Aller au contenu principal

Covid-19
« On parlera peut-être d’un milliard d’euros perdus à l’export »

La crise du Covid-19 laisse planer beaucoup d’interrogations quant à la reprise de l’activité économique de la filière vin. Pour Jean-Marie Cardebat, spécialiste de l’économie du vin à l’université de Bordeaux, il faut s’attendre à une crise grave, mais pas obligatoirement durable.

Jean-Marie Cardebat, spécialiste de l’économie du vin à l’université de Bordeaux © J.- M. Cardebat
Jean-Marie Cardebat, spécialiste de l’économie du vin à l’université de Bordeaux
© J.- M. Cardebat

Quelles sont les répercussions que l’on peut attendre de la crise du Covid-19 ?

Il y a deux aspects. Côté offre, il semblerait que les vignes soient restées un domaine d’activité prioritaire, en France comme chez nos concurrents. Il y a certes un risque d’absentéisme, mais a priori rien qui ne pourrait peser sur les futurs volumes. L’offre mondiale devrait donc être équivalente dans une grande majorité des pays producteurs. D’un autre côté, la demande est déjà affectée. En Italie par exemple, elle s’est effondrée aussi bien en CHR qu’en grande distribution. D’une part à cause de problèmes logistiques et d’autre part à cause d’une concentration des achats sur les éléments essentiels. Il y a donc un déséquilibre qui risque de s’installer. Malheureusement on manque encore de recul pour savoir comment se comportent les gens pendant le confinement, s’il y a un effet des apéros virtuels par exemple. Ce qui est sûr, c’est que derrière la crise sanitaire que l’on vit actuellement pointe une crise économique.

Cela veut dire qu’il faut s’attendre à des mois compliqués même après la fin de l’épidémie ?

Il est difficile d’avoir des prévisions fiables, on ne connaît pas le nombre de points de PIB qui sont en jeu. Mais oui, l’impact risque d’être important pour la filière. Quand on parle de 2 ou 3 points de PIB en moins pour la Chine, cela a clairement des conséquences visibles pour le marché du vin. De manière globale sur les exportations de vin français, on parlera peut-être d’un milliard d’euros de pertes en cumulant les marchés. Et puisqu’il risque d’y avoir plus d’offre que de demande, cela créera très probablement une tension sur les prix. L’impact sur le chiffre d’affaires des entreprises de la filière sera donc négatif, c’est certain. D’un autre côté, il est possible que l’euro ne sorte pas indemne de la situation. Les taux de change vont évoluer. Si les monnaies américaines et asiatiques deviennent plus fortes, cela peut être un avantage pour l’export. Ça ne fait pas tout mais c’est toujours ça qui aide un peu. Bien entendu, tout cela dépendra de l’épidémie et des zones qui seront finalement les plus touchées par le virus.

Peut-on comparer ce qu’il se passe actuellement avec la crise de 2008 ?

Par intuition on a envie de se tourner vers 2008 pour essayer d’analyser la situation et chercher des solutions. Pourquoi pas. Mais le fait est que nous sommes sur une crise nouvelle, complètement inédite. On ne peut même pas se comparer à 1929, on n’a jamais connu dans l’économie moderne un épisode de confinement de la population ! Je pense que l’effet du Covid-19 sur le PIB sera spectaculaire, bien plus qu’en 2009. Ce sera une crise économique grave. Mais peut-être moins que celle de 2008, où c’était le système en lui-même qui était mis à mal. On dépend de la réponse économique et budgétaire des États. Mais quelle sera leur réaction ? Si elle est adaptée, il y a une chance pour que la chute soit vertigineuse mais pour que le rebond économique soit plus rapide. Auquel cas la filière pourra retrouver ses marchés. Il reste encore une inconnue, c’est la sociologie de la consommation, qui risque d’être aussi différente de 2008.

En quoi une crise économique d’origine sanitaire peut-elle avoir des effets différents sur la consommation ?

Il faut bien voir que cette crise du Covid-19 est un choc psycho-social d’ampleur. Au-delà de l’aspect économique, du pouvoir d’achat des ménages, il y a une grosse interrogation sur le comportement sociétal des consommateurs. Il n’est pas dit que le secteur des cafés-hôtels-restaurants reparte vite à la réouverture, car certaines personnes auront probablement peur d’y attraper le virus encore dans les mois qui viennent. Ou bien les gens vont se ruer vers les terrasses qui leur ont tant manqué. Nous sommes tributaires de telles réactions. Sans doute qu’il y aura des effets à moyen et long termes sur les habitudes de consommation. Tout comme pour les canaux de distribution : l’e-commerce et la consommation directe devraient se renforcer.

Lire aussi " [Covid-19] Le Gouvernement dévoile 4 mesures pour soutenir les entreprises exportatrices "

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Vigne

Les plus lus

Les vendeurs de phyto ne peuvent officiellement plus vous conseiller depuis le 1er janvier
Désormais la loi interdit aux fournisseurs de produits phytosanitaires de jouer le rôle de conseil tel qu'il existait jusqu'à…
L'utilisation de filets d'ombrage pourrait être un levier à moyen terme pour s'adapter à la hausse des températures et le changement du profil des vins. © CA 84
Cinq pratiques viticoles pleines d’avenir
Autres temps, autres mœurs. Le changement du climat et l’avènement de l’agroécologie vont faire évoluer petit à petit le…
Robert Plageoles, vigneron au domaine éponyme, a fait référencer les pieds de vigne sauvage de la forêt de Grésigne afin de les protéger des arrachages intempestifs. © J. Gravé
La vigne sauvage, un potentiel en tant que porte-greffe à explorer
Dans le Tarn, Robert Plageoles, du domaine Plageoles, se passionne pour la vigne sauvage, ou Vitis sylvestris. Persuadé que son…
Flavescence dorée : la réglementation évolue
Début 2021, un nouvel arrêté de lutte contre la flavescence dorée et son agent vecteur devrait être publié. Des discussions sont…
Les turricules témoignent de la présence de vers de terre, et donc d'une partie de l'activité biologique. © C. Gloria
À la reconquête de la fertilité biologique des sols viticoles
Anciennement perçu comme un simple réservoir, le sol et son fonctionnement reviennent petit à petit au centre des préoccupations.
Cédric Moussé ne manque pas d'expliquer sa démarche lorsqu'il reçoit des clients au caveau. © J.-C. Gutner
Limiter son empreinte carbone à la vigne et au chai
Vigneron à Cuisles, dans la Marne, Cédric Moussé a intégré dans sa stratégie d’entreprise la modération de l’impact de sa…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Vigne
Consultez les revues Réussir Vigne au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters des filières viticole et vinicole