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Les vignerons au cœur de l’action du Plan National Dépérissement

Le programme Mobilisation et innovation vigneronne (MIV) est le premier à permettre la création d’un réseau de vignerons acteurs de la recherche et de la construction d’itinéraires de prévention. La démarche fait ses preuves et se poursuivra au-delà du plan.

L'expérience terrain montre que les vignerons ont envie de se regrouper et d'échanger.
© CNIV/IFV/H.Mahé

Boris Desbourdes, vigneron au Domaine de la Marinière à Panzoult, en Indre-et-Loire est concerné par les dépérissements de la vigne. « Je faisais déjà partie du réseau des fermes Dephy et j’ai vu dans le programme MIV l’occasion de partager mes observations sur les difficultés de retour en production des ceps complantés  », témoigne-t-il. Fin 2017, le vigneron rejoint le réseau MIV de son département, échange avec les viticulteurs voisins sur ses observations  ; et constate qu’il n’est pas le seul à avoir ce problème. « Je compte élaborer un protocole et mettre en place des essais au printemps prochain avec l’appui de la chambre d’agriculture  », annonce-t-il. Cet exemple illustre bien la dynamique associée au projet MIV. « Au moment du dépôt du projet, nous n’avions pas de réseaux de vignerons déjà constitués, détaille Anastasia Rocque, chargée d’étude à la chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire et coordinatrice nationale du programme MIV. « Mais notre expérience terrain nous assurait que les vignerons avaient envie de se regrouper et d’échanger  », poursuit-elle. Avec le soutien et la détermination de onze chambres d’agriculture et du syndicat général des vignerons réunis des Côtes-du-Rhône Associés, trois bassins pilotes sont retenus  pour intégrer le programme : Val de Loire, Charentes et Rhône-Provence. Une grande première au sein de la filière viticole.

Les maladies du bois, préoccupation première

Pour construire le programme avec ses partenaires, Anastasia Rocque s’appuie sur un questionnaire visant à identifier ce que les vignerons mettent derrière le mot « dépérissement  », et comment ils le quantifient. Le constat est sans appel  : 80 % des 500 réponses positionnent les maladies du bois en tant que principal facteur des dépérissements, « bien que le Val de Loire mette aussi en avant les aléas climatiques, et que la région Rhône Provence s’inquiète fortement de la sécheresse  », précise la coordinatrice. Les pertes liées aux dépérissements estimées par les producteurs se situent entre 5 et 10 hl/ha/an, soit un peu plus que les estimations du PNDV (Plan national dépérissement du vignoble). Rapidement, les chambres d’agriculture parviennent à mobiliser quelque 300 vignerons au sein de 29 réseaux répartis sur l’ensemble des trois bassins. Des groupes d’une dizaine de personnes se forment, avec parfois quelques caractéristiques communes comme celui est composé uniquement de jeunes vignerons ou celui un peu à part, regroupant uniquement des pépiniéristes.

