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La Viti-Farm, c’est pas bête !

Le domaine Lanye-Barrac, dans l’Hérault, met les animaux au cœur de sa stratégie technique. Ils réalisent une bonne partie de l’entretien dans les vignes non mécanisables.

En s’installant sur les collines du Haut-Languedoc, Bernard et Mélanie Backhaus ont vite compris que la mécanisation n’allait pas leur être d’un grand secours. « Dans des vieux gobelets de carignan, plantés à 1,5 m par 1,5 à même le schiste, même le chenillard n’est pas adapté », remarque le vigneron. Il faut dire que certaines parcelles datent de 1910. « Nous n’avions pas beaucoup de possibilités pour faciliter l’entretien : c’était soit le glyphosate, soit faire appel à des animaux, expose son épouse. Et comme nous voulions faire du bio, la première option était exclue. » Il n’en fallait pas plus au couple pour faire naître le concept de la Viti-Farm. Après réflexion, le choix de Bernard et Mélanie Backhaus se porte sur plusieurs espèces. Deux vaches et un taureau de race Galloway, des petits animaux rustiques qui n’ont pas de cornes pour éviter les blessures, mettent bas facilement et ne sont pas difficiles en termes de nourriture. « Ils mangent même les chênes et montent les talus, ce sont de vraies chèvres ! » s’amuse Mélanie Backhaus. Selon elle, l’intérêt des bovins est leur capacité à brouter de grosses quantités d’herbe. Ils font ainsi le gros de l’entretien des 13 hectares de vignes en coteaux, tous conduits en gobelet et enherbés en totalité.

Le cheval nettoie plus en profondeur, jusqu’aux racines

Ils ont également acquis deux ânes, qui prétaillent la vigne. À la fin de l’automne, ces animaux viennent manger l’extrémité des sarments, qui est tendre et sucrée, et s’arrêtent systématiquement à une trentaine de centimètres de la base. Une caractéristique qui permet d’économiser un temps de travail non négligeable. Ce sont par ailleurs des bêtes plus légères, qui ne tassent pas le sol. Au milieu des vaches et des ânes, une jument de Camargue complète le troupeau. « Le cheval est plus gros et abat donc plus de travail, relate l’exploitante. Mais surtout, il broute plus en profondeur, jusqu’aux racines. »

Tous ces animaux vaquent en liberté sur les parcelles en coteaux qui sont d’un seul tenant, dûment clôturées, depuis la fin des vendanges jusqu’au débourrement. « La vigne a le temps de faire sa mise en réserve, car les animaux consomment d’abord l’herbe et ne touchent pas aux feuilles, assure Mélanie Backhaus. Ce n’est qu’ensuite qu’ils s’attaquent aux arbustes et aux bois. » Cette année, elle va tenter de remettre les vaches dans les vignes en saison végétative, juste après le premier passage de soufre, et ce jusqu’à la floraison. « Nous avons constaté qu’elles ne sont pas attirées par les feuilles de vignes, dit-elle. Et le soufre devrait refréner une éventuelle envie d’y toucher. » S’ils n’empêchent pas la pousse de l’herbe, les animaux limitent l’ardeur des adventices, et les effets sont visibles même lorsqu’ils ont quitté la parcelle.

Les apports de matière organique créent une nouvelle dynamique dans le sol

Les propriétaires ont constaté que grâce à leur piétinement, le nombre de fauches nécessaires pour compléter le travail en saison végétative a diminué. Bernard Backhaus n’en réalise plus qu’une seule par an au mois de juin, à la débroussailleuse à dos. « Ce peu d’entretien est aussi favorisé par le fait que nous sommes dans une région sèche et sur un sol de schiste pauvre », précise-t-il. Mieux encore, le couple a remarqué que la flore se modifie avec le temps : les adventices comme le séneçon laissent place petit à petit à des graminées, plus compatibles avec les activités viticoles et d’élevage. Il faut dire que le pâturage des animaux dans les rangs apporte beaucoup de matière organique, et crée un nouvel équilibre dans le sol. Pour Mélanie Backhaus, pas de doute, les animaux assurent la fertilisation et remettent de la vie dans les sols. « Nous n’avons pas encore fait d’analyse pour voir l’évolution, mais on constate visuellement un regain de fertilité, assure-t-elle. Les rendements remontent, les souches se portent mieux et dépérissent moins. »

Lorsque le troupeau n’est pas dans les vignes, il est parqué dans une parcelle de pré et de garrigue attenante, d’environ 7 hectares. « L’idée est de ne pas avoir à nourrir les bêtes avec du foin » explique la vigneronne.

