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Le soufre a-t-il accentué les effets de la canicule sur les vignes ?

Les applications de soufre avant l’épisode de canicule du 28 juin dernier ont parfois aggravé les symptômes observés de brûlures de feuilles et de desséchement de grappes. Mais la principale raison des dégâts constatés reste la violente montée en température jusqu’à plus de 45 °C dans certaines parcelles.

Les phénomènes de brûlure et de desséchement de grappes d'une ampleur inédite observés suite à l'épisode caniculaire de juin ont suscité des interrogations sur l'impact des applications préalables de soufre. © CA de l’Hérault
Les phénomènes de brûlure et de desséchement de grappes d'une ampleur inédite observés suite à l'épisode caniculaire de juin ont suscité des interrogations sur l'impact des applications préalables de soufre.
© CA de l’Hérault

« Nous déconseillons les applications de soufre au-delà de 30 °C, observe Jean-Baptiste Drouillard, expert technique vigne chez Syngenta. Alors, avec les températures extrêmes observées fin juin et surtout une brusque montée en température, il est clair que les applications de soufre qui ont précédé la canicule ont pu constituer un phénomène aggravant, même si des parcelles n’ayant pas reçu de soufre du tout ont aussi subi des dégâts ». Laurent Gourdon, de la chambre d’agriculture de l’Hérault, département très impacté par la canicule de la fin du mois de juin confirme, « c’est bel et bien la violence du phénomène qui est en cause, avec une accumulation très rapide et excessive de la chaleur et un vent très chaud qui a tout brûlé. D’ailleurs, sur 800 viticulteurs enquêtés et impactés, la moitié d’entre eux avait utilisé du soufre dans les jours précédents, l’autre non ».

Les particules fines de soufre plus impactantes

Le soufre est une molécule qui agit par sublimation, et « plus il fait chaud, plus la sublimation est forte », explique Laurent Gourdon. Plus que les formes de soufre, c’est la taille des particules qui semble plus ou moins impactante. « Plus elles sont fines, plus le risque de phytotoxicité en cas de forte chaleur est élevé », souligne Nicolas Constant, ingénieur à Sudvinbio. « On peut observer une différence de sélectivité selon les formulations, confirme Jean-Baptiste Drouillard, les particules de soufre de l’ordre du micron que l’on trouve dans certains produits se fixent plus fortement à la végétation et présentent plus de risques. » La nature des adjuvants et/ou mouillants ajoutés aux différents produits soufrés peut également avoir un impact important sur la sélectivité et le risque de phytotoxicité.

Au final, si les soufres poudres semblent moins « risqués » en situation de forte chaleur, sur le terrain, la différence ne semble pas si évidente : ainsi les parcelles de vigne de Nicole Bojanowski, vigneronne à Saint-Jean-de-Minervois dans l’Hérault n’ont pas été trop impactées malgré une application de soufre mouillable à 6 kg/ha dix jours avant l’épisode caniculaire alors que celles de Christophe Sabatier, vigneron au nord de Montpellier qui avait pratiqué un poudrage au soufre cinq jours avant la canicule, ont subi des dégâts importants (de 20 à 80 % selon les parcelles avec des feuilles brûlées et des raisins grillés). Plus généralement, souligne Marc Guisset, conseiller viticole à la chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales, « il n’a pas été observé de différence entre les parcelles protégées avec du soufre mouillable ou du soufre poudre ».

Adapter les pratiques viticoles à la nouvelle donne climatique

Dans la mesure où le soufre est le pilier de la protection antioïdium en particulier en viticulture biologique, l’épisode caniculaire de fin juin et ses conséquences localement dévastatrices interrogent les professionnels et les vignerons. Si cette situation se renouvelait, il pourrait être judicieux d’espacer ou de reporter les traitements au soufre en situation de forte chaleur annoncée ou encore de réduire les doses. « Certains vignerons bio ont ajouté du talc ou de l’argile au soufre », remarque Nicolas Constant. Des pratiques dont il faudra évaluer l’intérêt.

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Pourquoi le soufre est-il phytotoxique ?

La phytotoxicité du soufre est due à l’oxydation de la molécule de soufre en SO2, lui-même converti en SO3 avec l’air humide des stomates. Le SO3 est absorbé dans l’eau et produit de l’acide sulfurique (H2SO4) qui brûle les tissus des plantes. Les facteurs qui augmentent les risques de phytotoxicité sont des particules de soufre d’une taille inférieure à 1 µm (que l’on retrouve principalement dans certains soufres mouillables), la température de l’air supérieure à 32 °C, combinées à l’humidité de l’air supérieure à 75 % et une concentration élevée de la bouillie.

Source : Sudvinbio, la maîtrise de l’oïdium en viticulture biologique
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