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Éclosion à la ferme : BD France est dans les starting-blocks

Après deux ans de tests avec le groupe LDC, le groupe d’accouvage BD France est prêt à mettre à disposition de tous sa technique d’éclosion des poussins à la ferme.

Deux fois par semaine, un camion climatisé du couvoir Josset Aviloire (groupe BD France) vient déposer une cargaison d’œufs mirés et âgés de 18 jours chez des éleveurs de poulets, partenaires d’Huttepain Aliments. L’opération NestBorn est réalisée dans le cadre d’un partenariat exclusif entre BD France et le pôle amont de LDC. Depuis deux ans, plus de deux millions de poulets élevés avec le cahier des charges « Oui c’est bon » sont nés ainsi. Ce concept d’éclosion à la ferme a tout pour séduire, car il est simple à mettre en œuvre et a des effets positifs sur les poulets.

30 000 œufs déposés en une heure

La procédure est bien rodée depuis deux ans. Le chauffeur débarque la machine rangée avec les rollers de plateaux d’œufs embryonnés maintenus à 35 °C.

 
Avant d'entrer, le chauffeur désinfecte les roues du robot dépileur. © P. Le Douarin

Il désinfecte les quatre roues avant de la rentrer dans le bâtiment et de la positionner au point de départ d’une épaisse bande de copeau (ou paille broyée) large de 2 m.

Dans le même temps, l’éleveur et Arno Coart – technicien chez Josset Aviloire - roulent les chariots contenant les plateaux de 150 œufs pour les ranger le long de la ligne de dépose.

Les chariots d'oeufs fertiles sont rapidement disposés le long du lit de copeaux. © P. Le Douarin

Mû par un moteur thermique à gaz, l’appareil est prêt à dépiler les œufs de deux plateaux que les deux opérateurs font glisser sur deux rails. Trois cents ventouses viennent se positionner au-dessus des plateaux, décollent les œufs et les transfèrent sur la litière au-devant des plateaux.

Puis la machine avance, s’arrête, passe aux deux plateaux suivants et ainsi de suite. À peine plus d’une heure suffit pour ranger 30 000 œufs sur leur lit de copeau. En Belgique, la nouvelle génération de machines dépile 60 000 oeufs à l'heure et fonctionne sur batterie.

 

Il faut à peine une heure pour dépiler 30 000 oeufs sur le lit de copeaux. © P. Le Douarin

Naissance en douceur

Livrés en général le matin, les œufs commencent à éclore dès le lendemain. Au troisième jour, tous les poussins viables sont nés à leur rythme. L’éclosion s’est déroulée comme au couvoir, sauf que les premiers poussins sortis ont pu boire et s’alimenter sans attendre et aucun n’a connu les manutentions du couvoir, ni le transport.

BD France teste depuis deux ans un procédé d'éclosion à la ferme mis au point par les couvoirs Belgabroed, Vervaeke-Belavi et van Hulst en Belgique et aux Pays-Bas.

Ce vendredi matin dans la Sarthe, Baptiste Griveau vient de recevoir son deuxième lot NestBorn. Ce tout nouvel éleveur est vraiment séduit. « Je démarre ma troisième bande et j’ai beaucoup à apprendre. Je n’ai eu aucun souci sanitaire avec mon premier lot Nestborn. Si je pouvais démarrer toujours ainsi, je suis partant. »

Ce qui étonne agréablement les éleveurs, souligne Arno Coart, c’est la rapidité avec laquelle les poussins s’acclimatent, trouvant sans difficulté l’eau et l’aliment. « Ils sont tout de suite chez eux, confirme Freddy Gemin, éleveur dans le Maine-et-Loire, qui a démarré quatre lots NestBorn. J’ai l’impression qu’ils n’ont pas besoin de moi, comme si j’étais un intrus. » Arno Coart constate que « les poussins piaillent beaucoup moins. Ils ne nous fuient pas et ont même tendance à s’agglutiner autour de nous. »

Avoir un bâtiment bien isolé

Tous les bâtiments ne se prêtent pas à l'éclosion à la ferme. Il faut une salle bien isolée et étanche pour maintenir 34-35 °C en toutes circonstances.

