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Effet collatéral de l’influenza
Gérer la claustration des volailles de plein air

Décrétée par les autorités, la claustration des oiseaux domestiques impose une adaptation de la conduite d’élevage des volailles habituellement élevées sur parcours.

À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le 6 décembre 2015, le mauvais remake de l’influenza aviaire a poussé les autorités françaises à imposer la claustration des oiseaux pour les protéger des virus H5 et pour tenter de limiter la propagation virale. Parmi les principaux départements touchés, le Gers a très rapidement pris des mesures pour ses volailles de chair. Sauf cas exceptionnel, la coopérative gersoise Vivadour a opté pour le confinement intégral. Après deux mois de claustration, Pascal Delom, éleveur à Labejan et Philippe Castay, technicien volaille chez Vivadour, ont dressé un premier constat.

Maîtriser ambiance et luminosité

Avec des volailles disposant de moins d’espace, éviter le picage (voire le cannibalisme) et les griffures est une priorité. « Il faut apprendre à conjuguer ventilation, qualité d’ambiance (température, gaz, humidité) et luminosité », confie Pascal Delom qui entamera bientôt sa troisième bande claustrée. Cela commence par le réglage des ouvertures d’air. Il faut composer avec l’équipement existant, majoritairement à ouvertures manuelles et non régulées. Mais, ouvrir les volets ou les rideaux peut se traduire par plus de lumière naturelle que nécessaire, « car en ces circonstances, il faut réduire de moitié la luminosité », observe l’éleveur. Il est recommandé d’obscurcir les entrées d’air par des filets foncés et d’occulter les panneaux translucides (peinture lavable ou panneau isorel). Avec une densité de 11 volatiles au mètre carré, émettant toutes leurs déjections à l’intérieur, l’état de la litière doit aussi être davantage surveillé (en lien avec la qualité de ventilation). On sait qu’une litière sèche avec une ambiance sans excès d’ammoniac contribue à un meilleur état sanitaire et limite les ampoules de bréchets. « À neuf semaines, on s’aperçoit que les 400 m2 sont pleinement utilisés, commente l’éleveur. Pailler, même superficiellement, devient techniquement compliqué. » De plus, comme « il n’est pas question de faire entrer un engin », il faut stocker la litière propre à l’intérieur. Pour éviter de repailler, l’éleveur préfère pailler abondamment avant la mise en place. Selon le technicien, Vivadour teste des produits absorbants, comme les granulés de paille, ou les chènevottes de chanvres broyés.

Occuper les volailles par des dérivatifs

Avec des volatiles claustrés, les rythmes alimentaires changent et les consommations diminuent. Les besoins d’entretien sont moindres, faute d’exercice sur parcours. Pour ne pas dégrader les résultats, certaines organisations de production font formuler leurs aliments avec moins d’énergie tout en conservant les autres valeurs nutritives. Concernant l’abreuvement, il n’y a pas de modifications à envisager, si ce n’est de surveiller davantage les fuites d’eau préjudiciables à la litière.

Il faut aussi compenser la privation de sortie. « Il est très difficile de parvenir au zéro picage, mais il faut limiter ce risque au maximum, souligne l’éleveur. Distribuer du gritt permet de remplacer les picotages exploratoires. Les oiseaux sont ainsi moins enclins à piquer leurs congénères. La mise à disposition de blocs à piquer de type Blocapic (huit pour 400 m2) apporte un supplément de bien-être. Pascal Delom surveille toujours les fientes pour déceler d’éventuelles malabsorptions (céréales mal digérées) liées au manque de gravier dans les gésiers. Après avoir adapté l’ambiance et l’alimentation, le calme doit régner : limiter les passages, marcher très lentement, éviter les mouvements trop rapides.

Des résultats techniques acceptables

Pascal a mené deux bandes de poulets à leur terme de douze semaines, dont une en claustration totale, sans rencontrer de difficulté majeure. « Il faut tout de même compter avec un taux de déclassement qui peut aller jusqu’à 15-20 % en poulet, mais sans augmentation de la mortalité », prévient Philippe Castay. En pintade, grégaire et très nerveuse, les griffures partielles et les profondes généralement infectées entraînent une saisie de 2 % à 7 % et un déclassement de 15 % à 20 %. Le perchoir pyramidal est conseillé, et surtout le « mini-parcours », comparable au jardin d’hiver des élevages nordiques. En cas de comportements anormaux extrêmes, une dérogation permet de sortir temporairement les animaux sur une surface n’excédant pas celle du bâtiment. Philippe Castay l’envisage pour les pintades ou les élevages en « cabane liberté » de 60 m2 ayant une densité de 17 animaux/m2 et des volets d’aération à glissière, difficilement occultables. Enfin, la saison joue un rôle primordial. « Avec des températures basses et de faibles luminosités, les conditions hivernales ont été arrangeantes. En dehors de cette période, le confinement intégral sans accès à un parcours, même minime, me semble difficilement envisageable », conclut Pascal Delom.

"Un mal nécessaire en temps de crise"

Des dérogations à justifier

Annoncée le 6 décembre 2015, la mesure concerne le « confinement ou la pose de filets permettant d’empêcher tout contact avec les oiseaux sauvages pour tous les élevages commerciaux de volailles (sauf dérogation) et pour toutes les basses-cours (sans dérogation possible) ». La levée de la claustration sera réalisée dès que le niveau de risque épizootique national sera au moins revenu au stade "modéré". L’arrêté du 28 décembre précise que pour les volailles label rouge ou IG, la claustration ne devrait pas excéder la date du 31 mai pour qu’elles puissent bénéficier du signe de qualité.

Des éleveurs ont pu demander une dérogation aux services vétérinaires, si la claustration ou la mise sous filet n’était pas possible pour des raisons de bien-être animal, de technique d’élevage ou de cahier des charges. La dérogation est basée sur l’avis du vétérinaire sanitaire qui a vérifié le respect de 45 mesures de biosécurité. Elles sont contraignantes, comme par exemple "l’absence de croisement de flux entrants et sortants", ou le "stockage de litière en bâtiment fermé empêchant le contact avec des oiseaux sauvages". En volailles et en poules pondeuses label rouge ou IGP, la surface de parcours ne peut pas être inférieure à celle du bâtiment. En palmipèdes, elle est au minimum de 1,5 ou 2,5 m2 par canard et de 5 m2 par oie.

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