techniques des animaux conditionnant la quantité consommée sur l’élevage. L’impact des animaux et de la gestion de leurs effluents tient principalement aux émissions gazeuses polluantes associées (l’ammoniac jouant sur l’acidification, le protoxyde d’azote et le méthane intervenant sur le changement climatique en tant que gaz à effet de serre).
Productions alternatives plus impactantes au kg de porc
En distinguant les modes de production, les kg de porc biologique et fermier label rouge continuent de présenter davantage d’impacts que le porc conventionnel : jusqu’à deux fois plus d’impact sur le changement climatique pour le porc biologique. Ces écarts sont principalement dus à de moins bonnes performances techniques. Ces dernières engendrent davantage de matières premières consommées par les animaux pour une même quantité de viande produite ; leur production mobilise des ressources et émet des polluants. Un autre facteur explique l’augmentation du changement climatique, c’est l’utilisation de paille en bâtiment. Les déjections animales se mélangent à la litière pour former du fumier dans lequel vont avoir lieu des émissions de protoxyde d’azote (N2O), un puissant gaz à effet de serre. Ces émissions sont très faibles en système sur lisier.
Il est à noter que les travaux autour de l’affichage environnement proposent de modifier la pondération entre les impacts, afin de donner plus de place à la toxicité dans le calcul du score unique. Ils envisagent aussi l’ajout de bonus en complément du score unique principalement en lien avec la biodiversité (diversité culturale, taille des parcelles, part des prairies permanentes). Ces ajustements et compléments pourraient changer quelque peu la hiérarchie entre les types de production porcine et favoriser les productions alternatives.
Sandrine Espagnol, sandrine.espagnol@ifip.asso.fr
Des données disponibles sur internet
Toutes les données Agribalyse du porc au portail de la ferme sont consultables sur le site internet de l’Ademe. Elles peuvent ainsi être utilisées par les entreprises de l’aval qui transforment les porcs en produits porcins destinés aux consommateurs. Trois types de valeurs sont disponibles : le porc charcutier, la truie de réforme, et le porc mixte correspondant aux kg moyens sortant d’un élevage naisseur engraisseur avec environ 97% de porcs charcutier et 3% de truies de réforme. Les valeurs des kg de truie de réforme sont bien plus élevées que les valeurs relatives au porc charcutier. Cela tient à la règle d’allocation utilisée pour répartir les impacts de l’atelier « truies » entre les truies et les porcelets. Cette dernière se base sur la valorisation des aliments entre les truies et leurs porcelets, la majorité allant à la truie. S.E.
Le saviez-vous ?
La base de données Agribalyse pilotée par l’Ademe regroupe des données d’impacts environnementaux de produits agricoles. Elle est utilisée pour l’affichage environnemental des produits de consommation qui se prépare au niveau français et européen.
Le porc fait partie des productions carnées les moins impactantes
Seize impacts sont distingués dans Agribalyse. Certains s’intéressant au réchauffement climatique, à la qualité de l’air (acidification), la qualité de l’eau (eutrophisation), la pression sur les ressources non renouvelables (consommation d’énergie non renouvelable). Un score unique est calculé en pondérant les impacts entre eux en suivant une méthodologie européenne. Il s’exprime en mPt (millipoints).Les impacts d’un kilo de porc vif en comparaison d’autres espèces animales sont souvent un peu au-dessus de la volaille et significativement en dessous des bovins. Le score unique du porc conventionnel est de 0,39 mPt/kg comme pour le poulet de chair conventionnel, alors que la vache allaitante se situe entre 1,58 et 1,87. L’impact changement climatique du porc est de 3,08 kg eqCO2/kg ; il est de 1,86 pour le poulet de chair et entre 16,7 et 19,7 pour la vache allaitante.
S.E.