Aller au contenu principal

Derrière le véganisme, l’idéologie antispéciste

Les antispécistes refusent d’établir une distinction entre espèces et remettent en question 15 000 ans de domestication animale.

MARCHE POUR LA FERMETURE DES ABATTOIRS A PARIS EN JUIN 2019Selon la pensée antispéciste, tuer des animaux capables de ressentir la souffrance physique ou psychique est assimilé à un meurtre © Olivier ...
MARCHE POUR LA FERMETURE DES ABATTOIRS A PARIS EN JUIN 2019Selon la pensée antispéciste, tuer des animaux capables de ressentir la souffrance physique ou psychique est assimilé à un meurtre
© Olivier Gollain/flickr/marchepourlafermeturedesabattoirs2019

À l’origine de l’animalisme radical, il y a une idéologie : l’antispécisme. Ce courant intellectuel, né dans les années 1970 dans les pays anglo-saxons, est porté en France depuis près de trente ans par la revue Cahiers antispécistes, en libre accès sur le web. Les fondateurs et responsables de L214 et d’autres mouvements sont passés par cette organisation et se sont rencontrés lors de séminaires comme les Estivales. Brigitte Gothière, porte-parole de l’association, y est toujours rédactrice. Selon les Cahiers antispécistes, « le spécisme est l’idéologie qui justifie et impose l’exploitation et l’utilisation des animaux par les humains d’une manière qui ne serait pas acceptée si les victimes étaient humaines. » Les antispécistes « refusent d’établir une quelconque distinction entre les espèces, et donc entre les humains et les animaux — distinction qu’ils assimilent au spécisme —, au nom d’une lutte contre les discriminations et l’oppression des espèces animales non humaines », décrypte Eddy Fougier dans son étude pour la Fondapol. Ils mettent la lutte contre l’exploitation animale au même rang que la lutte contre l’esclavage, le racisme, le sexisme… Pas question de monter sur un cheval car ce serait le dominer. Ni d’utiliser des chiens pour guider des aveugles car ce serait les exploiter. Derrière les humains ou les animaux, ils ne voient que des individus « sentients », c’est-à-dire dotés de la capacité à ressentir la souffrance physique ou psychique. Pour les distinguer, ils parlent « d’animaux humains » et « d’animaux non humains ». Pour désigner la viande, ils parlent de « chair animale » et de « carnistes » pour ceux qui en consomment.

Des ambassadeurs au cœur des grands médias

La frange la plus extrémiste de ce courant anglo-saxon (le RWAS pour Reducing wild-animal suffering : « réduire les souffrances des animaux sauvages ») considère que la souffrance des animaux sauvages dans la nature justifierait leur élimination, leur stérilisation ou leur reprogrammation par la science pour transformer par exemple les carnivores en végétariens. En attendant de transformer la planète en paradis terrestre d’où serait éliminée toute souffrance, il faudrait distribuer des aliments végans aux prédateurs pour les dissuader de chasser. Ce ne sont pas des extravagances d’hurluberlus. Des philosophes et universitaires dissertent à longueur de pages et de sites web sur ce courant de pensée. Les Cahiers antispécistes y ont consacré deux numéros (n° 40 et 41 d’avril et mai 2018). Cette pensée imprègne la société civile parce qu’elle anime aussi l’action des animalistes abolitionnistes tels que L214 et que des personnalités médiatiques portent cette parole. Citons notamment, Aymeric Caron, qui pendant trois ans (2012-2015), eu tribune ouverte pour diffuser ses idées dans l’émission de France 2 On n’est pas couché. Dans l’un de ses derniers livres, il affirme « nous nous réfugions derrière un pseudo-statut d’espèce supérieure pour justifier les tueries de masse quotidienne dont nous sommes les auteurs. » Le journaliste Franz-Olivier Giesbert est l’auteur d’un livre L’animal est une personne duquel il a tiré un film diffusé en 2015 sur France 3. Cette idéologie jusqu’au-boutiste n’hésite parfois pas à comprendre voire à justifier l’action violente. « Je ne cautionne pas la violence, évidemment, ni la stigmatisation des bouchers. Je reconnais la démocratie, l’action politique. Mais, je peux parfois comprendre l’action directe », affirmait non sans ambiguïté Catherine Hélayel, membre du Parti animaliste, dans le journal l’Opinion (5 juillet 2018). Jusqu’à remettre en cause le choix de tout un chacun de manger ou pas de la viande : « Dans 'choix personnel', le mot 'choix' me dérange », disait-elle.

