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« En 2050, l’agriculture deviendra le premier préleveur d’eau et les tensions vont probablement s’accentuer » selon Clément Beaune, Haut-Commissaire au plan

Dans une note publiée ce 25 juin, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan appelle à la régulation de l’irrigation par les pouvoirs publics et à soutenir des pratiques agroécologiques plus sobres en eau.

Clément Beaune, Haut-Commissaire à la stratégie et au plan, en gros plan devant un fond de verdure.
« Une planification générale est indispensable pour engager une transformation radicale des usages de l’eau » estime Clément Beaune, Haut-Commissaire à la stratégie et au plan.
© www.strategie-plan.gouv.fr

« Alors qu’en 2020, la production d’énergie était le premier secteur « préleveur d’eau » (pour environ la moitié des prélèvements), en 2050 c’est l’agriculture (via l’irrigation) qui deviendra le premier préleveur (pour environ un tiers des prélèvements). […] En raison du changement climatique, en 2050 l’ensemble du territoire métropolitain devrait connaître des situations de stress chronique sur la ressource en eau, plus particulièrement dans le sud-ouest et le sud-est de la France », écrit Clément Beaune, Haut-Commissaire à la stratégie et au plan dans un édito accompagnant la sortie ce jour d’une note d’analyse intitulée « l’eau en 2050 : graves tensions sur les écosystèmes et les usages ».

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Que propose Clément Beaune pour réduire les tensions autour de la ressource en eau ?

Face aux tensions sur les usages de l’eau qui s’annoncent, il appelle entre autres à « la régulation de l’irrigation par les pouvoirs publics » et « au soutien des pratiques agroécologiques plus sobres en eau ». Il réclame par ailleurs un « débat parlementaire annuel » pour « permettre le suivi des mesures de sobriété et de réduction des tensions » et « en suggérer d’autres » sur la base d’un « document de prévision Eau » qui serait préparé conjointement par le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan et le secrétariat général à la planification écologique.

Lire aussi : « Il faut complexifier le sujet de la gestion de l’eau : la ferme France d’un point de vue climatique n’existe pas ! »

Quelle est la méthode de l’étude du Haut commissariat au plan ?

Pour arriver à ces conclusions, la note d’analyse a tenté de confronter la demande théorique et les ressources en eau projetées en 2050 à l’échelle de la France découpée en quarante bassins versants. Et ce pour deux années contrastées : une année marquée par un printemps-été sec et une autre par un printemps-été humide.

Lire aussi : Changement climatique : comment les agriculteurs le perçoivent et s’y adaptent avec l’agroécologie ?

Se basant sur deux modèles hydrologiques de l’étude Explore 2, à savoir Smash et Orchidée, le Haut commissariat au plan a utilisé cinq indices de tensions mensuels :

  • L’indice de stress sur les écosystèmes (ratio entre les besoins environnementaux en 2020 et les volumes potentiellement disponibles en 2050)
  • L’indice de tension calculé via les prélèvements (ratio entre volumes prélevés en 2050 et les volumes potentiellement disponibles en 2050)
  • L’indice de tension calculé via les consommations (ratio entre les volumes consommés en 2050 et les volumes potentiellement disponibles en 2050)
  • L’indice croisé d’évolution des prélèvements et de la ressource (ratio entre 1 + % évolution de la ressource entre 2020 et 2050 et 1 + % d’évolution des prélèvements entre 2020 et 2050)
  • L’indice croisé d’évolution des consommations et de la ressource (ratio entre 1 + % évolution de la ressource entre 2020 et 2050 et 1 + % évolution des consommations entre 2020 et 2050).