Moutons, cochons, poules et canards sont à venir prochainement

Pour l’heure, il manque quelques animaux pour équilibrer le ratio entre les ressources disponibles dans les vignes et les besoins du troupeau. Le couple va donc prochainement acquérir davantage de bêtes, avec de nouvelles espèces. Mélanie Backhaus parle notamment de développer un petit élevage ovin, et un autre avicole (poules et canards). Elle envisage aussi d’introduire quelques cochons qui, parqués sur de petites parcelles à la suite des ruminants, pourraient labourer le sol. « La mixité est importante, car chaque animal mange une végétation distincte, poursuit-elle. Et cela permet de diversifier les fumiers, qui n’ont pas les mêmes compositions et propriétés. » Finalement, la Viti-Farm permet au couple de gagner du temps, et de faire des économies sur les intrants. " Bien sûr il y a parfois quelques légers dégâts sur la végétation, mais rien de préoccupant. Ça fait partie du jeu ", relativise Bernard Backhaus. La charge de travail se résume à une trentaine de minutes quotidiennes, et à deux journées par an pour entretenir les clôtures et déplacer les bêtes. Mis à part quelques prises de sang, ces animaux rustiques ne nécessitent pas de soins particuliers. « Les frais de vétérinaire sont négligeables », ajoute Mélanie Backhaus. Et cerise sur le gâteau, cela permet à la famille d’être autonome en viande tout en connaissant la provenance. « Ce qui est loin d’être anodin dans le budget ! », s’accordent les deux vignerons.

repères

GAEC Lanye-Barrac

Création en 2015

Superficie 18 ha de vignes et 7 de pré et garrigue

Appellation AOC saint-chinian, saint-chinian-roquebrun et IGP de l’hérault

Cépages carignan, grenache, syrah, cinsault, terret, muscat

Production 20 000 à 25 000 cols par an, et apport de 5 ha à la coopérative de Cessenon sur Orb

Gamme 4 rouges et 1 rosé (de 8,50 à 16 euros TTC)

Circuits de commercialisation cavistes, CHR et un peu d’export

Chiffre d’affaires 2016 73 000 euros

De l’intérêt grandissant des animaux en vigne

Depuis une dizaine d’années, il n’est pas rare de voir des viticulteurs accueillir des troupeaux de moutons dans les vignes, en dehors de la saison végétative. Une pratique de plus en plus répandue également dans les vignobles du nouveau monde, notamment en Australie et en Californie. Et les Océaniens, tout comme les Américains, ne manquent pas d’idées pour faire paître les ovins dans les vignes tout au long de l’année sans risquer d’amputer la récolte, s’économisant ainsi l’entretien de l’herbe. Ainsi, Morgan Doran, chercheur de l’université de Californie à Hopland, planche sur un projet "d’éducation » des moutons. Pour modifier leur comportement alimentaire, il les laisse dans un premier temps se délecter de feuilles de vignes, puis il leur administre une petite dose d’un médicament inoffensif leur donnant des maux de ventre. Les premiers tests du scientifique sont concluants, car les ovins se rétablissent très vite mais ne retentent pas l’expérience, même neuf mois après. En Australie, la société WineBaa commercialise de son côté un cache-museau balancier astucieux, ouvert sur le dessous.

Six porcs par hectare pour travailler le sol

Ainsi, le mouton n’est pas gêné lorsqu’il broute l’herbe tête baissée, mais dès qu’il la lève pour atteindre les feuilles de vignes, la gravité ramène le cache vers le bas, créant une véritable muselière.

Le recours à d’autres animaux que les moutons se développe également. Dans le Languedoc, Didier Barral (domaine Léon Barral) et Jérôme Estève (château Montfin) s’appuient, tout comme le domaine Lanye-Barrac, sur des ânes pour la prétaille des sarments. À Chaulgnes dans la Nièvre, Frédéric Benzergua fait confiance aux cochons, afin de travailler le sol de ses parcelles d’IGP côtes-de-la-charité, de la fin des vendanges jusqu’au débourrement. Ils retournent le sol avec leurs groins, et entretiennent ainsi la vigne.

Pour se faire une idée du WineBaa, rendez-vous sur https://bit.ly/2HtLU4k et winebaa.com
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