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200 000 € : forte amende pour grand projet – La taille des unités de méthanisation en question

Dans le Cantal, la société de méthanisation Salers Biogaz vient d’être condamnée à 200 000 € d’amende pour pollutions sur deux de ses sites. Faire du gaz avec les effluents des vaches paraît être une bonne idée. Mais attention aux « débordements ». Aujourd’hui, de nombreux détracteurs de la méthanisation dénoncent la taille des projets. L’association environnementale FNE salue la « décision forte » du jugement qui vient d’être prononcé par le tribunal judiciaire d’Aurillac.

Au départ, la réflexion des agriculteurs pour les méthaniseurs était de transformer les excédents d’effluents d’élevage. Aujourd’hui les détracteurs dénoncent une dérive vers la création de « pseudo-déchets ».
© Ludovic Vimond

C’est une condamnation exemplaire qui vient d’être prononcée le 20 janvier par le tribunal judiciaire d’Aurillac dans le Cantal. Les dirigeants de deux sites de méthanisation gérés par la société de méthanisation Salers Biogaz viennent d’être condamnés à une amende de 200 000 € et plusieurs mois de prison avec sursis. Ils ont été reconnus responsables de pollutions à répétition par des fuites récurrentes d'effluents d'élevage sur les sites des méthaniseurs de Saint-Bonnet-de-Salers  et de Sainte-Eulalie. « Pas de complaisance avec les pollueurs » commente l’association France nature environnement (FNE) Auvergne-Rhône-Alpes qui salue cette « décision forte » dans un communiqué publié le 24 janvier. L’association écologiste précise que les faits duraient depuis 2017 et évoque « des fuites récurrentes de plusieurs centaines de mètres cubes de purin dues à de sévères négligences dans l’exploitation des usines : défauts des aires de stockage, sous-dimensionnement des bassins de rétention, perméabilité des systèmes de sécurité, etc. »  Ces fuites ont pollué les eaux des ruisseaux et rivières environnants. FNE cite des défauts des aires de stockage, un sous-dimensionnement des bassins de rétention et une perméabilité des systèmes de sécurité. Parmi les plaignants figurent des agriculteurs, qui ont vu des points d’abreuvement de leur cheptel bovin rendus inutilisables, précise FNE. « L’Administration avait pourtant largement alerté l’exploitant sur ces graves dysfonctionnements, prononçant même la suspension d’exploitation de l’un des sites en 2020 » ajoutent encore les écologistes. Salers Biogaz regroupe Méthajoule (développeur-constructeur œuvrant dans le secteur de la méthanisation) ainsi que les acteurs locaux du territoire. L’interdiction d’exploiter n’a pas été prononcée, mais « nos associations seront particulièrement vigilantes aux activités de l’usine », assure l’association environnementale.

 

La taille d'une méthanisation raisonnable ?

Méthajoule est une entreprise spécialisée dans le développement et l’exploitation de sites de production d’énergies renouvelables. En août 2019, Les Echos lui ont consacré un article. « Méthajoule accélère sur la méthanisation » titrait le journal économique qui indiquait que l’entreprise multipliait les projets de méthanisation « grâce à l’appui financier du fonds Instagreen III, géré par RGreen Invest ». Dans cet article Nicolas Rochon, président de RGreen Invest considérait que Méthajoule conduit des « projets de taille modeste » qui sont, de ce fait, « adaptés aux ressources en matières premières d’un territoire ».

La notion de taille est cruciale pour la méthanisation. Et c’est la question posée par le Collectif scientifique national méthanisation raisonnable dont Daniel Chateigner, physicien professeur à l’Université de Caen est coordinateur. Le 15 janvier, il était interrogé par Le Courrier du Pays de Retz sur le projet MéthaHerbauges, à Corcoué sur Logne, en Loire-Atlantique. Il dit sa crainte de voir les projets de méthanisation grossir et s’éloigner des objectifs initiaux. « On est parti de petits méthaniseurs pour lesquels la réflexion des agriculteurs était sensée, car ils avaient trop d’effluents, à des dimensions où l’on va chercher des intrants à plus de 50 km. Ne faudrait-il pas mieux réfléchir à plusieurs méthaniseurs locaux, avec des coûts beaucoup moins importants ? » s’interroge-il dans le journal local. Selon lui « on a pris ce prétexte de se regrouper pour être plus efficace. En réalité, ces projets font qu’il faudra faire pousser de la biomasse exprès pour méthaniser. Ce n’est pas résorber des déchets, mais créer des pseudo-déchets. » Et d’ajouter : « On ne voit pas comment une société qui a engagé des fonds dans une grosse usine ne va pas tout faire pour en récupérer le maximum. » D’où son inquiétude : « A terme, nous allons appauvrir les terres ».

Appauvrissement des terres

Cet avis est partagé par l’agronome Christophe Gatineau qui a publié en novembre 2021 un ouvrage intitulé : « La méthanisation agricole, une énergie qui sent le gaz ! ». Le 27 janvier, l’auteur témoignait sur France 3 Nouvelle Aquitaine. « Ca partait d’une bonne intention qui était d’être autonome au niveau énergétique et de ne pas dépendre du gaz russe en l’occurrence, et on peut aisément le comprendre aujourd’hui » explique l’agronome. Selon lui, on connaît cette technique depuis un siècle mais elle n’était pas rentable. « Elle est revenue au goût du jour avec l’épuisement des énergies fossiles et la dépendance d’un pays comme la France au gaz de Poutine » estime-t-il. Mais loin de lui l’idée d’incriminer les agriculteurs. « On encourage les agriculteurs à investir dans la méthanisation parce que c’est rentable pour eux » dit-il encore. « On a une pression sur le sol pour produire de l’énergie. On s’éloigne du côté nourricier, dans 30 ans, ça va poser des problèmes. »

 

 

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