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Quels sont les mécanismes de régulation du prix du vin étudiés par la filière ?

Face à la crise toujours prégnante, la production viticole cherche tous les leviers possibles pour intégrer de la régulation dans les prix du vin. Éclairage.

<em class="placeholder">Composition du prix des vins</em>
Le prix du vin doit-il être régulé ? La question fait l'objet de nombreux débats.
© J.-C. Gutner

Accords de durabilité, tunnel de prix, organisations de producteurs… En quête de rentabilité et de prix permettant aux viticulteurs de vivre de leur activité, la production viticole semble partir en ordre dispersé. « Quand nous nous sommes mobilisés lors de la loi Egalim 3, il y a presque quatre ans, nous avons vite compris que les délais du législateur n’étaient pas soutenables, et qu’il faudrait avancer en parallèle sur tous les outils possibles pour arriver à un résultat », explique Stéphane Gabard, coprésident de la commission marché à la Cnaoc. Quitte à chercher également des pistes dans les textes européens. Deux articles de l’OCM, les 210 bis et 172 ter, ouvrent la possibilité (sous conditions) de déroger au droit à la concurrence et de donner des orientations de prix.

L’IGP pays d’oc suivie de l’AOP côtes-du-rhône ont d’ores et déjà obtenu à l’automne dernier l’application des accords de durabilité (article 210 bis) pour les vins HVE et bio, et l’appellation socle rhodanienne devrait pouvoir, en application de l’article 172 ter, être autorisée à généraliser la pratique d’ici la fin de l’été sur la totalité des volumes de l’AOP côtes-du-rhône. « Il faut arrêter la dégradation de la valeur. Parler de prix, ça met des repères pour tout le monde », estime Damien Gilles, président du syndicat des côtes-du-rhône et coprésident de la commission marché de la Cnaoc.

Un rôle de code de bonne conduite pour les acheteurs

Dans un monde au marché globalisé, dominé par la loi de l’offre et de la demande, il est toutefois légitime de se poser la question de l’efficacité d’une telle mesure. Pour Jean-Marie Cardebat, professeur d’économie à l’université de Bordeaux et affilié à l’Inseec Grande École, donner des prix d’orientation peut dans un premier temps amener de l’apaisement, car c’est un signe de reconnaissance du dysfonctionnement. « Et cela va induire des calculs de coûts précis, qui permettront de donner un cadre clair et pourront faire office de code de bonne conduite pour les acheteurs », estime-t-il. C'est ce qu'attend le vignoble bordelais, qui prévoit de mettre en place un prix d'orientation dans le cadre de l'article 172 ter. « Notre commission économique y a travaillé depuis plusieurs mois et le dernier bureau a validé les premières propositions en vue de publier prochainement des indicateurs de prix pour certaines de nos AOC », a affirmé Bernard Farges, coprésident du Conseil Interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), lors de l'assemblée générale du 6 juillet. « Il est important de pouvoir signifier la valeur intrinsèque du produit, et de pouvoir dénoncer qu’une bouteille à 1,50 euro ne fait pas vivre le producteur », considère Stéphane Gabard.

Est-ce que cela sera suffisant pour faire fléchir la courbe des prix ? Certains en doute. Comme Jean-Marc Demange, expert en stratégie commerciale chez AOC conseil. « Le premier risque, c’est de créer une usine à gaz qui soit inopérante, car la filière vin recoupe de très nombreuses réalités, avance-t-il. Et il ne faut pas se tromper sur le consommateur : il n’est plus du genre à s’aligner. J’ai travaillé dans la GD à une époque où l’on se souciait du long terme. Mais elle est malheureusement révolue, nous sommes entrés maintenant dans une logique de guerre des prix. La mission d’un acheteur aujourd’hui est d’être moins cher que son concurrent, point final. Même si l’on met un cadre, il trouvera un moyen de passer à côté. » Un argument que n’entend pas Damien Gilles, pour qui la loi de l’offre et de la demande a bon dos. « Il y a toujours une bonne raison pour baisser les prix : les stocks, la qualité, l’inflation, les élections, la météo !, s’emporte le viticulteur rhodanien. La réalité c’est que le prix moyen du côtes-du-rhône a augmenté depuis 2010, malgré les opérations chocs, mais le prix du vrac et la rémunération du producteur ont baissé. Où est la marge ? »

Les mesures coercitives sont une ligne rouge pour le négoce

C’est pourquoi la FNSEA défend bec et ongles la construction du prix en marche avant, prenant en compte les coûts de production. Le syndicat a milité pour faire passer dans la loi d’urgence agricole un article autorisant la mise en place de contrats incluant une clause type prévoyant des tunnels de prix. « Ça bouscule certains, pour sûr, mais c’est un moyen de garder notre souveraineté », avance Jérôme Volle, vice-président de la Fnsea. Du côté du négoce, l’idée de mesures coercitives est vue d’un très mauvais œil. « Imposer des prix serait, je pense, une grave erreur économique, pose Laurent Delaunay, vice-président de l’UMvin. Dans une économie ouverte, soumise à la concurrence et aux importations, cela ne peut pas marcher. » Il est d’accord en revanche sur le fait que discuter du prix est vertueux, et doit permettre de montrer aux distributeurs qu’il y a des seuils où ce n’est pas soutenable.

