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Le tressage, une alternative au rognage

Lors du congrès sur l’approche biodynamique de la vigne à Fontevraud les 19 et 20 février, Daniel Thulièvre, un viticulteur angevin, a promu le tressage de la vigne comme alternative au rognage.

Le tressage de la vigne consiste séparer deux groupes de cinq brins dans chaque main et à faire un nœud simple, pas serré. Puis on prend les brins d’une extrémité d’une main et de l’autre cinq nouveaux brins et on recommence.
Le tressage de la vigne consiste séparer deux groupes de cinq brins dans chaque main et à faire un nœud simple, pas serré. Puis on prend les brins d’une extrémité d’une main et de l’autre cinq nouveaux brins et on recommence.
© T. Mirault

Lors du congrès sur l’approche biodynamique de la vigne à Fontevraud les 19 et 20 février, Daniel Thulièvre a présenté son expérience du tressage de la vigne, qu’il réalise depuis quinze ans dans deux domaines châteaux angevins : Tour Grise et Passavant. Pour cet œnologue formé à la biologie, la méthode supprime le traumatisme du rognage et apporte un gain qualitatif.

Daniel Thulièvre Selon vous, en quoi le rognage gêne-t-il la vigne ?

À chaque passage de rogneuse, on laisse la plante sans défense durant quelques jours face aux agressions de pathogènes. La vigne est une liane, c’est une plante de contact, qui explore son environnement, le palpe. Du débourrement à la fleur, les rameaux poussent, imprégnés de la mémoire de la saison précédente. Les huit premiers étages constituent le préformé. Puis l’apex va se mettre à l’écoute de la nouvelle saison, du climat, des ravageurs, des maladies, c’est ce que l’on appelle le néoformé. On peut imager le phénomène en schématisant qu’à ce moment toute la sensibilité de la plante en fonction du millésime se situe dans l’apex. Le rameau a une certaine forme d’autonomie. Chaque apex, déclenche la réponse adéquate en cas d’agression pour le rameau dont il a la charge. En le coupant, la souche va se priver des données relatives au millésime d’une part, et d’autre part son enracinement est intimement lié à sa croissance végétative. À partir du moment où l’on rogne la vigne, on stoppe le développement et l’exploration des radicelles.

Que se passe-t-il à ce moment du rognage ?

Il faut comprendre, qu’à partir de la fleur, la cellule apicale, ou l’apex, est l’organisateur du rameau qu’il dirige. Il le défend contre les agressions (en synthétisant des phytoaléxines), il s’occupe des raisins dont il a la charge. Par exemple, quand la vigne est en fleur, ou à la nouaison, ou encore à la véraison, l’apex de la vigne se tord pour « regarder » ses raisins ; et durant cette période la vigne arrête de pousser. En rognant, les bourgeons situés sur le rameau vont se développer mais les huit premiers bourgeons sont déjà… le préformé. On peut alors avoir des grappillons suivant la vigueur de la plante. Les raisins quant à eux continuent leur développement, mais sans que le rameau soit à leur entière disposition, ils deviennent des éléments secondaires.

Comment et à partir de quand peut-on tresser ?

Pour tresser, il faut attendre que les rameaux ne supportent plus leur poids et commencent à ployer. Il suffit alors à 20 cm du dernier fil — soit 1 m 70, 1m 80 pour nous — de prendre deux groupes de cinq brins dans chaque main de faire un nœud simple, pas serré, puis on prend les brins d’une extrémité d’une main et de l’autre cinq nouveaux brins et on recommence. Au bout de deux heures les vrilles ont fait leur travail et les nœuds sont devenus indissociables. Il faut intervenir une seule fois dans l’année, à la mi-juillet, et compter en moyenne 22 heures par hectare. Pour les vignes très vigoureuses, qui donnent généralement beaucoup de grapillons, les deux premières années, nous sommes obligés de rogner une fois, mi-août. Le temps que la plante s’habitue.

Les raisins ne sont-ils pas trop à l’ombre ?

Le fait de non rogner a pour première conséquence que le rang est mince, deux à trois fois moins épais que des vignes épointées. Les raisins se trouvent donc à l’air, avec pour seul écran la feuille située en face.

Quels avantages qualitatifs peut-on attendre ?

Outre le fait que le rameau « s’occupe » de ses raisins, les avantages de cette méthode sont surtout sur les pathogènes.

D’une part sur les insectes. Même si on observe des glomérules en première génération et des vols ultérieurs, les dégâts liés aux générations suivantes sont insignifiants. Couplé avec un enherbement naturel attirant d’autres insectes, eudémis ou cochylis ne semblent pas tentées d’assurer leur descendance dans un endroit balayé par le vent, la pluie, la lumière et à la vue de ses prédateurs.

D’autre part, pour les viticulteurs en viticulture biologique ou biodynamique, à la fleur, les feuilles proches des raisins ont déjà reçu deux à trois traitements ; le cuivre a eu pour effet de durcir la cuticule et de la rendre plus difficile à pénétrer pour le mildiou. En tressant, on crée une zone de protection autour des raisins. Le mildiou est toujours attiré par les jeunes feuilles tendres.

En résumé, le tressage optimise les traitements ; l’effeuillage devient inutile et les processus de blocage au moment de la maturité du raisin sont limités. Au domaine, les vins blancs secs sont qualifiés d’agréablement minéraux, de plus aromatiques.

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