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Une stratégie gagnante contre les vers intestinaux des volailles

La prévention, la surveillance et un traitement raisonné du parasitisme restent les meilleures armes pour protéger la santé et la rentabilité de l’élevage.

L’observatoire national mené par l’Itavi et l’Anses entre 2019 et 2024 a montré que le portage en vers intestinaux, les helminthes, a été largement sous-estimé jusqu’à présent pour les productions de pondeuses et de chair, plein air et biologique. 

Lire aussi : Volailles en plein air : mieux surveiller l’infestation parasitaire pour éviter des problèmes sanitaires

Il a montré qu’une poule pouvait héberger jusqu’à 75 Ascaridia. Les cestodes, eux, peuvent monter jusqu’à 40 par poule. Ces parasites sont soupçonnés d’avoir des effets néfastes sur les performances : croissance ralentie, baisse de ponte, sensibilité accrue aux maladies.

Lire aussi : Savez-vous différencier les helminthes qui infestent les poules pondeuses

Comment fermer la porte aux parasites ?

La première barrière contre le parasitisme est la gestion de l’environnement avec un nettoyage rigoureux et une gestion des insectes dans son bâtiment. Les œufs d’Ascaridia sont très résistants et peuvent survivre plusieurs mois dans le bâtiment ou à l’extérieur. Or les volailles se contaminent en ingérant ces œufs. Il n’existe pas de produits détergents et désinfectants ayant des effets déclarés contre les helminthes, ainsi seule l’action mécanique va permettre l’évacuation des œufs et la réduction de la pression parasitaire dans le bâtiment. Il est indispensable de bien exécuter le nettoyage de son bâtiment en respectant les dosages de produits, les durées et méthode d’application, de pause et ne pas négliger le rinçage. Certains parasites comme Railletina cesticillus, ont besoin d’un hôte intermédiaire, les ténébrions, avant de contaminer les poules. La désinsectisation est donc un autre levier : au départ des volailles, lorsque les ténébrions sont encore dans la litière, un insecticide mis sur les soubassements le long des murs permettra d’éliminer efficacement une grande partie des ténébrions du bâtiment quand ils remonteront dans les murs, ce qui réduira également la pression parasitaire.

La surveillance : un allié de taille

Même dans un élevage bien nettoyé, le risque peut persister. L’enjeu est de détecter les infestations rapidement. Des symptômes ou une baisse de performances pouvant être dus à des vers. L’évaluation du portage dans son élevage est de mise. La méthode de diagnostic la plus utilisée car peu coûteuse est la coproscopie, mais elle présente de nombreux défauts. Il est préférable d’utiliser la méthode par tamisages successifs. Plus précise que la coproscopie, cette méthode se base sur le comptage direct de vers présents dans le tractus digestif des volailles. Une étude menée par l’Itavi et l’Anses (2023) met en évidence la précision accrue de la méthode par tamisage avec des détections plus fréquentes et précises, notamment la mise en évidence de Railletina, qui échappe aux analyses de fientes classiques (infographie 1). Si pour des raisons de coûts et de disponibilité, la méthode par tamisage n’est pas réalisable, la coproscopie doit être complétée avec un examen direct pour mettre en évidence les cestodes et les parasites juvéniles. En mettant en place un suivi structuré, l’éleveur et son vétérinaire peuvent anticiper et économiser les traitements inutiles tout en sécurisant le lot.

 

 

 

Des traitements à réfléchir

En cas d’infestation associée à des effets négatifs sur les animaux, il est possible d’administrer des traitements vermifuges. Trois spécialités vétérinaires vermifuges appartenant à la famille des benzimidazole existent pour pondeuses et chair. La pipérazine est également disponible mais uniquement pour les volailles de chair et les poulettes. Les vermifuges agissent uniquement sur les vers de nématode (vers ronds : Ascaridia, Heterakis, Capillaria) au stade adulte. Cependant l’usage de vermifuge classique entraîne un déclassement des œufs biologiques. C’est pourquoi les productions biologiques utilisent le plus souvent des produits alternatifs à base de plantes. Une étude de cas Itavi-Anses (2024, Auvergne-Rhône-Alpes) a permis de voir que les produits alternatifs semblent moins efficaces que les produits classiques pour contrôler la charge parasitaire (Infographie 2 et 3). Les extraits de plantes agissent plus comme un soutien digestif, ce ne sont pas des agents vermifuges. Les traitements classiques restent le levier le plus efficace, mais il faut rester vigilant : le traitement tue les vers, mais n’a pas d’effets sur les œufs qui s’accumulent dans l’environnement. Un risque de recontamination persiste, c’est pourquoi le traitement vermifuge n’a pas d’action à long terme sur les animaux à durée de vie longue. Il faut donc adopter une approche raisonnée autour de l’utilisation des traitements.

Un équilibre à trouver

La maîtrise du parasitisme repose moins sur la multiplication des traitements que sur une combinaison de mesures préventives tel qu’un bon nettoyage de son bâtiment, une gestion des hôtes intermédiaires et une surveillance continue. Cette approche raisonnée réduit les pertes économiques et s’inscrit dans une démarche durable de lutte contre le parasitisme.

Léa Ottmann

Mesurer l’impact des vers

Le projet Modascar vise à développer un modèle validé et reproductible d’infestation parasitaire afin d’évaluer ses impacts sur les volailles et de tester des leviers de gestion.

Ascaridia galli est un des vers les plus fréquemment rencontrés dans les élevages de volailles. De nombreuses études suggèrent qu’il induit, chez les gallinacées, des effets négatifs sur les performances et la santé, et sur la quantité et la qualité des œufs de poules. Cependant, ces études sont issues pour la plupart d’essais en conditions d’infestation naturelle, non contrôlée, rendant les résultats incertains et critiquables. Il n’existe pas de modèle d’infestation contrôlée in vivo pour évaluer le réel impact de ces vers sur les oiseaux et la réelle efficacité des produits de contrôle.

Un projet baptisé Modascar, lancé en 2024 par l’Itavi, l’Inrae, l’Anses, et l’Innôzh, vise à reproduire, au niveau expérimental, une infestation par A. galli permettant d’aboutir à la présence de formes adultes des vers dans le tube digestif des poulettes.

Ce modèle devrait permettre d’évaluer le réel potentiel pathogène de ce ver, de vérifier l’efficacité des traitements, d’investiguer les possibilités de sélection génétique sur la résistance aux parasites et de caractériser le profil de résistance des vers issus d’élevages où les infestations ne sont pas maîtrisées. À terme, il permettra de mesurer l’impact économique de ces infestations et d’envisager la mise sur le marché de solutions efficaces pour maîtriser les infestations participant ainsi à améliorer la santé des volailles.

Dans ce projet, l’Itavi collecte, en élevages commerciaux infestés, des vers pour constituer un inoculum standard représentatif du terrain et Inrae produit des œufs embryonnés pour l’infestation expérimentale des poulettes. L’Anses réalise les infestations expérimentales sur des poulettes selon différentes modalités d’inoculation et suit l’implantation afin de définir les conditions d’obtention d’un modèle d’infestation reproductible et ayant un impact sur les animaux. Innôzh utilisera le modèle pour étudier les profils de résistance des vers à différents produits et évaluer l’efficacité de produits candidats pour contrôler ce ver. L’Itavi déploiera le modèle aux structures intéressées, dotées d’installations expérimentales (publiques et privées).

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