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« Innover en aval, moderniser en amont » estime l'interprofession de la dinde

Le président de l’interprofession, Patrick Pageard, croit au potentiel de la dinde, à condition de faire évoluer le modèle de valorisation et de la produire dans des ateliers modernisés et polyvalents.

Patrick Pageard préside l'interprofession de la dinde depuis 2014. Il dirige la coopérative vendéenne de production de volailles et de lapin (Ciab), ainsi que le groupe d'alimentation animale Nutriciab qui lui est rattaché.
© P. Le Douarin

Les volumes de dinde ne cessent de reculer. Comment l’expliquez-vous ?

Patrick Pageard - « Moi qui viens initialement du canard, j’ai un temps cru que c’était surtout un problème de prix de la viande de dinde. Mais c’est bien plus que cela, avec une dimension identitaire. Côté prix, l’évolution des performances technico-économiques moindre en dinde qu’en poulet nous pénalise. L’indice de consommation tourne autour de 2,3 quand il est descendu à 1,6 en poulet. En revanche, la qualité organoleptique de sa viande peut constituer un avantage par rapport au poulet. L’équilibre matière, c’est-à-dire la bonne valorisation de la viande blanche et de la viande rouge, est très important. J’ai parfois le sentiment que le prix élevé du blanc pénalise les ventes et qu’un rééquilibrage potentiel de la valeur du rouge serait peut-être une solution. En tant que président de l’interprofession, je ne peux qu’encourager les metteurs en marché à retrouver un meilleur équilibre rouge/blanc. »
 

Et qu’entendez-vous par perte d’identité ?

P. P.- « Les différences nutritionnelles et de goût de la dinde sont de moins en moins valorisées auprès des consommateurs. La largeur de gamme au rayon frais est moindre par rapport à ce que l’on constate dans d’autres pays européens.
Ayant perdu son identité, la dinde a été banalisée en une viande de volaille, source de protéines.
Notre premier concurrent, c’est le poulet. On constate en Espagne que la dynamique est portée par des charcutiers. Est-ce la spécialisation qui explique ce dynamisme ? Là-bas, la production a été lancée par des salaisonniers du porc, ayant misé sur un développement de produits élaborés et sur un positionnement différencié du poulet, avec un axe santé-nutrition supérieur au poulet.
Le secteur pâtit d’un manque de spécialistes qui pourraient dynamiser l’offre en GMS, même si nous en avons encore qui s’en sortent plutôt bien en RHD. Est-ce un élément de réflexion pour dynamiser notre filière ? »
 

Faut-il réviser le modèle de production médium ?

P. P.- « Depuis dix ans, la production a bien progressé techniquement, avec une meilleure maîtrise sanitaire (démédication, recul de l’histomonose avec une vingtaine de lots par an) et de bonnes performances globales.
La demande des éleveurs ayant des ambitions techniques s’oriente vers des bâtiments polyvalents poulet-dinde, capables d’apporter de la performance et de la régularité. Cela améliore aussi la qualité et le prix de revient des dindes. L’alternance des espèces est positive et donne de la souplesse en termes de planification. Les attentes sociétales (pododermatites, démédication, lumière naturelle…) vont dans ce sens.
Nous devons donc moderniser le parc ancien. Avec le risque de perdre en compétitivité, le bâtiment statique spécialisé ne me semble pas être un modèle d’avenir. Il n’y a plus de place pour des ateliers à demi-potentiel ne fonctionnant bien que grâce à la compétence des éleveurs.
Peut-être irons-nous vers un élevage en sexe séparé pour limiter les risques sanitaires de l’élevage mixte. »

Craignez-vous les attaques sur l’élevage industriel de la dinde ?

P. P.- « Personne n’est à l’abri de terroristes de la pensée, mais avec moins d’animaux par bâtiment et des animaux qui interagissent avec l’homme, la dinde dispose d’avantages indéniables.
Restons vigilants sur les allégations liées au mode d’élevage ; moins de chargement, du préau voire de l’accès plein air, des enrichissements, du sans antibiotique, du sans OGM, du bio, etc. qui font plaisir à quelques décideurs et ONG, mais détournent les consommateurs face aux surcoûts générés.
C’est ce qui s’est passé récemment en Autriche, avec un concept d’élevage porté par Sarah Wiener, une politique ex-célèbre cuisinière, propriétaire de restaurants, animatrice d’émissions TV, prônant le bio et le végétal. Le chargement maximal y est de 40 kg/m² en conventionnel et 21 kg/m² en bio. Finalement, la production autrichienne a été décimée et les importations ont grimpé. Les consommateurs doivent avoir le choix. »

Quels sont les arguments du Cidef pour relancer la dinde ?

P. P.- « La dinde coche beaucoup de cases des attentes sociétales. Plus riche en protéines et moins grasse, c’est une viande idéale pour les seniors, les enfants et les sportifs et il faudrait le faire plus savoir. Nous avons programmé pour l’automne une campagne radio de soutien aux efforts de communication des principaux metteurs en marché). En revanche, nous n’avons pas la main pour stimuler l’innovation sur les produits. C’est un débat entre fournisseurs et clients.
La dinde ne sera pas moins chère à produire que le poulet, le prix ne peut plus être son argument. La dinde pourra retrouver une place si elle sait se différencier dans un univers de prix du poulet variant de 1 à 4 (10 euros le kilo de filet standard en promo à 40 euros le kilo en bio). »
 

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