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Lever les freins à l’allongement de la vie des poules

Lancé en 2024 pour quatre ans, le projet Interreg Omelette vise à identifier et lever les freins à l’allongement de la durée de vie des poules pondeuses. Plusieurs leviers sont envisageables.

« Actuellement, l’âge moyen à la réforme des poules pondeuses en France est de 78 semaines en poules rousses code 1-2-3 et de 95 à 100 semaines en poules blanches, rapporte Enora Le Bihan, de la Chambre d’agriculture de Bretagne. Mais en Belgique, l’âge à la réforme des poules rousses est de 86 semaines. » Pour les éleveurs, les critères de réforme sont d’abord la rentabilité, la qualité physique des œufs, la santé des poules et leur comportement en matière notamment de picage et de ponte hors nid. Depuis quinze ans, de gros progrès ont été réalisés, l’augmentation du prix des poulettes et de l’aliment, l’amélioration de la qualité des œufs et une meilleure persistance de ponte amenant les éleveurs à garder les poules un peu plus longtemps. « Mais allonger encore la durée de vie des poules pondeuses est un enjeu important pour garantir une production d’œufs durable et résiliente » souligne Alassane Keita, responsable du Service élevage et expérimentation de l’Anses. Dans ce contexte, un projet Interreg, Omelette (*), a été engagé en 2024 par plusieurs partenaires de France, Belgique, Pays Bas, Allemagne et Suisse. Objectif : identifier les freins à l’allongement de la durée de vie des poules et tester différents leviers en station expérimentale et sur le terrain.

Lire aussi : Une poulette au poids cible durant toute sa croissance pondra plus longtemps

La rentabilité au cœur de la décision

Une enquête a été menée en France et en Belgique auprès de 55 acteurs de la filière pour identifier les freins à l’allongement de la durée de vie des poules. Pour les éleveurs, allonger la durée de vie des pondeuses présente des risques. « Il y a des risques parce que la décision se prend tôt, 5-6 mois avant la réforme, voire 7-8 mois, et qu’il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte : la courbe de ponte, le comportement des poules, leur santé, la qualité de la coquille, la conjoncture, l’environnement… » rapporte Enora Le Bihan. Un point positif est que l’amortissement de la poulette augmente quand on allonge sa durée de vie. « Mais la rentabilité reste au coeur de la décision, avec le risque d’un taux de ponte insuffisant, d’un nombre d’œufs déclassés important et une augmentation du temps de travail. Il faut garantir la santé des poules, un taux de ponte d’au moins 70-80 % et une bonne qualité des œufs. » Pour les généticiens, le potentiel génétique des poules est encourageant, avec une progression constante de + 1,5 à 2 œufs/souche/an en sélection. Les souches rustiques et les souches blanches, orientées vers les casseries en France, ce qui impliquerait un changement de la part des consommateurs, sont les plus adaptées à l’allongement de la durée de vie, les souches rousses et brunes impliquant pour cela une conduite plus technique. Les vétérinaires estiment également qu’il est possible d’allonger la durée de vie des poules jusqu’à 80-90 semaines sans problème de santé. Et les équipementiers sont prêts à adapter les équipements pour permettre cet allongement. « La rentabilité est donc le principal élément à prendre en compte pour allonger la durée de vie des poules pondeuses » résume Enora Le Bihan.

<em class="placeholder">Des essais sont en cours sur le respect des bonnes pratiques et l’enrichissement.</em>

