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Transmission : « J’ai restructuré une partie de mes parcelles viticoles »

Gérard Genty, ex-viticulteur à Lantignié, dans le Rhône, a opté pour un mélange de solutions lors de sa retraite. Une partie de son domaine a notamment été reprise par Anaïs Pertuizet.

Gérard Genty a transmis une partie de son domaine à Anaïs Pertuizet.
Gérard Genty a transmis une partie de son domaine à Anaïs Pertuizet.
© C. de Nadaillac

C’est par un ami commun, viticulteur, qu’Anaïs Pertuizet et Gérard Genty se sont rencontrés, en 2021. À l’époque, Anaïs Pertuizet n’était pas prête à s’installer, par manque de trésorerie. « J’étais jeune, j’avais 25 ans et aucun apport, se remémore-t-elle. Je m’étais toujours dit que je m’installerais vers 30 ou 40 ans, lorsque j’aurais un peu de capital, car sinon les banques ne suivent pas. » Mais vu les conditions proposées par Gérard Genty : un fermage, un cuvage, un logement et son appui, elle a senti que c’était le moment de se lancer ; qu’elle serait bien entourée. « Nous avons discuté et j’ai pensé que c’était une opportunité, poursuit-elle. On s’est dit que je pouvais essayer et qu’on verrait. Ça me rassurait que Gérard soit là pour m’aider, tout comme les autres viticulteurs que je connais aux alentours. »

Un combo de solutions, entre fermage, arrachage et restructuration

Mais avant d’en arriver là, Gérard Genty est parti à la retraite sans avoir trouvé de successeur. C’était fin 2016. Il avait alors 63 ans. « Le contexte économique dans la région n’était pas bon à ce moment-là, regrette-t-il. Le Beaujolais était au fond du trou, c’était la crise. Les vignes ne valaient plus rien et n’intéressaient personne. J’ai donc pris mes décisions en fonction de cette situation. » Même s’il n’était pas prêt à s’arrêter, n’ayant pas de repreneur familial, Gérard Genty avait déjà réfléchi à toutes les hypothèses possibles. « J’avais déjà cadré pas mal de choses d’un point de vue comptable, cite-t-il. C’est très important d’avoir un comptable à la hauteur et qui sache donner les bonnes informations. »

Puis il s’est attelé au devenir de ses terres. Sur les 11,5 hectares qu’il exploitait sur la commune de Lantignié, dans le Rhône, 9,5 hectares lui appartenaient en propre, et 2 hectares étaient en fermage. Il a logiquement commencé par lâcher ces 2 hectares, puis a trouvé des repreneurs pour 2,5 autres hectares. « À l’époque, la chambre d’agriculture ne proposait pas autant de choses pour la transmission qu’à l’heure actuelle. Je me suis débrouillé seul et ai proposé des parcelles en fermage à des copains. Ils les ont prises », relate Gérard Genty. Il a ensuite vendu 4 hectares et arraché presque tout le reste. « Avec l’argent de la vente, j’ai restructuré une partie des parcelles arrachées, précise-t-il. Je voulais que le domaine perdure, mais si la crise avait duré deux ou trois ans de plus, ça aurait été un fiasco. » C’est cette partie (1,20 hectare), ainsi que le chai de vinification et l’ancien logement des vendangeurs, qu’Anaïs Pertuizet a récupérés en 2019. « C’est ce qui m’a plu, reconnaît-elle. La vigne était jeune, facilement mécanisable, et Gérard était à côté. »

Des bâtiments tous imbriqués et regroupés

Durant ce laps de temps, Gérard Genty n’avait rien fait de ses corps d’exploitation, ces derniers étant tous mitoyens et proches de son propre logement. « Dans la région, les bâtiments d’exploitation, le logement et l’exploitation, sont tous imbriqués et regroupés, décrit-il. Il faut donc trouver des gens fiables lorsque l’on veut louer ses bâtiments. En plus, une fois qu’il y a un bail, le logement ne vous appartient plus et si vous avez besoin de vous défaire du bien pour une raison ou pour une autre, c’est tout de suite compliqué. » Autant de raisons qui l’avaient freiné jusqu’à sa rencontre avec Anaïs Pertuizet.

Un équilibre commercial différent

En plus de l'hectare 20 de Gérard Genty, Anaïs Pertuizet a trouvé d’autres parcelles et a ainsi pu s’installer sur 2,5 hectares. Au départ, elle a exploité en tant que double actif puisqu’elle travaillait aussi pour un autre viticulteur. À présent, elle est uniquement à son compte sur 5,5 hectares dont 1,15 hectare en propre. Bien qu’elle s’appuie beaucoup sur les avis de Gérard Genty, elle n’a pas exactement le même schéma de production et de commercialisation que lui. Tout d’abord, elle est en phase de conversion à l’agriculture biologique alors que Gérard Genty exploitait en conventionnel. Elle a par exemple acquis un cheval avec un voisin, pour effectuer le travail du sol en traction équine sur une partie de l’exploitation, le reste étant fait au treuil. Par ailleurs, elle vend une grande partie de sa production en bouteilles aux CHR, particuliers et à l’export, tandis que son prédécesseur avait opté pour le vrac au négoce.

