L’allophane, une argile pour lutter contre le mildiou de la vigne
Dans le cadre du projet Dionysos, le CEA a étudié les propriétés fongicides d’une argile nanométrique, l’allophane. L’heure est au transfert de technologie.
Tout est parti d’une demande adressée au CEA par des vignerons de Tutiac, en Gironde, pour trouver des solutions alternatives pour lutter contre le mildiou. « En cherchant dans son portefeuille de technologies brevetées, le CEA a trouvé une argile de taille nanométrique au profil intéressant, l’allophane, capable de stabiliser l'eau oxygénée », relate Pierre Picot, ingénieur chercheur au CEA à Paris-Saclay. Un composé qui existe à l’état naturel dans certains sols volcaniques, mais qui est synthétisé en laboratoire car trop complexe à extraire et à purifier. Rapidement, les scientifiques se sont aperçus que cette argile était intrinsèquement active et se sont affranchis de l’eau oxygénée, qui n’apportait pas d’efficacité supplémentaire. Le projet Dionysos financé et accompagné en Tech Transfer par la SATT Paris-Saclay a ainsi été lancé pour en explorer le potentiel.
Un effet de surface ayant une action préventive
Les expérimentations de laboratoire ont tout d’abord confirmé les propriétés fongicides du composé. Des essais de plein champ ont ensuite permis de montrer une certaine efficacité au vignoble. « Nous pensions d’abord que le produit formulé pourrait se substituer au cuivre, mais ce sera plutôt un complément, rapporte le chercheur. Il pourrait toutefois être utilisé seul sur des pressions faibles ou moyennes en début de saison, pour diminuer les doses. » L’allophane possède un effet de surface, et agit en préventif. Pour l’heure, deux hypothèses sont sur la table quant à son mode d’action : celle qui relève de la physique, car elle crée un film pouvant faire barrière, ou bien celle qui relève de la chimie, par oxydation des spores. Pierre Picot est assez confiant sur le fait que cette argile puisse être classée parmi les biocontrôles, un peu moins concernant l’autorisation en agriculture biologique. Le projet Dionysos est maintenant entré dans la phase de transfert technologique à un potentiel partenaire industriel.