Les 30 000 poussins vont éclore le lendemain et commencer à manger à leur rythme dans les trois jours qui suivent. © P. Le Douarin

« Je viens chez l'éleveur la semaine précédant la première livraison pour vérifier si le bâtiment convient et conseiller où placer la bande, détaille Arno Coart, puis je reviens aussi en fin d’éclosion. Au lot suivant, je ne fais plus que la dépose»

Olivier Sionneau, vétérinaire de LDC Amont, ajoute que « ce test nous a permis de constater les lacunes de bâtiments qui nous paraissaient a priori adéquats. » En revanche, l’éleveur doit chauffer plus fort et plus longtemps. « Je consomme environ 600 kg de gaz de plus, a calculé Freddy Gemin. Ce n’est pas anodin. »

Bien-être animal et démédication

Outre la facilité du démarrage unanimement reconnue, le groupe d’accouvage BD France rapporte que les éleveurs belges et néerlandais ont moins recours à la médication antibiotique. N’ayant été ni manipulés ni transportés après l’éclosion, ces poussins semblent moins stressés et plus aptes à résister à des pathogènes.

 Olivier Sionneau fait le même constat, tout en restant discret sur les résultats du test français. « Il ressort que nous avons globalement moins de lots traités. Et quand c’est le cas, l’éleveur fait moins de jours de traitement. » Côté performances, le vétérinaire confirme que l’indice de consommation et le GMQ sont améliorés, notamment avec une mortalité en baisse (moins de 2 %). L’éleveur Freddy Gemin estime gagner un jour sur un poulet abattu en moyenne à 1,9 kg.

« Globalement, les résultats montrent que l’éleveur est gagnant, estime Olivier Sionneau, sachant que le surcoût de livraison est pris en charge par l’organisation de production. » Il juge le concept NestBorn intéressant pour les éleveurs, mais il reste à le valider au niveau de la filière.

« Chaque maillon doit y trouver un avantage. Nous allons approfondir l’impact sur les résultats d’abattage en poulet standard. Pour LDC, il est important que l’éclosion à la ferme puisse être valorisée auprès de nos acheteurs demandeurs de plus de bien-être animal. »

 

Timing du prédémarrage

NestBorn implique une organisation différente, à commencer par un bon préchauffage pour obtenir un sol à 28 °C et une ambiance à 34-35 °C. Baptiste Griveau a préparé un lit de copeau d’environ 5 cm entre deux lignes de mangeoires.

Le premier soir de la livraison, il déroule le papier avec l’aliment pour les premières éclosions du lendemain et réalise un parc, en épinglant du papier sur les deux lignes d’alimentation.

 

 

 

L’éleveur vient peu pendant l’éclosion surveillée par le boîtier de l’élevage (40-45 % d’hygrométrie, pas de courants d’air, 3000 PPM de CO2 au maximum) et par le boîtier posé au sol par le couvoir. S’ajoutent huit capteurs Ovoscan (de Petersime) qui mesurent la température des œufs et informent sur l’avancée de l’éclosion.

Éclosion surveillée à distance

Toutes ces données sont consultables par le téléphone de l’éleveur et du technicien de Josset-Aviloire, prévenus si les conditions sortent du cadre. Le pic d’éclosion se produit au second jour. Au troisième jour, l’éleveur collecte les non éclos (2,5 à 3 % des œufs livrés), décomptés de la facture tout comme les poussins triés jusqu’à 7 jours.

Les coquilles sont laissées sur place et consommées par les poussins. C’est le moment de la vaccination, impossible au couvoir (comme le sexage). Baptiste Griveau compte deux heures pour ramasser les non éclos et vacciner avec son technicien Flavien Roullier. Josset-Aviloire demande aussi aux éleveurs de couper la lumière 6 heures la nuit suivante, « pour faciliter la résorption du vitellus et éviter les malabsorptions. »

 

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