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« Avec la vaccination influenza, l’exportation génétique serait condamnée »

Alors que le sélectionneur Hendrix Genetics a de très fortes ambitions de croissance, il serait très pénalisé par la vaccination contre l’influenza aviaire estime Antoon Van den Berg, son directeur général.

« Avec la vaccination influenza, l’exportation génétique serait condamnée »
© Hendrix Genetics

Quels sont les impacts de la pandémie d’influenza aviaire ?

Antoon Van den Berg – Cette année, tout le monde a été très sévèrement touché. Nous n’y avons pas échappé, de deux manières… D’une part, par la fermeture des pays importateurs vis-à-vis de nos produits issus de France. Cela a aussi été le cas aux Pays Bas, aux Canada et aux États-Unis où nous sommes implantés. La situation est problématique depuis six mois.
D’autre part, environ 20 % du cheptel de dindes parentales qui se trouvait en Pays de la Loire a été contaminé. Il y aura moins de dinde disponible jusqu’à la fin de cette année, en particulier pour les pays qui réouvrent leurs portes. Heureusement, nos pondeuses et volailles traditionnelles n’ont pas été touchées.

Maîtriser les épizooties d’influenza aviaire passe-t-il la vaccination ?

A.V den B. – À titre personnel, j’estime que la vaccination peut être une solution pour limiter le nombre de foyers et d’animaux perdus. En revanche, j’émets de fortes réserves en tant que dirigeant d’une entreprise de génétique. Tout simplement parce que la vaccination entraînera l’arrêt des exportations dans certains pays. Si la France fait ce choix sans concertation et accords internationaux, nos produits resteront limités au marché français ou européen. Il faut que l’État nous donne des garanties de maintien des exportations. Je rappelle que pour Hendrix Genetics, la France est la plus importante pour sa R & D, sa production et ses exportations. Environ 60 % de notre production française est exportée, surtout hors UE.

Les approches sanitaires sont-elles comparables aux Pays Bas et en France ?

A.V den B. – Aux Pays Bas, il y a eu des foyers mais pas de dépeuplements massifs comme en France, donc moins de réactions de l’opinion publique. De ce fait, ni les éleveurs ni l’opinion ne poussent en faveur de la vaccination. D’autre part, les Pays Bas sont un pays de négoce.
Ma crainte est que la France soit le premier pays à vacciner et que les autres pays observent les réactions. J’espère que la France prendra le temps de se décider. Si c’est oui, elle tirera plus ou moins un trait sur l’exportation génétique réalisée par quatre entreprises (Aviagen, Grimaud Frères, Hendrix Genetics et Orvia). Je peux imaginer que l’intérêt de la France soit plus grand que celui de nos sociétés, même si elles totalisent 150 ou 200 millions d’euros à l’export.

La guerre en Ukraine est-elle aussi pénalisante que l’influenza aviaire ?

A.V den B. – La Russie est un important débouché d’OAC de dinde, pour nous (15 -20 % de nos OAC) comme pour notre concurrent. D’ordinaire, nous exportons aussi du Canada et des États Unis, pour fournir la moitié des volumes.
Les ventes ont fortement chuté en raison des difficultés logistiques (par route uniquement) et de paiements. L’avantage est que cette baisse a compensé la chute de production en France, liée à la grippe aviaire.
Notre interrogation porte sur la normalisation entre l’Ukraine et la Russie. Devons-nous remettre en place des lots de dindes pour fournir la Russie ? Combien et quand ?
Pour l’instant peu de dindes parentales sont présentes en Russie, mais cette situation va évoluer du fait d’une volonté russe de devenir plus autonome. Cela aura un impact sur le commerce et notre production en France. Nous pourrions produire en Russie, mais je n’y ferai pas d’investissements dans le climat actuel.

Quels sont vos prochains objectifs ?

