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Les lombrics, des alliés à choyer

Les vers de terre représentent la majorité de la biomasse de nos sols, et pourtant nous avons tendance à les négliger. Entretien avec Daniel Cluzeau, enseignant-chercheur spécialiste des lombrics, pour tout savoir sur ces ingénieurs du sol.

Daniel Cluzeau est enseignant-chercheur à l'université de Rennes 1, spécialiste de la macrofaune lombricienne.
© C. Saïdou/Ministère de l'Agriculture

Quel intérêt y a-t-il à se pencher sur les vers de terre en viticulture ?

Les vers de terre sont les garants de la fertilité du sol. Le vigneron a donc tout intérêt à permettre leur retour dans les vignes, d’autant plus que les niveaux sont généralement devenus bas sur cette culture. Observer l’évolution des populations permet d’ailleurs de piloter ses pratiques agronomiques : je conseille aux viticulteurs de faire des comptages tous les trois ou quatre ans, grâce à un test bêche.

Comment faire pour dynamiser leur installation dans des parcelles viticoles ?

Le système le plus favorable, que ce soit pour l’abondance et la diversité, est d’enherber tous les interrangs, avec plusieurs espèces de plantes. Il est important que le sol soit couvert du 15 septembre au 15 mai, période principale d’activité des vers. Car leurs populations sont cycliques. Les épigés, qui vivent à la surface, meurent en été et passent la saison sous forme d’œufs, qui éclosent avec le retour des pluies. Les endogés et anéciques, eux, s’enfoncent dans le sol et vivent au ralenti. Broyer le couvert pendant que les vers de terre sont actifs permet de leur apporter de la nourriture. C’est d’ailleurs mieux de maintenir l’enracinement de l’herbe durant cette période. Le labour n’est pas proscrit, mais mieux vaut éviter la période printemps/automne et les outils rotatifs. Enfin, apporter du compost peut être un bon moyen de relancer une dynamique.

Est-il intéressant de lâcher des vers de terre dans ses vignes ?

Les vers de terre que l’on cultive, notamment dans les lombricomposteurs, sont des épigés. Ils sont de petite taille, se nourrissent de la litière du sol et ils sont incapables de creuser des galeries. Il faut donc que la terre soit couverte, sinon ils sont voués à une mort certaine ! Apporter des espèces de grande taille serait envisageable, mais on ne sait pas les reproduire en masse. Mieux vaut préparer un sol favorable, quitte à implanter ensuite des mottes de terre de prairie, riches en lombrics. De ce que j’ai pu voir dans les vignes champenoises, le plus pertinent est de recréer un horizon permanent en apportant régulièrement de la matière organique ou en couvrant le sol. Alors, les vers de terre épigés naturels reviennent spontanément, tout comme les endogés et les anéciques.

Quel est l’impact réel du cuivre et quel usage doit-on en faire pour préserver les populations ?

Lors de nos études, nous avons constaté qu’entre un vieux et un jeune vignoble, en termes d’abondance de vers de terre, il y a un facteur 10, notamment à cause du cuivre. Les effets délétères se font sentir dès 50 ppm de concentration. Vis-à-vis du sol, plus on peut se passer de cette molécule et mieux c’est. Cela étant dit, je ne prône pas l’arrêt total et immédiat, mais de faire attention, afin de ne pas constituer une bombe à retardement. Car même si l’on trouvait des populations de vers de terre davantage tolérantes au cuivre, ce dernier devient à terme phytotoxique et affecte la vigne. Sur des sols anciennement viticoles ou contaminés, je conseille de diminuer les doses et de chercher des alternatives : fongicides de synthèse pour les conventionnels, stimulateurs de défense pour les bio, par exemple. Dans les jeunes parcelles viticoles, l’urgence est moindre mais il faut préserver son capital, en réduisant les doses et en utilisant des OAD pour traiter au bon moment. On peut aussi apporter de la matière organique pour bloquer la biodisponibilité du métal.

Un vers plat exotique, prédateur de lombrics, a récemment été introduit en France. Cela représente-t-il un danger pour nos écosystèmes ?

Nous ne savons que peu de chose sur ce plathelminthe originaire d’Océanie et d’Asie du Sud-Est. Il faudrait développer des recherches pour savoir à quels types de lombrics il s’attaque, et à quelle vitesse il s’étend. Nous sommes en discussion avec le ministère, mais pour l’instant rien n’a encore été déclenché. Il est donc trop tôt pour savoir s’il y a un réel danger. Quoi qu’il en soit, les vers de terre ont résisté à l’apparition des oiseaux et autres prédateurs, il n’est pas impossible qu’ils s’adaptent à ce nouvel ennemi.

approfondir

Les viticulteurs tout particulièrement intéressés par cette thématique peuvent, s’ils le souhaitent, travailler avec l’Observatoire participatif des vers de terre (OPVT), coanimé par l’université de Rennes et le Muséum national d’histoire naturelle. Pour cela, rendez-vous sur : https://ecobiosoil.univ-rennes1.fr/

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