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Exploiter le potentiel des parcours en volailles

Le parcours fournit de nombreux services aux volailles, mais aussi aux éleveurs. L’oiseau y exprime un comportement inné à travers l’exploration, le grattage, le picorage… Il peut y trouver de l’ombre et consommer les végétaux du parcours pour compléter sa ration. Oui, mais à condition qu’il ne soit pas un espace vide uniquement prévu comme une aire d’exercice et minimiser le temps de travail de l’éleveur. Celui-ci peut ressentir de la fierté à travailler dans un cadre esthétique qui plaît au consommateur et qui valorise l’image de sa production. Le parcours contribue aussi à produire un revenu complémentaire, à maintenir la biodiversité végétale et animale, et à rééquilibrer des cycles géochimiques (carbone et azote notamment).

Il n’y a pas si longtemps, produire des volailles ou des œufs en laissant les animaux avoir accès à un parcours relevait d’un mode de production minoritaire – voire marginal – comparé au système d’élevage standard en claustration, raisonné pour minimiser les coûts, donc le prix de vente. Les temps ont changé… Les consommateurs souhaitent que ces élevages alternatifs deviennent progressivement la norme. Ils plébiscitent le fait que les animaux qu’ils consomment, y compris les volailles, puissent avoir accès à l’extérieur avant de finir dans leur assiette. Surtout au nom du bien-être animal. Ils l’expriment clairement par leurs achats d’œufs de poules de moins en moins élevées en cages aménagées. En volailles de chair, des professionnels ont bien compris le message. Ils commencent à proposer des volailles ni label ni bio, qui sortent dans des jardins d’hiver ou sur des parcours. En revanche, il faudra prendre garde à ne pas décevoir ces fortes attentes avec des produits « marketés » sans réel fondement.

Anticiper la demande de beaux parcours

Des parcours bien aménagés sont devenus incontournables pour assurer la pérennité des débouchés et la durabilité des élevages alternatifs. Dans cette perspective, les éleveurs vont redevenir des aménageurs soucieux de faire vivre leur parcours, le considérant comme un système végétal à rentabiliser aussi bien que leurs terres. Mais ce changement de paradigme peut être vécu comme contraignant et difficile s’il n’est pas bien compris. Avant de savoir comment faire pour aménager ses parcours, il faut se demander pourquoi le faire. C’est dans cette optique qu’une équipe pluridisciplinaire de dix-sept partenaires coordonnés par l’Itavi a conduit le projet de recherche-développement Bouquet de 2017 à 2020 (1). Il s’est déroulé en trois étapes : un, lister tous les services rendus et choisir des indicateurs d’évaluation ; deux, les tester sur une vingtaine de parcours extrêmement différents ; trois, faire connaître ces services pour convaincre les éleveurs de devenir des aménageurs, notamment par le truchement d’un jeu.

Lire aussi : Des poulets sous les cerisiers et les abricotiers

Des parcours de canards avec culture de maïs et agroforesterie

Le parcours peut réellement apporter une plus-value alimentaire

 

De nombreux services à en attendre

Geoffrey Chiron, ingénieur à l’Itavi, rappelle que le parcours rend de nombreux services qui peuvent se cumuler. Ils ont été classés en cinq catégories :

- La production de ressources et de valeur. Le parcours peut fournir un revenu supplémentaire (bois d’œuvre, bois énergie, bois raméal fragmenté, miel, énergie photovoltaïque, fruits, culture de rente) comme l’illustrent les témoignages de Bernard Guignard dans la Drome et de Rémy Poey dans les Landes. Il peut aussi être une ressource alimentaire pour les volailles, comme l’a montré une étude de l’Inrae du Magneraud et du lycée des Sicaudières.

- La qualité de vie. Un parcours bien aménagé peut être une source de satisfaction et de bien-être pour l’éleveur. Cependant, la mise en place des aménagements et leur entretien sont à adapter à chaque éleveur, souligne l’ingénieur, notamment avec l’introduction de contraintes (temps de travail, pénibilité…).

- Les relations éleveur/consommateur/citoyen. Le parcours permet d’interagir avec la société et donne de la visibilité aux systèmes de production très attentifs au bien-être animal.

- L’intégration territoriale. Elle qualifie la place de l’atelier dans son environnement socio-économique, avec la création d’emplois, le maintien d’un paysage agricole, la promotion territoriale d’un patrimoine local valorisable économiquement (production sous IGP ou sous AOP).

- La qualité environnementale. La couverture du sol par des espèces résistantes au tassement ou à fort pouvoir couvrant améliore le recyclage des déjections et limite le lessivage, tout comme les haies périphériques. Le parcours arboré et herbeux renforce le stockage du carbone. La biodiversité animale et végétale est accrue.

En revanche, Le projet Bouquet n’a pas abordé l’épineuse question de la valeur économique des services non marchands, comme la contribution au stockage du carbone, aux économies d’eau ou au maintien de la biodiversité. Qui paiera les éleveurs-aménageurs pour ces services immatériels ? Le consommateur via le produit ou le citoyen via ses impôts ?

Cahiers des charges légers sur l’aménagement

Que ce soit en production biologique ou label rouge, les cahiers des charges sont précis sur la surface de parcours allouée par animal (de 2 à 15 m2 par tête selon l’espèce), sur sa profondeur, sur les âges et heures d’accès, mais assez flous sur l’aménagement proprement dit. Selon Juliette Protino du Synalaf, « c’est pour laisser le choix à chaque région, en fonction de son contexte pédoclimatique ». Les formulations restent donc générales : parcours « conçu et aménagé pour favoriser la sortie et le séjour à l’extérieur », sol « en majeure partie » couvert de végétation en permanence, espaces arborés pour abriter du vent et du soleil avec" un minimum de 20 arbres", plantations « pouvant être composées de haies ou d’arbres isolés ou en bosquet ». Pour un parcours moyen de 8 800 m2, c’est un arbre pour 400 m2. Difficile dans ces conditions de créer une continuité végétale rassurante et d’attirer les volailles.

 
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