A.V den B. – Notre nouvel actionnaire Paine Schwartz Partners est un investisseur dit « agressif », très différent de nos précédents co-actionnaires Natexis puis Sofiprotéol. Paine Schwartz Partners nous accompagne avec l’objectif de doubler ou tripler l’Ebitda, puis de sortir d’Hendrix Genetics par une cotation en Bourse. Ce qui implique de très fortes ambitions de croissance ces cinq prochaines années.
En dinde et en œuf de consommation, Hendrix Genetics détient environ 50 % du marché mondial (hors Chine) et veut augmenter sa part en valeur. Plus modestes, les trois branches que sont le porc, l’aquaculture et les volailles traditionnelles vont monter en puissance, grâce à des investissements et des acquisitions. Nous arriverons à cinq activités d’égale importance. Notre modèle va aussi être dupliqué en Chine, avec la création d’Hendrix Genetics China et des activités génétiques locales.

Comment prenez-vous en compte le changement climatique dans votre sélection ?

A.V den B. – La durabilité fait partie intégrante de notre entreprise depuis sa création. Notre métier est de maximiser la performance (réduire l’indice de consommation) et de minimiser les inconvénients, notamment la mortalité. Nos animaux se comportent bien en toutes circonstances et nous sommes meilleurs que nos concurrents dans toutes les espèces.
Je souligne la contradiction entre l’attente sociétale d’un élevage moins « industriel » et celle de protéines peu chères. Dans le contexte actuel, le poulet blanc s’en sort le mieux, mais nous sommes très bien placés dans l’œuf pour son prix et dans la volaille traditionnelle Sasso plus résistante à la chaleur.

L’ovosexage des œufs de poule en France et en Allemagne vous préoccupe-t-il ?

A.V den B. – Nous avons fait le choix d’un ovosexage à 14 jours par caméra dans nos couvoirs en France et en Belgique, d’un coût plus acceptable (environ un euro) qu’en Allemagne qui a opté pour l’ovosexage à 9-10 jours.
Les poules blanches ne seront pas sexables ainsi, mais nous bénéficierons d’une dérogation permettant de tuer les coqs à la naissance. Nous ne mettrons pas en avant cette absence de surcoût pour en vendre plus, même si elles sont plus durables du fait de leur gabarit plus léger.
L’ovosexage pèsera sur les ovoproduits français exportés, alors que l’Allemagne est importatrice. Je crains des fraudes sur les poulettes importées en Allemagne. Quant à l’élevage des coqs, il me paraît économiquement compromis par la flambée des matières premières…

Pourquoi être revenu à la direction d’Hendrix Genetics que vous aviez officiellement quitté en juin 2021 ?

A.V den B.- Hendrix Genetics (HG) est né en 2004 d’une coentreprise entre Thijs Hendrix, à l’époque sélectionneur des poules Bovans et des poulets Hisex, et moi-même. Thijs en a été le président et moi le directeur général jusqu’en 2021.
Début 2020, nous avons voulu pérenniser le groupe au niveau de l’actionnariat et du management, en recrutant un directeur général - notamment pour changer le « style » de gestion - et un directeur des opérations.
Sur le plan financier, le fonds d’investissement Plaine Schwartz Partners (PSP) est entré au capital à 50 % et a apporté des fonds supplémentaires. Difficile, long et compliqué par la Covid, ce processus a été finalisé le 29 mars 2022. Thijs et moi avons gardé 50 % des parts.
Au niveau du management, Jolanda Van Harlem m’a remplacé en mars 2021, mais les conditions très difficiles des marchés et l’arrivée de PSP ont peut-être été trop difficiles à gérer, ce qui l’a conduite à démissionner en mai.
Les actionnaires et le conseil d’administration n’ont pas eu d’autre choix que de me rappeler. Je ne serai pas directeur général encore dix ans, mais certainement plus de 10 mois ! Car le processus de recrutement de futurs dirigeants va prendre du temps et je dois être là pour accélérer notre croissance.

CURRICULUM

Avant de cofonder et de diriger Hendrix Genetics, Antoon Van den Berg avait acquis une expérience internationale dans la réorganisation d’entreprises du secteur de la viande (fusions, acquisitions, développements). Aux Pays Bas, il fut notamment directeur des opérations animales chez Nutreco, puis P.-D.G. de Dumeco (devenu Vion Foods), puis P.-D.G. de Primayor Fresh Foods (groupe Campofrio) en Espagne.

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