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"Il faudrait construire 2 200 poulaillers d'ici 2035 pour accompagner la croissance de la consommation de viande de volailles" 

Pour répondre à la croissance de la consommation et gagner en souveraineté alimentaire, la filières volaille de chair présente son plan d’action, avec un objectif ambitieux de construction de poulaillers.

<em class="placeholder">bâtiment de poulet de chair en Bretagne</em>
Le plan d'action de l'Anvol vise la construction de 220 bâtiments par an à horizon 2035.
© A. Puybasset

D’ici 2035, il faudrait construire 2 200 poulaillers de chair supplémentaires de 1 500 m2 en moyenne, soit l’équivalent d’un élevage de deux à trois bâtiments à installer chaque année par département. 

Lire aussi : « Mon bâtiment de poulets de chair a mis sept ans à voir le jour »

C’est la trajectoire que s’est fixée la filière volailles de chair d’ici dix ans pour accompagner la montée en puissance de la consommation. Ce plan d’action a été élaboré à la suite des Conférences de la souveraineté alimentaire, lancées en décembre 2025 par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. La volaille fait figure d’exception parmi les autres viandes, connaissant une croissance continue de la consommation, essentiellement liée au poulet. Elle a atteint 31,7 kg par an et par habitant en 2025, soit une progression de 3,3 % en un an et de 15 % depuis cinq ans. En parallèle, la production française a progressé depuis 2023, retrouvant ses niveaux d’avant 2019 et les crises d’épizootie aviaires. Mais la croissance de la production l’an dernier (+ 1,7 %) ne compense pas la hausse de la demande, qui profite à nouveau aux importations (+ 8,5 %). Le taux d’autoapprovisionnement a encore perdu un point l’an dernier, soit 76,6 %. « Si rien n’est fait, les projections à dix ans sont alarmantes avec une aggravation du déficit commercial à 720 000 tonnes (contre 523 000 aujourd’hui), soit un déficit commercial de 2,5 milliards d’euros en 2035 », craint Jean-Michel Schaeffer, directeur de l’Anvol.

Réduire d’un tiers le poulet importé

Dans son pacte Ambition lancé en 2020, la filière visait déjà la construction de 400 poulaillers à cinq ans pour relocaliser 20 % de la consommation importée, soit l’équivalent de 160 000 tonnes de viande. Ce chiffre est désormais rehaussé à 33 %, d’où la nécessité d’intensifier les efforts de construction de poulaillers. La proposition faite dans le cadre du Grand réveil alimentaire de construire 2 200 poulaillers s’appuie sur une estimation modérée de la croissance de la consommation (+ 1,5 % par an sur dix ans). « La volaille connaît une situation très singulière, devant répondre au double défi de la croissance de la consommation et d’amélioration de son autonomie. Les besoins de poulaillers concernent surtout la production en poulet du quotidien, pour fournir du filet et des produits élaborés, des segments en forte croissance et qui sont précisément les moteurs des importations. Cette trajectoire tient aussi compte du développement des nouveaux modes de production à plus faible densité comme l’ECC », précise le président. En poulet Label rouge, la filière estime par ailleurs les besoins de construction à 600 poulaillers, soit 60 de 400 m2 par an.

3 milliards d’euros à investir d’ici 2030

Dans son plan d’action, l’Anvol a chiffré à 2,8 milliards d’euros les besoins d’investissement à dix ans, pour moitié lié à la construction de 220 bâtiments par an de 1 500 m2. S’y ajoutent les investissements nécessaires des autres maillons pour accompagner le développement de la production (abattoirs, couvoirs, usines d’aliment, élevage repro…). Pour que la filière puisse tenir ces engagements, le soutien de l’État est bien évidemment indispensable. « On ne parle pas d’aides financières mais d’un soutien sur les aspects réglementaires. Nous avons besoin d’une simplification des démarches administratives et d’un alignement sur la réglementation européenne", martèle Jean-Michel Schaeffer. 

Des attentes sur la loi agricole

La dynamique de construction est déjà visible. En 2025, 43 poulaillers standards ont été construits en France (+ 40 bâtiments en label) et 60 permis de construire ont été déposés. « Mais un grand nombre de projets sont bloqués pour des raisons de lourdeurs administratives ou d’opposition sociétale. Nous souhaitons un régime d’installation classé spécifique à l’élevage et que la volaille soit exclu de la directive sur les émissions diffuses IED. Elle n’est pas adaptée à nos exploitations à taille familiale. Dans sa nouvelle version, 600 fermes avicoles supplémentaires seraient concernées. Cela ne va pas dans le sens d’une meilleure souveraineté alimentaire ! » Toutes les mesures concrètes attendues par la filière ont été portées d’une voie commune par l’ensemble des viandes blanches dans un manifeste à l’occasion du Salon de l’agriculture.

Les cinq priorités de l’Anvol pour la reconquête de la filière poulet

1. Construire 2 200 poulaillers de 1 500 m2 en moyenne d’ici dix ans soit 1,4 milliard d’euros d’investissement et moderniser les outils amont et aval (construction de 8 abattoirs, 4 couvoirs, 105 poulaillers de reproducteurs, 6 usines d’aliment, soit 1,4 milliard d’euros)

2. Créer un régime ICPE spécifique à l’élevage distinct des industries

3. Exclure les viandes blanches des IED à l’échelle européenne

4. Rendre obligatoire l’indication de l’origine pour tous les types de produit et tous les lieux de consommation

5. S’opposer à la signature d’accords commerciaux avec les pays tiers qui ne prévoient pas de clauses miroirs et des contrôles adaptés sur place

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