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Races anciennes : deux jeunes éleveurs réhabilitent la poule Gauloise noire

Le Gaec de la Gauloise noire a été le lauréat de l’édition 2022 du prix pour l’agrobiodiversité animale qui couronne son pari de relancer commercialement une race de poule locale, la noire de Louhans.

C’est un peu par hasard que Morgan Louche et sa compagne Charlène Revol ont commencé un jour à s’intéresser à la race ancienne Gauloise noire. « J’effectuais des recherches sur la Bresse et j’ai découvert qu’avant il y avait des poules bleues, grises et noires en plus de la blanche, relate Morgan. En fait, chaque secteur de la Bresse avait sa poule. »

Il semblerait que le sort des trois premières ait été scellé en 1957, au moment de l’obtention de l’appellation d’origine protégée (AOP) pour le poulet de Bresse, consacrant uniquement les individus au phénotype blanc et aux pattes bleues. « Aujourd’hui, seuls quelques anciens me disent qu’ils se souviennent des poules noires de Louhans », complète Morgan.

Apprentissage et installation progressifs

L'ancienne porcherie abrite le local d'emballage des œufs et deux salles de ponte.
L'ancienne porcherie abrite le local d'emballage des œufs et deux salles de ponte.
© Agri71
 

 

Celui-ci s’est au départ lancé seul en production d’œufs avec des poules rousses du commerce exploitées sur le lieu de l’ancienne ferme de ses grands-parents à Huilly-sur-Seille, en Saône et Loire. Un temps électrotechnicien et éleveur, cette pluri activité lui a permis de s’installer tout en s’assurant un revenu régulier. Morgan s’est aussi frotté aux réalités de l’élevage à but commercial et a bâti une clientèle.

L'intérieur d'une salle de ponte aménagée dans la porcherie
L'intérieur d'une salle de ponte aménagée dans la porcherie
© Ceva Santé animale
 

 

« J’ai ainsi découvert qu’il me fallait prévoir en permanence deux lots décalés pour satisfaire mes clients et les garder. Nous tournons à tour de rôle sur trois emplacements, un restant en vide sanitaire. » Il s’agit de deux salles de 90 m2, attenantes et aménagées dans une ancienne porcherie, et de trois containers maritimes de 30 m2 réhabilités et flanqués d’un jardin d’hiver de 50 m2, avec un parcours bien entendu.

Les poules noires sont logées entre autres dans des containers maritimes réhabilités.
Les poules noires sont logées entre autres dans des containers maritimes réhabilités.
© Agri71
 

 

Un concours de circonstances

L’envie de sortir des sentiers battus, l’installation sur l’exploitation de sa compagne Charlène, puis en 2020 une détection de salmonelles débouchant sur l’abattage des poules, ont fini de convaincre le jeune homme de se lancer dans la réhabilitation d’une race ancienne. « En parallèle, nous avions interrogé nos clients. Tous nous suivaient sur cette nouvelle production malgré l’augmentation des tarifs que cela allait impliquer. »

Finalement, le couple a vécu cet arrêt forcé de plusieurs mois « comme un challenge qui nous a permis de rebondir sur une production nous permettant de nous démarquer. » Il semble bien que le Gaec de la Gauloise noire soit le seul actuellement à proposer des œufs blancs de cette race…

La poule noire de Louhans est réputée pour sa rusticité
La poule noire de Louhans est réputée pour sa rusticité
© Ceva Santé animale
 

 

Le couple s’est adressé au Centre de sélection de Béchanne (Ain) pour acheter ses premières poules noires, mais il n’a pas eu d’autre choix que de prendre 1000 poussins d’un jour, le couvoir vendant exclusivement du sexe mélangé par choix éthique. « Les premiers poussins sont arrivés en juillet 2021. Cela nous a obligés à acquérir un poulailler mobile de 60 m2 pour élever les poulettes et finir d’élever les poulets mâles. » Les deux jeunes éleveurs ont appris à élever cette race et à la gérer en confinement total forcé. « C’est beaucoup plus simple avec les poules qu’avec les coqs, résume Morgan, d’autant plus que l’on doit garder ceux-ci longtemps… »

Un abattoir pour valoriser poulets et cailles

Le dernier chantier en cours est la mise en place d’un abattoir à la ferme, plus pratique pour préparer les commandes des poulets et poules de réforme, ainsi que les cailles de Charlène. « Les 15 000 euros de dotation du prix de la Fondation du patrimoine sont les bienvenus », se félicite Morgan. La somme complétera les aides Feader que le Gaec est allé chercher pendant sa période d’inactivité. « Ces démarches sont très chronophages et complexes à gérer entre les devis, les demandes d’autorisations, les délais à respecter… En temps ordinaire, je ne l’aurais sans doute pas fait. » Bien leur en a pris, puisqu’ils ont obtenu 40 % d’aide (environ 3000 euros) pour le bâtiment mobile et 60 % (environ 40 000 euros) pour l’abattoir à construire avec du matériel neuf.

