Aller au contenu principal

Interview de Pascale Hébel, experte en consommation au Credoc
« Proposer des aliments 'plus' plutôt que 'sans' »

Les jeunes générations de consommateurs qui mangent de moins en moins de viande, expriment des attentes d’aliments nutritionnels préservant leur santé et répondant aux enjeux sociétaux (écologie, bien-être animal et prix).

Pascale Hébel dirige le département consommation et entreprises du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie. Le Credoc réalise en permanence des enquêtes sur les modes de vie, opinions et aspirations des individus consommateurs, citoyens et acteurs économiques. Il produit des analyses synthétiques sur la société française qui participent au débat national.
© P. Le Douarin
Quelles sont les nouvelles valeurs de consommation ?

Pascale Hébel - « Ce sont les valeurs sociales et l’écologie qui montent en flèche dans les jeunes générations, à travers la notion de durabilité, également le mot d’ordre de l’Union européenne avec le réchauffement climatique. C’est dans ce contexte que le « local » prend de plus en plus d’importance. Par exemple, le Pacte de politique alimentaire urbaine, signé en 2015 par une centaine de grandes villes européennes à l’exposition universelle de Milan, a conduit à l’introduction des repas végétariens et du bio dans les cantines scolaires. S’ajoute le « sain » vu sous l’angle nutritionnel d’un aliment qui ne nuit pas à la santé. C’est surtout le cas chez les jeunes générations qui veulent préserver leur capital santé en maîtrisant leur alimentation. Toutes ces évolutions sont structurelles et elles s’imposent d’autant plus que les consommateurs sont jeunes. »

Et comment évolue la peur alimentaire ?

P. H. - « En 2018, 74 % des Français pensent qu’il existe des risques alimentaires, contre 55 % en 1995, alors que nous savons bien que le risque réel n’augmente pas. La viande est particulièrement concernée. Dans les années 80-90, des scandales alimentaires ont fortement marqué les esprits (notamment le veau aux hormones en 1988, l’ESB à partir de 1996, dioxine en 99). Après 2000, les gens ont été peu à peu rassurés, mais en 2013 la crise de la viande de cheval a collectivement réactivé le souvenir de l’ESB. Depuis, les documentaires à charge et les médias amplifient les peurs et les crises sanitaires. Les peurs sur la viande concernent surtout les antibiotiques et les conditions d’élevage, tandis que celles sur les produits industriels transformés se concentrent sur le chimique (colorant, conservateur, additif…). »

Qui a le plus peur de s’intoxiquer ?

P. H. - « Les plus inquiets sont surtout les plus diplômés, les cadres, les 55-64 ans, les femmes. Ils sont souvent des leaders d’opinion qui expriment plus fortement leurs craintes. Leur opinion est renforcée par les communications scientifiques liant de plus en plus alimentation et maladies de civilisation. Ils s’imaginent qu’ils vont pouvoir maîtriser le risque alimentaire en consommant différemment. D’où le développement du végétarisme et du flexitarisme (réduction de la consommation de produits animaux), avec pour conséquence une baisse de la consommation de viande. »

Comment les consommateurs se rassurent-ils ?

P. H. - « Un aliment est jugé de qualité d’abord s’il est bio ou bien 'sans' quelque chose (sucre, gras, gluten, lactose, nitrites, OGM, antibiotique…), alors qu’il devait être frais et goûteux il y a quinze-vingt ans. Même si ce n’est qu’une garantie de moyen, le bio est le seul label sans pesticide, d’où son succès. De plus, manger bio est aussi un signe de distinction sociale pour la moitié de la population la plus riche et qui en consomme. Le panier bio est en moyenne 60 % plus cher. On veut manger différemment pour être différent des autres. Malgré cela, l’engouement ne va pas s’arrêter en France comme ailleurs (Allemagne, Autriche, Suède). L’autre option, c’est le 'sans' qui apporte du résultat dans l’assiette. Le 'sans' est une invention des distributeurs, plus facile à promouvoir sur l’étiquette que des allégations santé. Cependant, le 'sans' est surtout préféré par les plus de 55 ans et il pourrait donc diminuer. Enfin, les 18-24 ans se démarquent. Ils considèrent qu’un aliment de qualité est équilibré et apporte de la fortification nutritionnelle (vitamines, minéraux, protéines…). À l’avenir, il faudrait donc que l’agroalimentaire essaie d’aller vers un plus nutritionnel. Le consommateur a besoin d’une réalité dans son assiette : zéro pesticide et plus de nutriments bons pour sa santé, en tenant bien sûr compte de l’environnement. »

« Le bio fait rêver les consommateurs »

Les plus lus

<em class="placeholder">Olivier Le Gal, installé à Moustoir-Ac dans le Morbihan : « En traitant les œufs des lots plus compliqués, la casserie nous aide à mieux maîtriser le risque de ...</em>
« La durée de ponte de mes poules pondeuses progresse d’une semaine chaque année »

Olivier Le Gal dans le Morbihan améliore d’une semaine par an la durée de ponte de ses lots de poules brunes. Ses atouts …

<em class="placeholder">Un lot qui reste rentable jusqu’à une réforme tardive devra avoir un taux de perte et d’œufs déclassés suffisamment maîtrisé, au risque de perdre l’intérêt de ...</em>
« L’intérêt économique de prolonger la carrière des poules pondeuses doit être évalué lot par lot et ramené à l’année »

Pour Nicolas Destombes, de Lohmann France, l’intérêt de prolonger la carrière de la poule doit être raisonné pour chaque lot…

<em class="placeholder">Si les souches blanches et rustiques sont les plus adaptées pour l’allongement de la durée de vie des poules, des leviers existent aussi pour les poules rousses et brunes.</em>
Lever les freins à l’allongement de la vie des poules

Lancé en 2024 pour quatre ans, le projet Interreg Omelette vise à identifier et lever les freins à l’allongement de la durée…

Le groupe DanHatch prend la main sur l'entreprise d'accouvage BD France dans le Finistère

Le 25 mars, l'entreprise d'accouvage et de multiplication BD France a annoncé un changement substantiel au sein de son…

<em class="placeholder">carte foyers IAHP</em>
Grippe aviaire : une situation toujours évolutive en France et en Europe

Même si l’épizootie d’Influenza Aviaire Hautement Pathogène (IAHP) se situe aujourd’hui à une échelle différente de l’hiver…

<em class="placeholder">Les trophées de la performance 2026 du groupement Armor Œufs remis aux éleveurs.</em>
Armor Œufs veut mettre en place 1 million de places supplémentaires de poules pondeuses d'ici 2028 en Bretagne

Le groupement de producteurs Armor Œufs déploie une stratégie claire pour se développer et vise 1 million de places de poules…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Volailles
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Volailles
Newsletter COT’Hebdo Volailles (tendances et cotations de la semaine)