Importance des poulettes et de la couverture vaccinale

Un levier essentiel est la qualité des poulettes et le lien poulettes-pondeuses. « Les poulettes doivent être au poids, homogènes, mobiles, bien vaccinées, bien épointées, pas trop nerveuses et habituées aux bruits et aux interventions. » Une piste pourrait être de revoir les contrats de production de poulettes, en y ajoutant des critères de qualité, de viser un poids des poulettes plus élevé, de + 200-300 g, et de remettre du lien dans l’étape de transfert. « Il faut des conditions d’élevage identiques en termes d’environnement de vie, notamment d’équipements d’abreuvement, de lumière, d’aliment, d’eau, de routines de passage, détaille Enora Le Bihan. Il faudrait aussi informer sur les conditions de préparation des poulettes. » Autre levier important : la couverture vaccinale et le déparasitage. « Actuellement, la couverture vaccinale diminue au-delà de 90 semaines. L’enquête montre qu’il serait intéressant de faire un bilan à mi-parcours et de renforcer le schéma vaccinal par des rappels, notamment contre la bronchite infectieuse, mais aussi contre la colibacillose et les salmonelles. » Une difficulté est que les infrastructures ne sont pas toujours adaptées à la vaccination par l’eau de boisson ou respiratoire par nébulisation. Le protocole de déparasitage devrait aussi être prolongé, une problématique pouvant être les résidus si le traitement se fait dans la durée.

Envisager tous les leviers possibles

La complémentation (énergie, calcium, vitamine B), l’apport de fibres et de gritt, l’intégration de protéines animales, un aliment stable en composition et forme et un accès à l’aliment sans compétition ni mise à jeu pour le transfert sont également importants. Une piste pourrait être de mieux adapter l’aliment aux besoins des animaux, selon les souches et par une redéfinition des phases. Autre levier : la lumière et la stimulation des poules. Des Leds avec variateur, l’utilisation de plusieurs couleurs, une lumière plus tamisée dans le nid et plus intense hors nid et la cohérence avec la luminosité naturelle en plein air peuvent faciliter l’allongement de vie des poules. Un autre levier encore est l’environnement d’élevage et l’ambiance, avec une ventilation efficace pour éviter les coups de chaleur, de l’enrichissement… L’épointage reste aussi essentiel. Et des modifications du marché peuvent être envisagées (œuf coquille/casserie). « Dans tous les cas, il faut intégrer les conséquences de l’allongement de la durée de vie des poules sur l’élevage des poulettes, les couvoirs et la production d’œufs » ajoute Enora Le Bihan.

* OptiMise and Extend hen Longevity to Expedite the Transition to sustainable Eggs

L'alimentation différenciée en test

 

 

L’alimentation étant un levier important, un essai a été engagé par la Chambre d’agriculture de Bretagne, Innozh (centre de ressource technologique), et l’Anses sur le site de l’Anses à Ploufragan (22). L’essai porte sur quatre salles avec jardin d’hiver, dans lesquelles 1000 poules par salle de souche Hy-Line brown, également élevées dans le cadre de l’essai, sont alimentées avec une nouvelle gamme d’aliment. L’essai vise à évaluer l’intérêt d’une alimentation plus différenciée dans le temps (S1, S2, 17-28, 28-40, 41-50, 51-65, 66-80, 80-100 +) avec apport de pidolate de calcium à partir de la semaine 51. « L’objectif est de maintenir le poids d’œufs grâce à une teneur en protéines et en méthionine décroissante, pour obtenir une coquille plus résistante, précise Aurélie Derune, d’Innozh. La gamme classique devrait permettre des œufs plus lourds, mais plus fragiles. »

<em class="placeholder">« L’allongement de la durée de vie des poules est un enjeu de durabilité pour la filière », ont souligné Énora Le Bihan (à gauche), Aurélie Derune et Alassane ...</em>

En Belgique, des essais sont menés sur les bonnes pratiques et l’enrichissement, avec le suivi de la consommation de luzerne et de pierres à picorer et un essai sur du matériel d’enrichissement (bains de poussière, spirales d’alimentation, tonneaux à picorer, bouteilles remplies de gravier, changés toutes les semaines ou toutes les trois semaines). « Les premiers résultats montrent que les bains de poussières sont les plus utilisés et qu’il faut changer régulièrement l’enrichissement. »Un autre essai encore compare l’utilisation d’une lumière chaude monotone à de la lumière blanche dynamique.

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