Malgré ces quelques différences, Gérard Genty et Anaïs Pertuizet échangent énormément, que ce soit sur le profil du vin, sur l’administratif, la technique ou le commerce. « Au début, c’était rassurant, car je me posais plein de questions, témoigne la jeune femme. Gérard est un pilier, je m’appuie sur son expérience. C’est précieux d’avoir un avis extérieur. » Selon elle, leur collaboration fonctionne car « nous sommes sur la même longueur d’onde, nous avons la même philosophie au cuvage et à la vigne », analyse-t-elle. « Il faut bosser et que ça produise », complète-t-il.

En plus de ces échanges, Gérard Genty aide Anaïs Pertuizet sur le domaine lorsqu’elle en a besoin (passage du treuil par exemple) ; il la seconde dans certaines tâches comme le débroussaillage. « Quand mon père est parti à la retraite, il est venu m’aider sur le domaine, se remémore le vigneron. Ça m’arrangeait bien. J’ai essayé de faire la même chose pour Anaïs. » Lorsqu’on les interroge sur leur recette pour travailler ensemble, Gérard Genty avance qu'« il faut savoir prendre du recul pour éviter que ça monte en pression et apprendre à se taire parfois, pour ne pas être blessant ». Anaïs Pertuizet glisse pour sa part qu’il faut aussi « nous laisser faire des petites erreurs car c’est comme ça que l’on apprend. »

L’interprofession et Instagram boostent la notoriété du domaine

Sur le plan commercial, Anaïs Pertuizet ne met pas tous ses œufs dans le même panier. Pour y arriver, elle s’appuie sur les réseaux sociaux et sur le travail de l’interprofession. « Dès mon installation, j’ai fait des posts sur Instagram pour montrer à mes amis ce que je faisais au quotidien, détaille-t-elle. Et en fait, les clients apprécient, que ce soient les cavistes, les agents, ou à l’export. Ils me disent qu’il leur suffit de montrer mon compte à leurs clients, et qu’ils n’ont plus rien à faire. Cela fait un support de communication, et je n’ai même pas besoin de plaquette, ni rien. » Elle a notamment trouvé son premier exportateur au Danemark grâce au réseau social.

Parallèlement à cela, l’interprofession du Beaujolais communique beaucoup autour du beaujolais nouveau et n’hésite pas à mettre en avant les jeunes. Grâce à cela, Anaïs Pertuizet est notamment passée au journal télévisé sur France 2 l’année de son installation. Une émission qui a eu beaucoup de retombées positives pour elle. Toujours grâce à l’interprofession et à son travail sur les beaujolais nouveaux, ses bouteilles sont dégustées tous les ans par les journalistes, qui se mettent ensuite à la suivre et à découvrir ses autres cuvées.

Ainsi, la première année de son installation, Anaïs Pertuizet a vendu une partie de son vin en vrac, une partie en raisins afin de faire rentrer de la trésorerie et a embouteillé 7 000 cols. L’année suivante, elle a vendu un peu de raisin et fait une mise de 9 000 bouteilles. En 2023, elle a continué sur ce schéma, avec une partie vendue en raisin – elle a un partenariat avec un domaine du Beaujolais qui a un négoce – et une mise de 14 000 à 15 000 bouteilles. La viticultrice estime qu’il « n’est pas possible d’être bon partout », et que l’une des clés est de bien s’entourer. Pour ses ventes bouteilles, elle s’appuie donc sur des agents commerciaux, qui couvrent plusieurs villes de France, à l’image de Paris, Bordeaux, du Jura ou encore de la Bretagne.

les conseils de Gérard Genty

- Il ne faut pas vendre du rêve aux jeunes lorsqu’on leur parle d’installation. Il faut qu’ils sachent que c’est dur et que ça prend du temps. J’ai vu beaucoup de jeunes qui ont repris des domaines et ont arrêté au bout de deux à trois ans.

- Il faut informer les jeunes de la taille critique nécessaire pour que l’exploitation soit viable, sinon ils vont vivoter durant des années. Dans le Beaujolais, je pense que cette taille minimale est de l’ordre de 5 à 6 hectares.

- L’utopie, c’est bien, mais une exploitation doit être gérée comme une entreprise.

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