Pour l’heure, les œufs blancs et les poulets, ainsi que des cailles (œufs et viande) font les délices de plusieurs restaurants du secteur, dont certains étoilés. La vente à des épiceries et en direct à la ferme complète ce débouché principal. Les œufs sont vendus 4,20 euros les 12 et les poulets 14 euros le kilo, à comparer au poulet de Bresse entre 10 et 12 euros en direct. « J’ai presque le même tarif pour les professionnels et pour les particuliers qu’on essaie de convertir au poulet effilé. On est un peu plus cher pour se démarquer, mais ce poulet noir doit être élevé plus longtemps que du Bresse. »

 

Concilier préservation et économie

C’est le 11 mai, journée mondiale des espèces menacées, que le Gaec la Gauloise noire a reçu le prix national pour l’agrobiodiversité animale, soutenu par le laboratoire Ceva Santé animale.

Ce qui a plu au jury de la Fondation du patrimoine, « c’est la mise en avant d’une poule autochtone presque perdue et le fait que nous valorisons les poussins mâles », détaille l’éleveur.

La dotation de 15 000 euros va participer au financement de l’abattoir de volailles mis en place en juin sur la ferme de Morgan Louche et Charlène Revol.
La dotation de 15 000 euros va participer au financement de l’abattoir de volailles mis en place en juin sur la ferme de Morgan Louche et Charlène Revol.
© Agri71
 

 

S’ajoute aussi la recherche d’écoresponsabilité vers un modèle plus vertueux de durabilité, même s’il n’est pas certifié bio. « Nous faisons une production locale et nous essayons de travailler avec les valeurs du bon sens paysan. Nous souhaitons à terme nous rapprocher au maximum des techniques d’élevage des années 1960-1970 ».

Le jeune homme compte pour cela sur la réhabilitation d’un ancien moulin, héritage familial, grâce auquel sera transformé en farine « du blé ancien, dans l’idée de retrouver les saveurs de l’époque ». Dès à présent, un ami voisin cultive spécialement du maïs blanc pour l’élevage, ce qui complète les achats d’aliment complet auprès d’un fabricant local.

 

Une race « à double fin » qui prend son temps

La poule noire de Louhans est réputée pour sa rusticité.
La poule noire de Louhans est réputée pour sa rusticité.
© Ceva Santé animale

De mémoire paysanne, la noire de Louhans était tout autant réputée pour ses œufs que pour sa chair. Selon le couvoir de Béchanne, la poule pèse environ 2,4 kg à 23 semaines, quand le poulet atteint 3 kg, avec une maturité atteinte entre 150 et 170 jours alors que le poulet de Bresse y parvient un peu plus tôt.

En termes de ponte, « la Gauloise noire prend plus son temps que la poule rousse. Elle produit moins, mais elle est plus régulière et sur plus longtemps ». Morgan n’avance pas de chiffre car « la première bande n’a pas encore achevé son cycle et nous avons un peu essuyé les plâtres pour élever les poulettes, notamment sur le programme lumineux pour stimuler leur entrée en ponte ». Mais, selon Béchanne, la ponte démarre vers 150 jours. Le pic d atteint 75-80 % vers 26 semaines, avec 170 à 190 œufs sur 45 semaines. Cette différence notable de productivité est à prendre en compte dans le prévisionnel économique, sachant aussi que le prix d’achat du poussin d’un jour non vacciné était d’environ 2 euros HT en 2021.

 

Des cailles en complément

Charlène Revol est plus attitrée à l’atelier des cailles. La jeune femme élève deux lots d’un millier de cailles qui s’épanouissent dans deux bâtiments de 25 m² (des containers maritimes aménagés) débouchant sur une volière de 250 m².

© DR

Les cailles sont élevées pour leur chair et pour leurs œufs, « véritables alicaments souvent prescrits par des médecins », assure Charlène. L’atelier sera développé grâce au futur abattoir. « L’abattage est une opération délicate et tout est manuel, explique la jeune femme. Pour l’instant, nous devons nous déplacer chez un collègue, ce qui est loin d’être idéal, et qui ne nous permet pas assez de réactivité. » Leur modèle est basé sur un abattage hebdomadaire de 80 cailles, auxquelles s’ajouteront ponctuellement les poulets Gauloise.

 

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