Des vignerons décideurs, appuyés par les techniciens des chambres

Pour le choix des thèmes de travail, la souplesse est de rigueur. Les référents techniques laissent aux vignerons le soin de choisir ce sur quoi ils souhaitent travailler. « Nous sommes là pour apporter une contribution technique et scientifique et faire le lien entre les projets de recherche et le terrain  »,  explique Anastasia Rocque. L’objectif étant à terme d’appliquer sur le terrain les avancées émanant de la recherche. « Au départ, certains groupes ont eu un peu de mal à trouver des idées, mais la situation s’est rapidement débloquée , » indique la coordinatrice du programme MIV. Ainsi en Val de Loire et Rhône Provence, les groupes s’organisent par réseau géographique et ont plutôt tendance à travailler par maladie, alors qu’en Charentes, ils se sont formés par thématiques (matériel végétal, aléas climatiques, méthode curative, etc.) Au pays du cognac  ; certains expérimentent une technique ancestrale de taille qui tient compte des lunes montantes et descendantes. D’autres réalisent des essais avec différents porte-greffes, dont certains sont inexistants dans la région. Avec pour finalité, le désir de transmettre aux autres réseaux les résultats de ces essais. « Des vignerons d’un groupe de Rhône Provence ont formulé une demande afin d’être formés sur la taille Guyot Poussard, peu utilisée par chez eux, et pourtant commune dans certaines appellations du Val de Loire  », raconte Anastasia Rocque. « C’est notre rôle de faire en sorte qu’ils se rencontrent  », ajoute-t-elle. Dans la Vallée du Rhône, une journée de rencontres avec les chercheurs de la région est en cours d’organisation. « Pour construire le projet MIV, nous sommes partis du principe que, du fait de leur expérience, les vignerons avaient des solutions, et que mises bout à bout, celles-ci seraient peut-être des réponses aux problématiques de dépérissement  », explique Anastasia Rocque. Ces moments privilégiés d’échanges avec beaucoup de transversalité, sont également un moyen de se sentir moins démunis face à des fléaux que l’on ne parvient pour l’heure pas encore à endiguer.

Être acteur dans sa région et intégrer un réseau MIV

Les réseaux constitués il y a un peu plus d’un an ne sont pas figés, il suffit de se rapprocher de la chambre d’agriculture de son département et d’indiquer son désir de rejoindre un groupe. Deux à trois réunions par an sont organisées, principalement l’hiver, afin de coconstruire des itinéraires de prévention. Il peut s’agir aussi bien d’essais ponctuels, comme un type de taille, que d’engagement de long terme, comme un nouveau mode de plantation. Si l’on souhaite mettre en place un protocole chez soi, des visites des techniciens des chambres auront lieu pendant la durée d’expérimentation. « Notre rôle est également d’assurer le suivi que les vignerons n’ont pas le temps de faire  », précise-t-elle. À noter qu’il n’y a pas de budget spécifique à la mise en place de ces protocoles, toutefois, des analyses de suivi peuvent être prises en charge dans le cadre du PNDV. Pour Anastasia Rocque, il y avait une réelle nécessité à créer une telle démarche impliquant les vignerons en tant qu’acteurs, et il existe une réelle volonté de la perpétuer au-delà de la date de fin de projet annoncée.

repères

Mobilisation et innovation vigneronne (MIV)

Porteur du projet CA 37

Principaux partenaires CA 49, 41, 44, 84,13, 30, 26, 83, 16,17, syndicat général des vignerons réunis des Côtes-Du-Rhône Associés

Durée 2017-2020

Budget 235 000 €

Cap sur la formation

Le PNDV renforce encore son accent sur la formation en 2019. À ce titre, plusieurs actions seront menées tout au long de l’année

1 Les formations dispensées par le Fafsea (1) intégreront prochainement un nouveau bloc de compétences spécial « dépérissements du vignoble ». Ce dernier sera validé par deux certificats de qualification professionnelle (CQP) reconnus par l’État et destinés aux ouvriers spécialisés et ouvriers qualifiés de l’exploitation viticole.

2 De nouveaux modules vont également voir le jour dans les formations BTS des lycées viticoles, et intégreront les programmes scolaires 2019-2020.

(3) Un nouvel outil d’e-learning ou Mooc sera lancé lors du prochain Salon de l’agriculture du 23 février au 3 mars 2019. La web formation Mieux connaître le dépérissement pour agir , est destinée à tous les professionnels de la vigne et s’organise en quatre modules de vingt minutes chacun. À deux reprises, ils seront animés par des techniciens pendant quatre semaines consécutives, mais resteront accessibles le reste de l’année. Différents organismes de formation dont des universités et des chambres d’agriculture ont contribué à l’élaboration de cette formation en ligne.

Si la maîtrise des dépérissements dépend encore beaucoup de l’avancée de la recherche, leur reconnaissance sera bientôt à la portée de tous. De quoi espérer voir se développer de nouveaux automatismes dans les vignobles français  !

 
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