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Le modèle coopératif vinicole défend sa spécificité

Les coopératives veulent valoriser le côté alternatif de leur modèle, en phase avec les nouvelles aspirations sociétales. La future loi Pacte les y encourage. Mais certaines dispositions de la loi Egalim pourraient affaiblir leur singularité. Une source d’incertitude.

« Et si le modèle de l’entreprise du futur était le modèle coopératif ? », lancent les Vignerons de Buzet dans leur magazine annuel faisant le point sur leurs actions RSE (Responsabilité sociale des entreprises). « De par leurs statuts et leurs actions, les coopératives constituent depuis longtemps l’une des formes les plus abouties d’entreprises à mission élargie », argumente le document. Un sentiment largement partagé par l’ensemble du mouvement coopératif. Et qui était au cœur du congrès de Coop de France du 19 décembre 2018. Le parallèle entre les « entreprises à mission » définies par la loi Pacte (1) dont l’adoption finale est prévue au printemps 2019, a alimenté les discussions. « C’est la consécration de votre mouvement », a lancé Henri Nallet, le président du Haut conseil de la coopération agricole (HCCA).

Un vieux modèle adapté aux aspirations d’aujourd’hui

« Aujourd’hui notre ligne reste la défense du statut très largement porté par les acteurs du mouvement coopératif. Ce n’est pas une question de taille d’entreprise », considère Anne Haller, directrice de la section Vignerons coopérateurs de Coop de France (voir encadré). « La situation sociale montre que la coopérative est un modèle qui fait société, qui fait sens », ajoute-t-elle. Certaines coopératives ont même choisi de réassumer leur statut à l’image d’Estandon vignerons. En juin dernier, la coopérative provençale a modifié son nom commercial pour devenir Estandon coopérative en Provence. Une sorte de profession de foi. « La coopérative est un modèle d’efficience pour créer de la valeur pour les bonnes personnes. Les consommateurs ont besoin de sens, comme les salariés. Ils savent que la démarche coopérative est solidaire, qu’elle est économe en moyens et investissements », considère Philippe Brel, directeur général d’Estandon. « La coopérative offre des services, c’est un lien durable. Le négoce peut dire non du jour au lendemain. Aujourd’hui l’intensité capitalistique nécessaire à la production est très forte et la coopérative permet de mutualiser les équipements. Elle donne accès à des spécialistes », égraine Baptiste Fabre, responsable marketing de Loire Propriétés.

« Respectons ce pour quoi nous avons été fondés à l’origine. Nous sommes des entreprises plutôt sereines par rapport à des groupes privés ou règne une pression permanente. Le principe un homme, une voix est toujours d’une grande modernité », observe Pierre Philippe, directeur général des Vignerons de Buzet.

Cette réaffirmation de la singularité du modèle correspond au plus optimiste des quatre scénarios élaborés par l’étude "Prospective coopération vinicole française à l’horizon 2035". Ce rapport, réalisé par FranceAgriMer en 2017/2018 à la demande de la Confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF), imagine le scénario d'une "coopération rayonnante s’affirmant au plan mondial comme porteuse d’un modèle économique et social de force égale au système capitaliste ». La coopérative y est aussi une « instance de régulation quantitative et qualitative de la production ». Des réseaux collaboratifs multiterritoriaux entre des coopératives se nouent comme une alternative à la concentration.

Un environnement réglementaire incertain

Mais ce scénario idéal peut-il advenir ? Les coopérateurs s’inquiètent de certains points de la loi Egalim pouvant entamer la spécificité du modèle coopératif. Lors du congrès, Michel Prugue, le président de Coop de France, a mis en garde le gouvernement contre un risque de « détricotage du statut coopératif ». Dans la ligne de mire les ordonnances en préparation sur le prix abusivement bas où le contrat coopératif serait assimilé à un contrat commercial, ou encore la séparation capitalistique de la vente et du conseil sur les produits phytosanitaires.

