Le Sud-Ouest veut redynamiser sa filière volailles
Avec les années de grippe aviaire, l’inflation et la hausse des charges, la filière volailles de chair du Sud-Ouest cherche un nouveau souffle tout en ouvrant les portes à la production de poulet du quotidien.
Avec les années de grippe aviaire, l’inflation et la hausse des charges, la filière volailles de chair du Sud-Ouest cherche un nouveau souffle tout en ouvrant les portes à la production de poulet du quotidien.
Au moment des fêtes de fin d’année, les éleveurs du Sud-Ouest garnissent les tables de leurs volailles festives : pintades, chapons, pintades chaponnées, dindes… Dans la région, il y a soixante ans, les volailles fermières des Landes étaient reconnues premier Label rouge de France, obtenant ensuite l’indication géographique protégée (IGP) en 1996. Mais les années de grippe aviaire, l’inflation et le renouvellement des générations ont mis à mal les volumes historiques. Si le challenge est de répondre rapidement aux besoins des abattoirs, à plus long terme, il s’agit de préserver l’élevage, le tissu économique et rural de la région. Or, la consommation de viande de poulet augmente, en hausse de 3,9 % entre le premier semestre 2024 et 2025, tirée par le poulet du quotidien. « En complémentarité des filières traditionnelles, nous devons développer le poulet du quotidien, tout en renouvelant les générations dans le même temps. C’est un défi à relever pour ne pas perdre de volumes », rappelle Jean-Michel Schaeffer, président de l’interprofession de la volaille de chair (Anvol) lors d'un voyage de presse fin septembre 2025 dans le Sud-Ouest. Le bassin de production (Landes, Gers et les départements limitrophes) veut garder ses traditions tout en s'ouvrant à la production du poulet du quotidien, soutenu financièrement par les coopératives locales.
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Les productions traditionnelles mises à mal
Plus qu’ailleurs, la grippe aviaire associée à l’inflation du coût des bâtiments et des intrants ont impacté les volumes historiques de production. « Il y a eu des départs à la retraite et avec la grippe aviaire, pendant quatre ans, nous n’avons pas pu développer l’installation de nouveaux éleveurs et répondre à la demande », indique Patrick Faget, directeur des productions animales chez Maïsadour. « Quant au coût des bâtiments neufs, il a augmenté d’environ 35 % et le modèle économique ne s'équilibre plus. » Du côté des abattoirs, le volume de production n’y est pas. L’abattoir Fermiers Landais à Saint-Sever a perdu 25 % de son activité d’abattage de volailles Label rouge en dix ans. « Nous avons besoin de retrouver du marché dans un marché Label rouge qui n’est pas en développement », explique Davy Triolet, directeur de l’abattoir. « Il faut aussi étoffer nos gammes face à la concurrence et conserver nos parts de marché en GMS. » Mais comme partout ailleurs, « il y a un déficit de candidats et le manque de main-d’œuvre est significatif ici. Il n’y a plus la structure familiale comme avant, avec deux ou trois générations sur l’élevage », décrit Patrick Faget.
Des plans de soutien
Pour remédier aux arrêts d’activité, maintenir l’activité sur le territoire et approvisionner les abattoirs, les coopératives proposent des plans d'aides. Euralis et Maïsadour, par exemple, se mobilisent financièrement pour construire des ateliers volailles neufs. Le président de Maïsadour, Daniel Peyraube, évoque la mise en place un programme d'investissement ambitieux de 7,5 millions d’euros sur 3 ans pour accompagner la création de bâtiments. "Par exemple, cela permet de diviser par deux le coût d’un bâtiment mobile et représente un apport de 60 000 euros pour un bâtiment Label rouge de 400 m² . Sur un bâtiment de 1350 m² en poulet du quotidien, cela peut aller jusqu’à 250 000 euros d’aides."
Le poulet du quotidien au menu
Afin d'alimenter l’abattoir spécialisé de Condom dans le Gers, les coopératives Vivadour et Maïsadour tablent sur la création de 35 bâtiments neufs en poulets standards d’ici cinq ans. « Dans la filière, nous avons peu de potentiel de rénovation. D’ici quatre à cinq ans, nous prévoyions une vingtaine de bâtiments neufs en poulets standards, soit plus de 5 000 m² créés par an », précise Delphin Guillaumey, directeur des productions avicoles chez Vivadour. Cette production en bâtiment de 1350 m² intéresse des projets de diversification. Chez Maïsadour, l’ambition « raisonnée » établit à une quinzaine le nombre de bâtiments à construire dans un rayon de 100 km autour de l’abattoir de Condom. Pour pallier au surcoût des bâtiments, aux aides régionales en baisse sur ce type de projets et à la frilosité des banques face aux montants des investissements, coopératives et abattoir apportent des aides directes et un accompagnement dans le temps. De plus, face aux problèmes récurrents de contentieux contre les projets sous régime d’autorisation ICPE, les bâtiments sont limités dans leur capacité. Face aux écueils, le Sud-Ouest prend le taureau par les cornes.
« Je me suis installée en créant mon bâtiment de poulet standard »
À Montesquiou dans le Gers, Élisabeth Chaves a choisi de rejoindre son mari, éleveur de canards sur la ferme familiale de 70 hectares, en créant son propre élevage de poulets standards de 1350 m². L’éleveuse de 47 ans, en reconversion professionnelle après avoir travaillé vingt ans à La Poste, s’est installée en 2023 et a investi 590 000 euros dans un bâtiment qui a mis vingt-deux mois à voir le jour, après de longs délais administratifs et de raccordement électrique. Son premier lot de poulets de souche Ross 308 élevés en 35 jours est arrivé début septembre 2025. L’objectif étant d’atteindre 7 à 7,5 lots par an avec un vide sanitaire de quinze jours. Le bâtiment en ventilation dynamique transversale, construit par Dugué, comporte des fenêtres (3 % de la surface), une dalle bétonnée, un chauffage Lead’Exp’air (Le Roy), des trappes Kan’air (Tuffigo rapidex) et sept turbines. Le boîtier de régulation est de marque Sodalec. Dans l’enveloppe des aides perçues, celle de la région Occitanie s’élève à 42 000 euros, celle de Vivadour à 30 000 euros, plus un cautionnement bancaire de la coopérative à hauteur de 40 % de l’emprunt principal auquel s’ajoute un accompagnement du prix du vif durant huit ans de l’abattoir.