Relire : La sobriété au cœur du plan Eau présenté le 30 mars par Emmanuel Macron

Trois scénarios étudiés pour évaluer la demande en eau

Le Haut commissariat au plan a évolué la demande en eau pour trois scénarios d’usage : 

  • Un scénario « tendanciel » qui prolonge les tendances passées : à savoir selon la note « l’agriculture reste tournée vers la productivité et l’export ; l’équipement des surfaces agricoles en matière d’irrigation se poursuite ; les pratiques agroécologiques ne se développent pas ».
  • Un scénario « politiques publiques » qui simule la mise en place des mesures récemment annoncées : à savoir selon la note « les pratiques agroécologiques se développent sur la moitié des surfaces agricoles ; de nombreuses retenues d’eau sont construites ; construction de nouveaux réacteurs nucléaires »
  • Un scénario dit « de rupture » inspiré du scénario « coopérations territoriales » issu du travail prospectif Transition(s) 2050 de l’Ademe : à savoir selon la note « forte réduction de la consommation de viande ; pratiques agroécologiques se développent sur l’ensemble de la SAU ; le développement des surfaces équipées en irrigation est contenu ; les usages résidentiels sont divisés par plus de deux ».

Relire : La consommation en eau pourrait doubler d'ici 2050 : quelle part de l’agriculture ?

Quelles limites à cette méthode de confrontation entre la demande et la ressource en eau à l’horizon 2050 ?

Le Haut commissariat à la stratégie et au plan reconnaît les limites de cette étude qui n’est pas aussi détaillée que celles conduites à l’échelle des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE). L’étude ne s’intéresse par ailleurs qu’aux eaux de surface

Par ailleurs, non prises en comptes dan le projet Explore 2, les interventions humaines sur les débits de l’eau ont été reconstituées.

Lire aussi : Hugo Clément vise la production de maïs française dans Sur le front : comment la filière contre-attaque et dénonce une émission à charge

Quelles sont les conclusions de l’étude sur la tension entre ressources et demande en eau ?

L’étude du Haut commissariat au plan conclut que :

  • Du seul fait du changement climatique, les écosystèmes pourraient subir à l’horizon 2050 des situations de stress chronique plusieurs années consécutives sur tout le territoire hexagonal et plus particulièrement le sud-ouest et le sud-est de la France : l’été 2022 deviendrait la norme.
nombres de mois où la situation hydrique s'aggrave selon les trois scénarios

Lire aussi : Sécheresse : si « en 2022, le pire a été évité », un rapport appelle à accélérer la transformation de notre modèle agricole

  • En 2050 pour une année marquée par un printemps-été sec, dans le scénario tendanciel, 88% du territoire hexagonal serait en situation de tension modérée ou sévère en été, contre 64% pour le scénario de rupture.
Proportions de bassins en tension hydrique modérée ou sévère selon les bassins

Lire aussi : Gestion de l’eau : faire coïncider usages et ressource en eau sur les territoires

  • La tension hydrique calculée en consommation serait particulièrement forte dans le sud du fait de l’irrigation. Ainsi dans le scénario tendanciel, pour une année marquée par un printemps-été sec, au mois de juillet plus de 85% du bassin hydrographique de l’Adour-Garonne pourrait être en situation de tension sévère sur les consommations.
     
  • La situation hydrique calculée via les prélèvements devrait se dégrader en été mais aussi en hiver dans la grande majorité du territoire et ce pendant plus de six mois de l’année. Seul le scénario de rupture permettrait de limiter cette aggravation selon la note, avec des périodes de tension moins longues et plus de 25% du territoire où la situation s’améliorerait.
Proporition des bassins où la situation hydrique se dégrade selon le calcul par prélèvements

Lire aussi :Stocker l’eau pour l’agriculture : anticipation bénéfique ou aberration écologique ?

  • Seul le scénario de rupture permettrait de limiter l’aggravation de la situation hydrique en matière de consommations (notamment pour la production d’énergie) avec un peu plus de la moitié du territoire en situation dégradée contre la quasi-totalité du territoire dans le scénario tendanciel.
Proporition des bassins où la situation hydrique se dégrade selon le calcul par consommation

Lire aussi : Acétamipride et stockage de l’eau : deux sujets clivants de la proposition de loi Duplomb, quels sont les arguments des « pour » et des « contre » ?

Lire aussi : Rendements du blé et du maïs face au changement climatique : à quoi s’attendre en 2050 ? Quels enseignements en deux siècles ?

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