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Canard prêt à gaver : Passage en bande unique réussi dans le Morbihan

En septembre 2014, l’installation d’un jeune a été l’opportunité pour l’élevage Guillaume de passer en bande unique et d’augmenter sa capacité de production, tout en abaissant sa densité d’élevage.

L’élevage de canards prêts à gaver d’Évelyne, Michel Guillaume et de leur fils Adrien « est ce vers quoi il faudrait tendre en termes de conduite sanitaire et de confort animal», estime Olivier Nédélec, responsable technique de la production d’Euralis Ouest. Depuis septembre 2014, cet élevage situé à Caro dans le Morbihan fonctionne en bande unique avec deux sites distants de 400 mètres. L’installation d’Adrien a été l’occasion d’une profonde réorganisation de l’élevage, prenant en compte trois paramètres : la bande unique, la baisse de la densité d’élevage à quatre canards par mètre carré de bâtiment et l’augmentation de la production annuelle pour passer de 2 à 3 UTH.

Précédemment, neuf lots démarrés sur 1100 m2

Auparavant, la capacité de production était de 90 000 à 100 000 animaux par an. « Nous faisions un démarrage toutes les 6 semaines dans une canetonnière spécialisée de 1100 m2, rapporte Michel Guillaume. Les canetons étaient ensuite répartis en alternance sur les deux sites, à raison de 6 canards par mètre carré de bâtiment. L’un avait une capacité d’hébergement de 11 000 animaux dans trois bâtiments (1800 m2) et l’autre de 13 000 dans deux bâtiments (2200 m2). » Le premier site fonctionnait en bande unique, mais pas le second qui abritait à la fois les canetons et les prêts à gaver. C’est fini depuis septembre 2014. Chaque site fonctionne de manière autonome par cycle de douze semaines d’élevage. Sur le site de 1800 m2, les deux tunnels bâchés de 400 m2 ont été démontés et remplacés par deux 1500 m2 en « dur ». Ils sont de type clair à ventilation statique (volets et lanterneau). L’un fait office de canetonnière bien équipée en radiants, pipettes, mangeoires, pour démarrer 16 000 canetons qui sont ensuite répartis sur les 4000 m2 du site avec ses parcours.

Maintenant trois ou quatre démarrages par site

Le second site de 3300 m2 conserve sa canetonnière de 1100 m2 qui sert également pour l’élevage. Aux autres 2200 m2 d’élevage s’ajoute un bâtiment de 1000 m2. C’est un statique clair utilisé pour l’élevage. Les éleveurs ont tenu à construire des bâtiments polyvalents pouvant être reconvertis. Les sept bâtiments ont tous des sols bétonnés. À raison de 200 euros du mètre carré, l’investissement total a atteint 800 000 euros. Au final, les Guillaume élèvent 16 000 animaux sur 4000 m2 et 17 000 animaux sur 4300 m2. Environ 115 à 130 000 canards sont démarrés alternativement en 3 ou 4 lots par an et par site. L’augmentation de surface nette de 3200 m2 a amplifié le volume de production de 20-25%. Sur le site de 4000 m2, chacun des trois bâtiments a son sas. « Nous préconisons toujours un sas par bâtiment plutôt que par site», souligne Olivier Nédélec. Néanmoins, le site de 4300 m2 conserve son sas central avec rotoluve, héritage d’un passé d’élevage de reproducteurs. De plus, chaque site détient son propre matériel (tracteur, pailleuse, stockage de paille).

Gains sanitaire et qualitatif

Après le desserrage vers 12-15 jours, la canetonnière devient un bâtiment d’élevage à 4 canards au mètre carré. Les canards sont exclusivement nourris à l’intérieur des bâtiments où ils séjournent jusqu’à l’âge de 4 à 6 semaines. Avec un démarrage toutes les 13-14 semaines, cela permet d’atteindre un vide de parcours supérieur à 42 jours. Quelques abreuvoirs linéaires sont disposés sur les parcs extérieurs. Le passage en bande unique et la densité réduite ont certes un coût, mais les éleveurs comme l’abattoir, y gagnent en confort, en qualité des animaux et en performances. Après un démarrage sur copeau, la basse densité facilite le repaillage mécanique quotidien avec de la paille broyée. Les litières se tiennent mieux avec des canards qui n’ont pas de problèmes d’aplombs. Les animaux sont plus sains. « Nous ne traitons pas, à part avec des vitamines et des fortifiants par eau de boisson, souligne Michel Guillaume, et nous ne vaccinons jamais nos canards. » Le coût de non-qualité a été abaissé. Le taux de râpage est de l’ordre de 3% contre 25 % autrefois. L’éleveur annonce un taux de mortalité moyen de 1,8 à 2,2 %. « Franchement, élever des canards mulards, c’est du bonheur par rapport à d’autres productions. Nous ne sommes pas des éleveurs stressés. »

Euralis Ouest avait anticipé

Au 1er juillet, Euralis Ouest imposera la bande unique dans tous ses élevages de prêts à gaver, mais une baisse des volumes est inévitable.

L’arrêté Biosécurité du 8 février n’a pas vraiment pris de court Olivier Nédélec, le responsable technique de la production d’Euralis dans le bassin du Grand Ouest (1). L’influenza aviaire n’a fait qu’accélérer une orientation vers la bande unique prise après la crise influenza de 2006. « Au mois de février, 34 % de nos éleveurs étaient en bande unique », explique-t-il. En avril, la moitié devrait l’être. Le responsable technique assure qu’à partir de juillet, 100 % des lots mis en place seront en bande unique. « Une réorganisation rapide est possible pour la plupart des élevages, d’autant que beaucoup sont des unités avec des bâtiments distants. Il leur faudra ajouter du matériel de démarrage.» Néanmoins, pour 15% des capacités actuelles, il faudra faire des travaux conséquents, en créant du bâtiment neuf. Enfin, il reste à gérer les cas plus épineux des éleveurs gaveurs pour 5 % des capacités. « Nous avons deux ans pour y parvenir, mais l’objectif est d’y arriver le plus vite possible. »

Moins de production de prêts à gaver

Adopter la bande unique génère moins de rotations dans l’année. Produire autant qu’avant impose d’agrandir la taille du cheptel et la canetonnière. Dans le contexte économique actuel, "notre difficulté est de convaincre des producteurs d'investir alors qu'ils font déjà du bon travail", souligne Olivier Nédélec. Le passage au gavage en logement collectif a entraîné une baisse des capacités d’Euralis Ouest d’environ 15%. C’est au tour du potentiel d’élevage d’être affecté d’à peu près 20%. En attendant la réorganisation complète, les abattoirs savent déjà qu’ils manqueront de canards pour le pic d’abattage de la fin d’année. 

(1) Les 107 éleveurs et 140 gaveurs (dont 33 aussi éleveurs) sont répartis en Bretagne (33%), en Pays de la Loire (58%) et en Poitou-Charentes (9%).
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