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Les adjuvants ont le vent en poupe

Avec les Certificats d’économie de produits phytosanitaires, de plus en plus de vignerons devraient employer des adjuvants. Mais s’ils sont censés permettre une diminution des doses, les buses à injection d’air restent à privilégier pour limiter la dérive.

Le nombre de viticulteurs utilisant des adjuvants augmente régulièrement. C’est du moins le constat de l’Association française pour les adjuvants (AFA). « C’est un marché qui tend à se développer, car les vignerons ont progressé techniquement sur le thème de la pulvérisation, estime Yann Mismetti, responsable de la communication de l’association. Ils ont su réduire leurs volumes d’eau. Il y a dix ans, en moyenne nous relevions, selon les usages, des volumes de traitement compris entre 200 et 500 litres à l’hectare. Aujourd’hui, nous sommes arrivés entre 120 et 200 litres. Or en réduisant l’eau, on augmente potentiellement l’efficacité du traitement grâce à une meilleure concentration. Mais à la seule condition de sécuriser les gouttelettes des facteurs limitants. » D’où le recours aux adjuvants, dont l’usage devrait encore se développer grâce aux Certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP). Les distributeurs auront un objectif, à cinq ans, de diminution de 20 % des ventes de produits phytos. Et pour l’AFA, l’une des voies est clairement de recourir à ces produits.

Mais qu’est-ce qu’un adjuvant ? Selon le ministère de l’Agriculture, il s’agit d’une préparation dépourvue d’activité phytopharmaceutique, que l’on ajoute aux traitements phytosanitaires, afin de renforcer leurs propriétés physiques, chimiques et biologiques. En gros, l’adjuvant est censé favoriser l’efficacité de la bouillie. La mise en marché de ce type de produits est réglementée ; chaque adjuvant doit être homologué. Tous les organismes de recherche ou de conseil soulignent qu’une grande vigilance est de mise à ce niveau, des mélanges avec des molécules non homologuées pouvant entraîner des phytotoxicités. Le ministère précise que l’utilisation des adjuvants doit se raisonner au cas par cas et que leur efficacité dépend de ses caractéristiques, de la substance active du produit et de sa formulation mais aussi de la plante cible. Il existe en effet trois sortes d’adjuvants : les mouillants ou tensio-actifs, les huiles végétales ou minérales et les sulfates, sels ou humectants. Chaque adjuvant est homologué pour un type de produit, puis pour une ou des fonctionnalités. Lors du choix d’un adjuvant, dans un premier temps, il convient donc d’opter pour un adjuvant homologué sur vigne, pour herbicide, fongicide ou insecticide. Ensuite, de choisir la fonction souhaitée. On en dénombre sept principales : l’amélioration de la qualité de la bouillie, de la pulvérisation, de la rétention, de l’étalement, de la pénétration, le maintien des propriétés de la bouillie, et la réduction du lessivage.

Selon l’interprofession champenoise, CIVC, les mouillants permettent un meilleur étalement de la goutte et une meilleure fixation. Les huiles, quant à elles, améliorent la pénétration des produits. Enfin, les humectants évitent le dessèchement trop rapide des gouttes. « Aucun adjuvant n’a d’effet universel, pointe en effet le CIVC. Il est impératif d’établir des couples adjuvants/produits pour éviter les utilisations non préconisées. » Ainsi, les stickers sont employés avec les fongicides de contact, les étalant avec des antibotrytis et les pénétrant avec des fongicides systémiques.

Les buses à injection d’air, pour diminuer la dérive

Selon l’AFA, « les adjuvants apportent une réponse au cas par cas à des situations limitantes, pouvant affecter l’efficacité des bouillies ». L’association définit cinq types de facteurs limitants : la climatologie (manque d’hygrométrie, température excessive, excès de vent…), la qualité de la bouillie (pH et dureté de l’eau, mousse, compatibilité des produits), la pulvérisation en elle-même (dérive, évaporation de la goutte), l’atteinte et la couverture de la cible (hydrophobie, étalement, rétention) et enfin le lessivage. Mais qu’en est-il réellement ? Peu d’études récentes existent sur le sujet. Néanmoins, l’Irstea s’est penché sur l’intérêt des adjuvants pour limiter la dérive. Il semblerait que les effets d’augmentation de la taille des gouttes soient difficiles à prévoir, et dépendants de la technique de fractionnement de la bouillie (type de buse, pneumatique…) ainsi que des propriétés chimiques de la bouillie à laquelle ils sont ajoutés. Par ailleurs, les effets observés restent souvent en dessous de ceux produits par l’utilisation de buses à injection d’air, dont l’utilisation apparaît comme un moyen plus sûr et efficace pour réduire la dérive de pulvérisation. Mais de son côté, dans sa dernière note, le Columa Vigne (constitué de membres de l’IFV, de l’Inra, de la SPV, de chambres d’agriculture, etc.) recommande d’associer un adjuvant (lécithine de soja ou triglycérine éthoxylé) à la carfentrazone (herbicide de contact), afin de réduire la dérive.

Efficacité similaire de la bouillie avec une réduction de dose

En ce qui concerne les autres propriétés des adjuvants, les derniers essais réalisés en la matière datent d’une dizaine d’années. Mais selon l’AFA, les formulations des adjuvants ont un peu évolué depuis. Ces tests, menés par l’IFV, établissaient que certains adjuvants renforcent l’efficacité́ de certaines matières actives. Ainsi, l’adjonction de mouillants (en particulier les résines de pin) améliore globalement l’efficacité́ d’un traitement grâce à̀ son pouvoir dispersif. En revanche, à l’époque, l’institut estimait que cela ne permet pas de modifier les doses de produit ou les cadences de traitement. Néanmoins, en désherbage, selon le CIVC, qui a mené des travaux sur le sujet à peu près à la même époque, l’ajout d’adjuvant peut permettre le sous-dosage de produits à base de glyphosate. Le produit diminue l’impact négatif de la dureté de l’eau sur le désherbant, entraînant de ce fait une possibilité de réduction de dose. De son côté, l’AFA est en cours de réalisation de « fiches actions », dans le cadre des CEPP, afin de démontrer, expérimentations à l’appui, la capacité d’un adjuvant à compenser une réduction de dose de l’ordre de 10 %. Les expérimentations auront lieu sur grandes cultures cette campagne ; celles sur vigne se dérouleront « prochainement ».

Une sécurité en cas d’averse

« Nous employons des adjuvants depuis sept ou huit ans, tant avec nos fongicides qu’avec nos herbicides. Cela ne nous permet pas de diminuer les doses, mais d’améliorer et augmenter la vitesse de pénétration de la bouillie dans la plante. Cela nous sécurise en cas d’averse derrière. Par ailleurs, les adjuvants ont un peu un effet d’engrais foliaire. De ce fait, nos vignes sont assez résistantes et restent vertes longtemps, ce qui favorise une bonne mise en réserve. Au niveau de l’utilisation, ce sont des produits simples à employer, qui ne modifient pas la réalisation des traitements. »

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