Bernard Griffoul

"Les germes d’un nouvel obscurantisme"

Des intellectuels et des scientifiques s’élèvent contre cette idéologie intransigeante. « L’animalisme produit les germes d’un nouvel obscurantisme », s’insurge Jean-Pierre Diard, anthropologue spécialiste de la domestication animale, dans son dernier livre L’animalisme est un antihumanisme (Éditions CNRS). Il dénonce les mensonges de ce mouvement qui fait « passer les éleveurs pour des bourreaux d’animaux », en généralisant des faits isolés, ou quand il prétend que la domestication est une action violente exercée sur des animaux. « Si la domestication a pu être réalisée, c’est que les animaux y ont, en quelque sorte, consenti et même participé, développe-t-il. […] En échange de leur liberté, ils s’assuraient nourriture régulière et protection contre les prédateurs. » Les animalistes ignorent tout de la réalité des animaux et ne les aiment pas, dit-il. Sinon, ils ne réclameraient pas la « libération » de milliards d’animaux domestiques qui vivent en symbiose avec l’homme. Le philosophe Thierry Hoquet s’étrangle devant la volonté du projet végan de « réformer la nature humaine ». « Au-delà de la dénonciation de la mort des bêtes, c’est le repas comme manière de faire société qui devient un crime », dit-il (Libération du 18 avril 2018). Pour l’anthropologue, si la société est devenue si réceptive à cette remise en cause de l’utilisation des animaux, cela est dû au fait que beaucoup de citoyens sont définitivement coupés de leurs racines paysannes et de la culture animalière. Ils ne connaissent plus que l’animal de compagnie. Jocelyne Porcher, sociologue à l’Inra, fustige la volonté du véganisme « d’exclure les animaux de tous les pans de notre vie » (Figaro du 2 novembre 2018). Et de prévenir : « ouvrons les yeux. Le véganisme est le pire et le plus stupide projet qui soit concernant les animaux domestiques et le pire et le plus triste projet pour tous ceux qui aiment les animaux et ne conçoivent pas leur vie sans eux ». Quant au politologue et essayiste Paul Ariès, par ailleurs très critique à l’encontre de l’élevage industriel, il estime dans son livre Lettre ouverte aux mangeurs de viande qui souhaitent le rester sans culpabiliser que « les libérateurs animaux se sont donné une mission bien trop grande pour eux… Ce trop grand écart entre le réel et le possible est nécessairement pathogène ». Tout comme il lui paraît inadmissible qu’une minorité agissante prétend imposer sa loi à une majorité par tous les moyens. Ils oublient qu’un jour ils furent eux aussi carnistes et spécistes.

Les plus lus

<em class="placeholder">Pour améliorer l’empreinte environnementale, la priorité pour un éleveur consiste à activer les leviers liés à l’alimentation à réduire notamment l’Indice de ...</em>
L’indice de consommation des volailles, un levier technique et environnemental

Réduire l’indice de consommation permet d’améliorer ses performances techniques et son empreinte environnementale. C’est un…

<em class="placeholder">« Je voulais un bâtiment performant », souligne Nicolas Ramond.</em>
« J’ai investi dans un poulailler performant »

Installé en 2022, Nicolas Ramond a investi dans un poulailler neuf de 1700 m² pour la production de poulets et de dindes. La…

<em class="placeholder">Dix-huit poulaillers ont été construits en 2025 et quarante bâtiments le seront en 2026.</em>
Près de 600 bâtiments de poules pondeuses à construire d’ici 2035

La filière œuf veut accélérer la construction de poulaillers, pour atteindre 10 millions de places supplémentaires d’ici…

<em class="placeholder">Les trois associés du Gaec de la Béharie, Valentin Durand, Pauline Neel et Valentin Neel, entourés d’Alain Salmon (à gauche) et Nicolas Leduc (à droite) des ...</em>
« Nous voulons plus de bien-être dans notre bâtiment de volailles de chair »

Le Gaec de la Béharie dans l’Orne a investi dans un bâtiment Terre-Neuve avec jardin d’hiver afin d’améliorer les conditions d…

<em class="placeholder">Huit parcs ont été divisés en deux parcs de 9 m² pour séparer les mâles et les femelles. </em>
Eclosion à la ferme : l'Anses obtient de meilleures performances en dindes

Une expérimentation de l’Anses montre que les performances de croissance sont plus élevées en éclosion à la ferme pour les…

<em class="placeholder">Si les souches blanches et rustiques sont les plus adaptées pour l’allongement de la durée de vie des poules, des leviers existent aussi pour les poules rousses et brunes.</em>
Lever les freins à l’allongement de la vie des poules

Lancé en 2024 pour quatre ans, le projet Interreg Omelette vise à identifier et lever les freins à l’allongement de la durée…

Publicité
Titre
OFFRE SPÉCIAL PRINTEMPS
Body
A partir de 86,40€/an​
Liste à puce
Profitez de notre offre Printemps: -20% jusqu'au 05 avril 2026! Code Promo : OFFRE_PRINTEMPS_2026
Version numérique de la revue Réussir Volailles
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Volailles
Newsletter COT’Hebdo Volailles (tendances et cotations de la semaine)