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« McDonald’s France achète de plus en plus français » explique Rémi Rocca, son directeur des achats

Considéré à tort comme un symbole de la malbouffe, McDonald’s ne ménage pas ses efforts en France pour répondre aux attentes sociétales, tout en tenant compte de la réalité des filières.

Rémi Rocca est ingénieur agricole formé à Purpan-Toulouse. Entré chez McDonald’s France en 2009 comme acheteur, il en est aujourd’hui le directeur des achats, mais aussi de la qualité, de la logistique et de l’environnement. © P. Le Douarin
Rémi Rocca est ingénieur agricole formé à Purpan-Toulouse. Entré chez McDonald’s France en 2009 comme acheteur, il en est aujourd’hui le directeur des achats, mais aussi de la qualité, de la logistique et de l’environnement.
© P. Le Douarin

Que représente pour vous la viande de poulet ?

Rémi Rocca- « Le nugget (1) est un de nos produits emblématiques, comme le hamburger fait avec du bœuf. Nous utilisons aussi des émincés grillés dans des salades, des aiguillettes panées dans les Mc wrap, des galettes panées dans les burgers. Et aussi des œufs plein air pour le Egg Mc Muffin, dont le volume a été multiplié par six depuis son lancement (40 millions d’unités). Nous avons récemment proposé des ailes de poulet label rouge, suite à une suggestion du groupe LDC. En revanche, l’offre a été limitée à trois semaines de vente car il a fallu six mois à LDC pour constituer le stock. La volaille est donc très présente chez nous et elle est toujours en croissance. »

Quelle place y occupe la production française ?

R. R.- « Les nuggets sont fabriqués à Orléans chez Cargill. La totalité de la viande des nuggets provient de Bretagne dans le cadre d’un partenariat multipartite que nous avons engagé voici vingt-cinq ans avec les éleveurs du Gaevol, Avril-Sanders et LDC. Cette année, nous nous sommes réengagés pour trois ans sur un volume minimal de 11 000 tonnes. En réalité, nous ferons 14 000 t cette année. Par ailleurs, l’abattoir Boscher exporte aussi en Angleterre, Suisse et Allemagne pour McDonald’s. L’origine française a triplé entre 2012 et 2018 et le minimum contractuel a été augmenté de 25 % (9 100 t sur 2016-2018). Au-delà de la croissance de la demande, c’est une réelle volonté de McDonald’s France. En quelques années, nous sommes passés de moins d’un quart à deux tiers d’origine France, le reste provenant des Pays-Bas. En revanche, nous ne serons pas français à 100 % pour sécuriser nos approvisionnements. Nous assumons déjà un risque conséquent avec tout le volume venant d’une seule région. »

Réputé le plus exigeant, votre cahier des charges va -il encore évoluer et vers quoi ?

R. R.- « Nous sommes inscrits dans une démarche d’amélioration continue, avec une approche pragmatique et objective. Par exemple sur les antibiotiques, McDonald’s suit les recommandations de l’OMS : arrêter certaines molécules critiques (2) et demander une réduction d’usage pour les autres (près de 45 % de baisse). En termes de bien-être, nous travaillons sur des indicateurs réels. D’où les pododermatites ; d’où la demande de lumière naturelle ; d’où l’enrichissement avec du perchage. Nous finançons une expertise scientifique internationale sur les critères objectifs du bien-être qui va bientôt être finalisée. Nous venons aussi de lancer un fonds international pour financer des innovations technologiques sur le bien-être. D’ailleurs, McDonald’s France a déjà travaillé cette question avec l’Université d’Oxford sur un projet de vision digitale destiné à anticiper les traitements médicamenteux. »

Etes-vous favorables à un élevage extensif, comme celui prôné par le « better chicken commitment » ?

R. R.- « Notre politique n’est pas de segmenter notre approvisionnement en poulet (ou autre) avec plusieurs cahiers des charges, même si nous avons la volonté de développer des produits sous signe de qualité. Néanmoins, nous sommes bien entendu à l’étude pour faire évoluer de manière permanente notre cahier des charges, comme nous le faisons depuis 25 ans maintenant. Ces évolutions devront se faire en mesurant de manière objective l’impact sur le bien-être, l’impact économique sur les filières et l’impact environnemental. »

Quel regard portez-vous sur les substituts végétaux à la viande ?

R. R.- « Pour McDonald’s, il est important d’être présent sur tous les segments de consommation. Fin 2017, l’enseigne a lancé un burger végétarien, le Grand Veggie. La gamme de protéines végétales s’est élargie en association à de l’œuf, du fromage ou des légumes. Ces produits connaissent une bonne dynamique sans nuire à celle des produits carnés. Quant au burger végétal se rapprochant de la viande, McDonald’s teste depuis peu celui de Beyond Meat au Canada. Il est trop tôt pour savoir sur quoi cela peut déboucher. »

Que pensez-vous de l’utilisation des insectes pour nourrir les poulets ?

R. R. - « Les insectes, on y pense… Nous sommes ouverts à toutes les propositions, à condition de peser toutes les implications pour nous comme pour nos fournisseurs. Nous faisons déjà tester des protéines issues d’algues, sans préjuger des choix qui seront faits. L’alimentation des poulets est déjà 100 % végétale et non OGM. En 2020, le soja sera certifié Proterra pour garantir l’absence de lien avec la déforestation. »
(1) Un nugget est un beignet constitué pour moitié de filet de poulet et pour moitié de panure
(2) La colistine a été retirée du cahier des charges début 2019

« McDonald’s France est proche du monde agricole »

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