Laurent Bessot, l’Alsacien qui peint avec du vin
Pinot noir, syrah… pour Laurent Bessot, ce ne sont pas que des cépages, mais les pigments de ses œuvres. S’il trempe ses pinceaux dans le vin rouge, ses bouchons humanoïdes vivent aussi des aventures hors d’Alsace et du monde viticole.
Peut-être avez-vous déjà vu ses personnages ? Madame a le corps d’un bouchon de vin effervescent, monsieur bouchon est plutôt vin tranquille. Le couple occupe une large place dans les œuvres de Laurent Bessot, Alsacien fier de sa région et artiste peintre à temps complet depuis trois ans. Sa marque de fabrique ? Réaliser ses œuvres à l’aide de vin rouge et de bière en guise de pigments.
Pâtissier de formation, Laurent Bessot a toujours dessiné, pour lui ou sur des pièces artistiques pour son métier. Après avoir utilisé du café pour sa peinture, il est passé à la bière lorsque son frère a ouvert une microbrasserie, inspiré par la couleur très foncée de la stout. Mais utilisée directement, c’est la déception : lorsque la bière est sèche, on ne voit rien. En bon pâtissier, Laurent Bessot a l’idée de faire cuire son ingrédient. Et ça fonctionne. Ainsi préparée, la bière a exactement la teinte du bouchon de liège. Un style est né.
« Je préfère le vin jeune pour sa couleur plus violacée »
Jusqu’au jour où un de ses amis vigneron lui offre une caisse de pinot noir et lui commande une œuvre. Deuxième déclic : pourquoi ne pas utiliser le vin en complément de la bière ? Dès lors, Laurent Bessot va creuser ce sillon. « Je pourrais utiliser du vin tel quel, mais cela nécessiterait de repasser de nombreuses fois, aussi j’ai commencé à faire réduire le vin pour concentrer les anthocyanes. Je préfère le vin jeune, pour que la couleur soit plus violacée », précise l’artiste.
Sa recette est maintenant bien rodée : prenez 750 ml de pinot noir et portez à ébullition pendant 20 minutes dans une poêle et vous obtiendrez 250 ml « d’encre » de vin. Il a adapté sa préparation à la syrah, plus colorée, qui produit 375 ml. Et le champ des possibles est immense. Laurent Bessot a entendu parler des cépages teinturiers, par exemple, qu’il voudrait bien essayer. Chaque bouteille fournit de quoi réaliser plusieurs tableaux. Les œuvres sentent d’ailleurs les fruits rouges, tout au moins lorsqu’elles viennent d’être peintes.
« Je partage ce que les vignerons ont bien voulu m’apprendre »
Artiste professionnel, Laurent Bessot propose ses œuvres dans des expositions, sur les réseaux sociaux grâce auxquels il a construit une clientèle jusqu’aux États-Unis. Il réalise aussi des interventions sur invitation. Par exemple, il participe tous les ans à la Foire aux vins d’Alsace où ses faux tatouages ont connu un large succès. Il se déplace en France, en Allemagne… à l’occasion de festivités reliées ou non à la viticulture.
Certains dessins finissent en étiquette de vin
Installé derrière sa feuille, il observe, écoute et croque le détail qui fait mouche. Puis, lors de ses échanges avec les clients, il en profite pour promouvoir le vin ou tordre le cou aux idées reçues qu’il entend. « C’est du gagnant-gagnant, je partage ce que les vignerons ont bien voulu m’apprendre, on s’enrichit mutuellement », complète l’artiste dont la volonté est de conserver des tarifs abordables.