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Irrigation en viticulture : mode d’emploi

Face à la multiplicité des épisodes de sécheresse, de plus en plus de viticulteurs en AOC envisagent l’irrigation. Voici ce qu’il faut savoir avant de se lancer.

Dans quelles conditions peut-on irriguer la vigne ?

Les possibilités d’irrigation varient selon les segments de production. En vins sans IG, elle est autorisée tout le temps, sauf entre le 15 août et la récolte. Pour les IGP, il en va de même, sauf en cas de restriction par arrêté préfectoral. En AOC par contre, l’irrigation est autorisée seulement depuis la fin de la récolte jusqu’au premier mai. En revanche, si le décret de définition de l’appellation d’origine le prévoit, elle peut être exceptionnellement accordée entre la fermeture de la grappe et la véraison (au maximum du 15 juin au 15 août). Il faut toutefois que l’ODG de l’appellation concernée fasse annuellement une demande à l’Inao, avec un argumentaire prouvant que la situation climatique le justifie. La délibération de l’Inao est alors approuvée par un arrêté interministériel. « C’est une démarche qui devient de plus en plus facile puisque les situations exceptionnelles ont tendance à se multiplier, explique Jacques Rousseau, de l’ICV. Mais elle prend du temps. Parfois, l’autorisation arrive dix jours après la date optimale du début d’arrosage. » Par ailleurs, le viticulteur doit faire une déclaration à l’Inao, au plus tard le premier jour de l’irrigation, par le biais d’un formulaire papier. Il précise la désignation, la superficie et l’encépagement des parcelles, ainsi que la nature des installations. Face à cette complexité, la filière a proposé une évolution du décret relatif à l’irrigation des vignes en AOP. Celle-ci porte notamment sur une simplification de la démarche et des dates moins restrictives. Approuvée par l’Inao et le ministère de l’Agriculture, cette proposition attend la validation du ministère de l’Environnement.

Pour quel système opter ?

Le système le plus adapté à la viticulture est sans conteste le goutte-à-goutte. « C’est le seul qui permette d’apporter l’eau avec précision et efficacité », assure Hernan Ojeda, directeur de l’Inra de Pech-Rouge. Deux systèmes coexistent : enterré (à environ 40 cm de profondeur) ou aérien. À l’heure actuelle, le goutte-à-goutte enterré n’est pas autorisé en AOC, mais pourrait le devenir suite à la demande de la profession. Ce système présente l’avantage de ne pas gêner les travaux, et d’atteindre des niveaux d’efficacité proche de 100 %, car l’évapotranspiration est quasi-nulle. « C’est une technologie fiable, mais il faut vraiment qu’elle soit correctement installée et bien entretenue, surtout si l’on pratique la fertirrigation », admet le chercheur. Le système aérien est contrôlable facilement et peut être réparé au besoin. Il est également plus pratique à enlever lors de l’arrachage. Toutefois, il peut compliquer certaines opérations, comme la taille ou le travail du sol. « Le plus pratique, c’est d’installer le tuyau sur un fil intermédiaire entre le sol et le fil porteur, à 30 centimètres environ », selon Hernan Ojeda. Cette solution est toutefois moins esthétique que la première, et expose le réseau à toutes sortes de dégradations, que ce soit par les engins, les animaux ou encore les balles de chasseurs !

Quel coût cela représente ?

Pour une installation de goutte-à-goutte aérien, il faut compter environ 2 000 à 2 500 euros par hectare. « Cela représente environ 1 000 euros de frais de pose, qui comprennent une quarantaine d’heures de travail et le terrassement, plus 1 000 à 1 200 euros de matériel », détaille Jacques Rousseau. Enterrer le réseau entraîne par ailleurs un surcoût, de 25 % en moyenne, dû à la prestation particulière. « Si l’on veut ajouter des systèmes d’automatisation, les prix grimpent rapidement. Ils peuvent dans certains cas atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros ! », ajoute le technicien. Une fois l’installation réalisée, la chambre d’agriculture de l’Hérault estime un coût d’entretien annuel de 78 €/ha. Il comprend le nettoyage du réseau, qui doit être fait a minima une fois par an, et les réparations. À tout cela s’ajoute le coût éventuel de l’eau. Selon les années et les zones, 200 à 800 m3/ha/an, fragmentés en deux à huit apports, sont nécessaires à la vigne.

L’irrigation est-elle possible sur des coteaux ?

