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Nutrition des poules : Modifier l’aliment pour limiter le stress thermique

Avec le réchauffement climatique, les poules pondeuses sont de plus en plus souvent sujettes à des baisses de consommation alimentaire qu’il faut compenser par une modification de la formule alimentaire pour maintenir leurs performances.

La consommation alimentaire d’une poule peut brutalement baisser dès que la température maximale se maintient au-dessus de 25 °C.
La consommation alimentaire d’une poule peut brutalement baisser dès que la température maximale se maintient au-dessus de 25 °C.
© P. Le Douarin

« Dès que la température maximale atteint 26-27 °C pendant plusieurs jours de fortes chaleurs, la poule pondeuse réduit fortement sa consommation d’aliment », a expliqué le spécialiste volaille Philippe Jamoneau, lors du séminaire qu’ADM Nutrition animale avait organisé le 8 mars pour ses clients.

À partir de 25 °C de température maximale relevée en station météo, la consommation baisse brutalement de 4 g d’aliment par jour révèlent les données recueillies par la GTE Gallilé Ponte de la firme. La chute peut atteindre 10 g par jour à partir de 32 °C.

 

 
Évolution des performances pendant un épisode de forte chaleur en 2019 (plus de 25 °C de température maximale de la semaine 25 à la 35)
Évolution des performances pendant un épisode de forte chaleur en 2019 (plus de 25 °C de température maximale de la semaine 25 à la 35) © ADM

 

Mais ce n’est pas le seul effet. L’autre conséquence majeure d’un stress thermique est l’inflammation de l’intestin qui se concrétise par une dégradation de l’absorption intestinale des nutriments. En résumé, plus il fait chaud moins la poule mange et moins l’aliment est bien digéré. De plus, la poule se déshydrate et ses équilibres métaboliques sont perturbés. Au final le taux de ponte du troupeau diminue, ainsi que le poids des œufs et la qualité des coquilles. Le nutritionniste chiffre que 8 g de consommation en moins se traduisent par 2 points de moins sur le taux de ponte et moins 1 g sur le calibre d’œuf.

Densifier et régionaliser

Pour compenser ces impacts, ADM propose une stratégie nutritionnelle de concentration de l’aliment d’été qui a été validée par un essai ADM réalisé en station expérimentale Inrae/Itavi. À énergie métabolisable constante, l’aliment est enrichi en protéines – dont + 8 à + 10 % pour certains acides aminés essentiels – en matières grasses, en sodium ainsi qu’en calcium (Ca) et phosphore disponible (P), tout en respectant l’équilibre Ca/P. Par rapport aux poules nourries comme d’ordinaire, l’aliment enrichi améliore les performances de 2,9 points pendant l’ensemble de la période de stress thermique.

L’intérêt économique de cette stratégie va dépendre de trois paramètres : du surcoût alimentaire engendré (chiffrage non présenté au séminaire), des gains de production attendus (2 ou 4 % de taux de ponte annoncés) et du prix des œufs supplémentaires vendus en période estivale. Pour Philippe Jamoneau, « la stratégie de nutrition doit être choisie en fonction des objectifs de production et du retour sur investissement ». Dans cet essai le retour sur investissement a été de 2,4.

En période chaude, la stratégie alimentaire dépend de la zone climatique où se situe l’élevage
 

 

Le choix dépend aussi du niveau de risque d’épisode de forte chaleur, inégal selon les régions. Du nord au sud, ADM a défini trois zones climatiques à risque grandissant. En zone nord et intermédiaire, il peut être proposé de « remonter la concentration de tous les aliments de la gamme », avec un accompagnement spécifique des lots les plus affectés en zone intermédiaire. En zone sud nettement plus chaude, la concentration de l’alimentation devrait être systématiquement étudiée.

Ensuite, quelle que soit la zone, des supplémentations nutritionnelles peuvent être envisagées, afin de limiter l’impact des stress oxydatifs et inflammatoires sur la digestibilité des aliments.

Augmenter la granulométrie de l’aliment est aussi une possibilité mais « il faut bien veiller à l’homogénéité de la consommation » souligne Philippe Jamoneau.

2,9 points d’écart de ponte en concentrant

Réalisé en station expérimentale, l’essai ADM a porté sur 100 poules âgées de 26 semaines soumises à des cycles de températures élevées pendant cinq semaines consécutives : alternance de 33 °C le jour et 23 °C la nuit, avec deux phases de transition.

Un aliment Nutri + a été comparé à un aliment témoin. La consommation alimentaire a chuté de 6 % dès le premier jour, allant jusque - 17 % au bout de la troisième semaine, pour remonter ensuite en fin de période chaude. Le niveau s’est un peu mieux maintenu avec le Nutri +.

 

 
Évolution comparative des taux de ponte pendant les 5 semaines de stress thermique des 2 lots de poules nourries différemment
Évolution comparative des taux de ponte pendant les 5 semaines de stress thermique des 2 lots de poules nourries différemment © ADM

 

Quel que soit l’aliment, le taux de ponte a été affecté par la chaleur cyclique. L’aliment enrichi a cependant permis de limiter la baisse. L’écart enrichi-témoin a ainsi atteint 2,9 points sur les 5 semaines. Le taux de ponte a été plus homogène avec le Nutri +. Tout cela s’est traduit par un écart de masse d’œufs de 4 à 6 % selon la semaine. Les contrôles de qualité d’œufs sont aussi allés dans le sens d’une meilleure qualité pour l’aliment enrichi (hauteur, poids et couleur du jaune).

 

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