Également porteuse d’interrogations, celle demandant aux coopératives de renforcer la lisibilité et la transparence des informations contenues dans les documents transmis aux associés. Ce texte pourrait aussi simplifier les conditions de départ d’un associé coopérateur dans le cadre notamment d’un changement de mode de production. Une disposition jugée contradictoire avec le principe de projet collectif. « Il ne faut pas abandonner l’ADN du mouvement coopératif. Les outils sont là, dans les statuts. Ce sont les bonnes pratiques qu’il faut développer. Il faut que les gens s’en saisissent pour que le modèle aille plus loin », plaide Anne Haller. « Le principe d’une bonne gouvernance repose sur la confiance avec une obligation de transparence évidente », estime pour sa part Pierre Philippe, des Vignerons de Buzet.

Des initiatives pour dynamiser la gouvernance

Faire évoluer la gouvernance est une priorité partagée par de nombreuses coopératives. Selon les résultats du grand débat coopératif présentés lors du congrès, si 70 % des répondants agriculteurs-coopérateurs se déclarent proches de leur coopérative, seulement 36 % se disent très proches et 32 % estiment que leur voix n’est pas assez entendue. Motiver les jeunes vignerons à s’impliquer est une priorité pour assurer le renouvellement des générations et apporter du dynamisme. Chez Ortas-Cave de Rasteau, « les jeunes arrivants sont repérés et intégrés dans le conseil d’administration. Une formation leur est obligatoirement proposée même s’ils sont libres de l’accepter ou pas », décrit Antoine Müller, le directeur général. Coop de France propose les formations Sénèque pour former les nouveaux arrivants au sein de la coopérative au monde de l’entreprise. Chez CV-Nicolas Feuillatte, en Champagne, on réfléchit notamment à des systèmes de tutorat pour certains postes de direction, à l’interdiction de prendre en charge un nouveau mandat au-delà de 63 ans ou encore à une indemnisation pour le temps passé.

Pour satisfaire le penchant des nouvelles générations à l’expression individuelle, la Cave de Lugny en Bourgogne, développe le projet Un homme, un vin, permettant à des vignerons de signer de leur nom des cuvées personnalisées.

Pour leur prochain congrès, en juin 2019, les Vignerons coopérateurs ont choisi le thème de « l’innovation au service de la coopération ». Pour la gouvernance mais aussi le digital, la vinification ou la commercialisation, la coopération viticole veut travailler la performance, gage de la séduction de son modèle alternatif.

(1) Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises.

InVivo Wines intensifie son internationalisation

La branche vin du premier groupe coopératif français affiche des objectifs ambitieux. Son chiffre d’affaires a atteint 237,3 millions d’euros sur l’exercice 2017-2018. La barre est fixée à 500 millions d’euros dans trois ans et à 1 milliard d’euros en 2015. Pour devenir un « acteur majeur de la commercialisation du vin à l’international », sa stratégie repose sur la construction de marques et d’un portefeuille de vins du monde ainsi que sur le développement de circuits de distribution. La création d’une plateforme e-commerce est envisagée. L’offre s’élargit vers des vins rosés, des effervescents bio et des « sans alcool ». InVivo veut transformer ses filiales en sociétés à mission. Elle a publié en décembre dernier un livre blanc de 50 pages pour expliciter ce projet. « Ce statut permettra aux filiales d’InVivo Group de s’aligner sur celui de l’union, de faire valoir leurs engagements et de faire progresser les valeurs coopératives et mutualistes », explique InVivo.

La section Vignerons coopérateurs est née

Au 1er janvier 2019, la CCVF qui rassemble 13 fédérations régionales ou départementales, a intégré Coop de France pour en devenir la section spécialisée vin sous le nom de Coop de France Vignerons coopérateurs. « Nous aurons plus de poids sur les questions transversales comme la RSE ou la réforme de la PAC. Cela nous rendra plus opérationnels », estime Anne Haller, la directrice de la section. Y a-t-il un risque de dilution des problématiques vinicoles ? « Nous sommes 600 coopératives sur les quelque 2500 que compte Coop de France, ce n’est pas neutre. Nous pouvons pousser nos idées », affirme Anne Haller en précisant que chaque section a une organisation et une stratégie qui lui est propre. « Notre modèle s’appuie sur une animation locale forte », conclut-elle.

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