« Nous ne plaidons pas pour un tunnel de prix obligatoire, répond Jérôme Volle. Mais que ceux qui veulent expérimenter puissent le faire. Il faut bien finir par trouver des solutions. » Il semble d’ailleurs que la filière soit à peu près unanime pour rejeter les mesures trop autoritaires. En cela l’idée d’un prix plancher, qui a été évoquée, n’est pas plébiscitée par les différents syndicats. Une position raisonnable, si l’on écoute Jean-Marie Cardebat, pour qui « un prix plancher agit comme un aimant attirant vers le bas l’ensemble des prix situés au-dessus ». L'économiste estime d'ailleurs que le débat devrait être élargi à la question globale du revenu des viticulteurs, intégrant des réflexions comme les paiements pour services écosystémiques ou paysagers.

Redonner du poids à la production en concentrant l’offre

Le dernier outil sur la table, demandé par la production, est la possibilité de créer des organisations de producteurs (OP) dans notre filière. Un décret est promis par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, pour transcrire cette option européenne en droit français, il est espéré pour l’automne. Cela permettrait aux interprofessions de concentrer l’offre pour avoir plus de poids face à la grande distribution. Ainsi, le vigneron pourrait vendre via l’OP (donc l’interprofession), sans qu’il y ait pour autant de transfert de propriété.

En imaginant que l’interprofession agglomère les volumes en vrac du marché, les acheteurs seraient obligés de passer par elle et la négociation serait facilitée car le rapport de force rééquilibré. « Mais pour que cela fonctionne il faut que les viticulteurs s’en emparent assez largement pour que ce soit massif, autrement les acheteurs n’auront ni besoin ni intérêt de passer par l’OP », commente Stéphane Gabard. Le vigneron bordelais tient toutefois à clarifier les choses : tous ces dispositifs ne feront pas vendre plus de vin. La question de la gestion des stocks et de la déconsommation devra être résolue par ailleurs.

Moins de contrats à bas prix en IGP pays d’oc

Les IGP pays d’oc ont été les premiers, en novembre dernier, à être autorisés à publier des prix d’orientation pour les vins HVE et bio, représentant 83 % des volumes de l’indication. À l’heure du bilan de fin de campagne, le 2025 affiche 1 à 1,50 euro de plus que le 2024. « En ce qui concerne la HVE, on est dans le tunnel des orientations de prix pour le blanc. En rouge et rosé, on est à environ 3 euros en dessous de la borne inférieure », constate Fabien Castelbou, président des vignerons coopérateurs d’Occitanie. Faut-il conclure à un échec ? Nullement, affirme Florence Barthès, directrice de l’ODG pays d’oc.

« Les contrats à bas prix ont diminué de moitié, pose-t-elle. La tranche des 80-85 euros s’est contractée au profit de la tranche supérieure. » Les prix des vins bio en revanche ont été plus éloignés de l’objectif. « C’est plus complexe, le marché est malmené et subit la crise du pouvoir d’achat », commente Fabien Castelbou. Pour 2026, le prix d’orientation autour de trois rendements a été abandonné, et les valeurs des prix d’équilibre ont été revues. Il a été décidé également de communiquer avec la grande distribution sur ces prix d’orientation pour atteindre l’objectif. Les accords de durabilité sont en place pour deux ans. « Nous tirerons les conclusions à la fin de l’année prochaine et pourrons les proroger si besoin, ou bien regarder si d’autres outils sont à disposition », anticipe le président.

En bovins, le flop du tunnel de prix

Fruit de la loi Egalim 2, le « tunnel de prix » est expérimenté dans la filière bovin viande depuis 2021. Dans les faits, très peu d’éleveurs se sont emparés de ce dispositif en optant pour des contrats bornés, qui n’étaient pas obligatoires. L’expérimentation a été d’autant plus biaisée que le prix de la viande connaît depuis 2022 une envolée spectaculaire et insoupçonnée (+ 50 % environ). Ainsi la borne haute est devenue moins disante que les prix du marché, incitant les éleveurs à se détourner de ce type de contrats bornés et ne donnant pas de conclusion sur la pertinence d’une telle mesure.

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