À condition de respecter quelques recommandations, l’irrigation au goutte-à-goutte est tout à fait réalisable en coteaux. « Ces systèmes fonctionnent avec un bar de pression seulement, informe Jacques Rousseau, ce qui est très facile à atteindre. » Il faut toutefois veiller à faire monter le tuyau d’arrivée d’eau et à installer le peigne en haut de parcelle, sous peine de voir l’eau rester en bas. Des goutteurs autorégulants sont par ailleurs indispensables. Cela rend l’installation en coteau plus onéreuse, et demande davantage de contrôles lors de l’utilisation. Si l’eau n’est pas distribuée par un système sous pression, mais par un réseau gravitaire situé en bas de parcelle, une pompe de relevage sera également nécessaire.

Comment piloter son irrigation ?

La grande majorité des viticulteurs ne pilotent pas leur irrigation. Ils regardent généralement la pluviométrie et l’état de la plante. « Malheureusement lorsque les symptômes sont visibles il est souvent trop tard ! », informe Hernan Ojeda. Le pilotage permet de contrôler le stress hydrique et de fixer un objectif de production, qualitatif ou quantitatif. De nombreuses méthodes existent. Pour le scientifique, la meilleure est celle de la chambre à pression. Elle consiste à mettre une feuille sous pression dans une cuve close et à mesurer le moment où la sève sort du pétiole. L’opération peut être réalisée à la parcelle par le viticulteur, et le coût du matériel, autour des 3 000 euros, est raisonnable. Mais la mesure doit être faite tôt le matin avant ouverture des stomates ou bien au midi solaire, avec une répétition sur six feuilles. Pour avoir une estimation précise, l’idéal est de réaliser l’opération une fois par semaine. « Quand on a le coup de main, cela ne prend que dix minutes. Mais lorsque l’on multiplie les parcelles et que l’on ajoute les déplacements, cela devient vite chronophage », regrette Hernan Ojeda. D’autres techniques, moins précises mais plus faciles à mettre en place, voient le jour. C’est le cas notamment des systèmes de modélisation de l’état hydrique, comme celui proposé par l’entreprise ITK, ou encore des capteurs mesurant l’évapotranspiration, à l’instar des innovations de Fruition Sciences. De son côté, l’ICV propose un suivi individuel, basé sur l’observation du bilan hydrique des parcelles, des sondes capacitives et des capteurs. Quant à la chambre d’agriculture de l’Hérault, elle a développé une méthode basée sur le suivi de la croissance des apex, facile à mettre en place, gratuite, mais peu précise.

Comment gérer les jeunes vignes ?

L’irrigation est autorisée en toute situation les trois premières années suivant la plantation. Mais souvent, les viticulteurs n’irriguent les plantiers que si la vigne souffre. Or, les scientifiques conseillent de les arroser. « La profondeur des racines ne dépend pas de l’eau mais du type de sol, assure le directeur de l’Inra Pech-Rouge. En Argentine, j’ai vu des vignes descendre à plus de quatre mètres sans problème, bien qu’elles soient irriguées en permanence. Les racines du haut puisent l’eau, et celles du bas les nutriments. Il ne faut pas hésiter à irriguer les jeunes plants, au contraire. »

voir plus loin

Dans les pays du Nouveau Monde, l’irrigation des vignes est un sujet bien plus étudié que dans l’Hexagone. Voici certaines techniques de pointe que nous avons recensées, et qui pourraient bien, à terme, débarquer chez nous :

L’oxygation est actuellement testée en Australie. Cette technique consiste à mélanger de l’air avec l’eau, grâce à un système venturi, pour amener de l’oxygène aux racines. Selon les premiers résultats, l’air présent dans la zone racinaire améliore l’absorption de l’eau et la respiration des micro-organismes.
Une puce électronique, intégrée à la plante, est développée par l’université de Cornell, aux États-Unis. Contenant de l’eau (issue des vaisseaux) et une membrane, elle suit et enregistre les variations hydriques des tissus et alerte en cas de stress ou d’un apport d’eau trop important.
Des goutteurs en forme de sonde sont commercialisés par l’entreprise américaine Deep Root Irrigation. Reliés à un tuyau aérien, ils prennent place directement dans la zone racinaire. Ainsi localisée, l’eau est plus efficiente. Cela constitue un système intermédiaire entre le goutte-à-goutte aérien et enterré.
Les adjuvants d’irrigation, jusqu’ici interdits en France, permettent d’améliorer l’efficacité de l’eau apportée. Ces tensioactifs agissent sur le bulbe et rendent l’eau disponible pour la plante plus longtemps.
c’est nouveau

Lors du dernier Sitevi, l’entreprise ITK présentait le tout premier débitmètre connecté pour l’agriculture. Installé sur l’un des tuyaux en début de rang, ce boîtier autonome mesure et transmet en temps réel les quantités d’eau effectivement utilisées. Il permet ainsi d’estimer sa consommation et de piloter son irrigation en direct.

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