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« L’intérêt économique de prolonger la carrière des poules pondeuses doit être évalué lot par lot et ramené à l’année »

Pour Nicolas Destombes, de Lohmann France, l’intérêt de prolonger la carrière de la poule doit être raisonné pour chaque lot et en l’anticipant dès 45 semaines.

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Un lot qui reste rentable jusqu’à une réforme tardive devra avoir un taux de perte et d’œufs déclassés suffisamment maîtrisé, au risque de perdre l’intérêt de prolonger le lot.
© A. Puybasset

« Nous sommes globalement tous d’accord pour dire qu’il faut arrêter les réformes précoces des poules. Mais retarder le départ jusqu’à 85-90 semaines pour des poules rousses ou 100-110 semaines pour des blanches ne s’improvise pas, souligne Nicolas Destombes, coordinateur technique de Lohmann France. 

Lire aussi : Lever les freins à l’allongement de la vie des poules

« Tous les lots ne pourront pas être emmenés aussi loin. Il est donc important d’anticiper la fin de la carrière du lot le plus en amont possible pour préserver l’équilibre économique pour l’éleveur », a-t-il expliqué lors du symposium Coqu’idées sur l’allongement de la durée de ponte, organisé par Synthèse Élevage et Chêne Vert.

 

 
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Nicolas Destombes : « Il est important d’anticiper la fin de la carrière du lot le plus en amont possible pour préserver l’équilibre économique pour l’éleveur. » © L. Gouverne

Un gain variable selon les scénarios

Un lot qui reste rentable jusqu’à une réforme tardive devra avoir un taux de perte et d’œufs déclassés suffisamment maîtrisé, au risque de perdre l’intérêt de prolonger le lot. Pour le démontrer, il s’est appuyé sur une simulation de l’impact économique pour une volière récente en plein amortissement de 40 000 poules pondeuses plein air qui ferait le choix de réformer à 90 semaines plutôt qu’à 75 semaines.

Trois scénarios ont été envisagés (voir infographie ci-contre).

Le scénario de base est un lot qui fonctionne bien avec un indice de consommation stable (138 g à 90 semaines) et un taux de déclassé assez faible (4,7 %). « Le simulateur montre une progression linéaire du résultat par poule et par an entre 75 et 90 semaines. L’intérêt de prolonger le lot est confirmé. » Un lot « qui va bien au départ » et ne rencontre pas de problème sanitaire pourra en théorie remplir ses objectifs jusqu’au bout.

En revanche, dans le scénario « déclassé » marqué par un taux de déclassés plus élevé à 75 semaines (5,9 %) et qui se dégrade jusqu’à 12,9 % (avec une légère hausse du coût alimentaire), le résultat économique par poule et par an plonge à partir de 83 semaines.

Dans le scénario intermédiaire « mortalité », la viabilité est déjà pénalisée à 60 semaines (92 %). Le nombre d’œufs et l’indice se dégradent. Le résultat atteint un plateau autour de 85 semaines.

Au final, l’amélioration du résultat par poule départ et par an consécutive à l’allongement de la ponte de 75 à 90 semaines atteint un euro dans le scénario « base ». Mais il devient très faible pour les scénarios « mortalité » et « déclassés » (environ 30 à 40 centimes autour de 85 semaines) voire nul à 90 semaines. « Il n’est donc pas toujours intéressant économiquement d’allonger la carrière des poules. La réflexion doit être anticipée et raisonnée lot par lot. »

 

 
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Graphique = La trajectoire du résultat par poule diffère selon le scénario envisagéÉvolution du résultat par poule et par an selon l’âge de réforme et selon trois scénarios © Source : Lohmann France (chiffres issus de simulations)

Anticiper dès 45 semaines l’âge à la réforme

Pour accompagner les éleveurs et les organisations de production, le sélectionneur Lohmann France a lancé l’outil Predixion. « Il permet de prévoir à 45 semaines le nombre d’œufs réels produits par le lot jusqu’à sa réforme avec une marge d’erreur de moins de 2 %. » L’application prend en compte une multitude de critères pour prédire un nombre d’œufs par poule Départ, mais ne peut pas encore prédire de manière assez fiable les taux de déclassement finaux. « Cela permet à 45 semaines de pouvoir encore prendre une décision et de s’organiser pour fixer une durée plus courte ou plus longue que prévu si cela s’avère judicieux d’un point de vue économique », ajoute Nicolas Destombes.

Prolonger la carrière doit tenir compte de trois prérequis : avoir une génétique capable d’avoir une bonne persistance de ponte, des cahiers des charges qui s’assouplissent et une adaptation des plannings de poussinières par les organisations de production. Le rythme de rotation des élevages est en effet bousculé lorsqu’on allonge de plusieurs semaines la durée de présence des animaux dans les bâtiments de ponte. Enfin, la décision de l’éleveur est soumise à d’autres éléments extérieurs tels que l’organisation de la collecte, les contraintes du marché de l’œuf…

Armelle Puybasset et Louisette Gouverne

Tout se joue à 5 semaines

Pour retarder la fin du lot, il faut monter tous les curseurs d’un cran pour le suivi technique des volailles, se faire plus exigeant encore. Et cela dès le démarrage des poulettes.

 

 
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La carrière de la poule se joue dès la mise en place de ses organes digestifs, de son squelette et de son système immunitaire. © P. Le Douarin

Nicolas Destombes est catégorique : « La carrière de la poule se joue dès la mise en place de ses organes digestifs, de son squelette et de son système immunitaire. Il y a une corrélation entre le poids vif à 5 semaines et la conformation des volailles et leurs performances en fin de carrière. » Peser les poules très tôt apparaît indispensable.

Autre période importante, la phase de post-transfert de 18 à 30 semaines. Il faut peser les poules et les œufs et quantifier ce qu’elles mangent pour gérer au mieux la stimulation lumineuse et le programme alimentaire. L’enjeu est de veiller à la bonne couverture alimentaire durant cette période de compétition des besoins : ceux des volailles pour assurer la fin de leur croissance (dépôts de muscle et de masse graisseuse) d’une part et d’autre part pour démarrer la ponte dans de bonnes conditions. « Il faut trouver un compromis pour éviter les carences au pic d’export », explique-t-il. « Plus tard, en fin de carrière, il faut continuer à ajuster l’alimentation, l’apport phospho-calcique avec par exemple un apport en calcium un peu plus soluble et savoir faire évoluer l’heure des repas, si l’on observe un décalage des heures de ponte, pour garantir la qualité des coquilles. »

Le statut immunitaire des poulettes après transfert et la réalisation des protocoles vaccinaux auront également un effet à long terme sur la santé du lot. Nicolas Destombes insiste pour finir sur la perte de mobilité de certaines poules, inhérente à leur âge avancé. En volières, cela nécessite de faciliter l’accès à l’abreuvement et à l’aliment, avec des échelles par exemple. Des évolutions d’équipements à raisonner bien en amont.

Louisette Gouverne

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