Aller au contenu principal

Des aquarelles de cépages sauvées de l’oubli

Rassemblées dans un livre, des aquarelles de cépages sur vélin témoignent des prémices de l'ampélographie au début du XIXe siècle. Elles résonnent avec les préoccupations d’aujourd’hui.

Une sélection de tirages photos des planches originales a été exposée à Paris en fin d’été 2022. L'Académie d'agriculture envisage de faire tourner cette expositions dans des régions viticoles.
Une sélection de tirages photos des planches originales a été exposée à Paris en fin d’été 2022. L'Académie d'agriculture envisage de faire tourner cette expositions dans des régions viticoles.
© Les raisins de Pierre-Joseph Redouté-Editions Paulsen

C’est l’histoire de quatre-vingt-trois aquarelles de cépages retrouvées en 2019 dans la cave du siège de l’Académie d’agriculture de France, à Paris. Elles ont été réalisées entre 1806 et 1811 par de talentueux illustrateurs botanistes, dont le célèbre Pierre-Joseph Redouté (1759-1840). L’Académie d’agriculture de France fait découvrir ce formidable patrimoine avec le livre Les raisins de Pierre-Joseph Redouté : Des aquarelles pour l’avenir de la vigne, publié aux éditions Paulsen.

Au-delà de leur intérêt ampélographique, les planches fascinent par leur esthétique. Les aquarelles ont été réalisées sur vélin, un type de support noble, qui par sa blancheur et sa finesse de grain permettait une précision remarquable.

Recenser les cépages pour identifier les meilleurs

« Jean-Antoine Chaptal, alors ministre de l’Intérieur du Consulat, a demandé aux 120 préfets de région d’envoyer des boutures de cépages cultivés sur leurs territoires respectifs. Le matériel végétal reçu a été planté à Paris, dans l’actuel jardin du Luxembourg, pour que les illustrateurs botanistes puissent les dessiner », retrace Constant Lecœur, secrétaire perpétuel de l’Académie d’agriculture de France.

Le ministre se désolait d’une production abondante mais peu qualitative. Une évolution due selon lui à « la pratique d’une aveugle routine », et à la préférence accordée « aux cépages les plus abondants en sucs grossiers sur ceux qui produisent les vins de meilleure qualité ». La connaissance des cépages apparaissait indispensable à l’essor qualitatif des vins français.

Un travail inachevé mais visionnaire

L’ampélographe Jean-Michel Boursiquot s’est livré, planche après planche, à une véritable enquête d’identification, confirmant ou infirmant les noms des cépages écrits sur les vélins. On retrouve ainsi l’aramon appelé ugne ou le chardonnay sous le nom de pineau blanc.

 

Si certains cépages représentés sont parvenus jusqu'à nous avec le même nom, bien d'autres sont inconnus ou ont disparu.

 

Mais dans près de la moitié des cas, le cépage est inconnu ou a disparu ! Le jericho du Cher ou le négron des Alpes-Maritimes sont ainsi perdus pour la cause de la diversité. La science botanique de l’époque, entre synonymes confusants et étiquetages approximatifs, n’a pas été à la hauteur de la précision graphique des peintres. Le travail de nomenclature a été abandonné. Mais ces planches témoignent de la prise de conscience de l’importance des cépages. En épilogue d’un passionnant texte sur les tribulations de la pépinière de cépages du jardin du Luxembourg, l’écrivain Marc Médevielle souligne l’ironie de l’histoire : Chaptal est resté attaché au procédé de chaptalisation alors qu’il a œuvré pour « redorer le blason des vins français ». Un raccourci que ce livre contribue à déjouer.

Paru en novembre 2021, Les Raisins de Pierre-Joseph Redouté a reçu le prix 2022 de l’organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). Il est édité aux éditions Paulsen (256 pages, 42 euros).

 

Les plus lus

<em class="placeholder">Thomas Berger-Leslavergne, viticulteur à Troissy, dans la Marne</em>
En Champagne : « J’ai imaginé une fraise de curetage pour lutter contre les maladies du bois de la vigne »
Le vigneron champenois Thomas Berger-Leslavergne a cocréé une fraise de curetage, l’OB 20, plus maniable et précise que les…
<em class="placeholder">barriques de vinaigre dans une serre à Cadillac en Gironde</em>
En Gironde : « J’ai installé mes barriques à vinaigre dans une serre et non dans mon chai »

Vigneron multi-actif, Vincent Lataste, du Château Mamin à Cadillac en Gironde, vient d’ajouter la production de vinaigre à son…

Vidéo - En Gironde : une remorque faite maison pour lutter contre le gel de la vigne

Un vigneron bordelais, Frédéric Lahaye, a conçu une remorque antigel. La voici en action.

Julien Chadutaud devant les vignes des domaines Jean Martell
En Charente : « Les tanins de châtaigne permettent de diminuer les doses de cuivre pour lutter contre le mildiou de la vigne »

Julien Chadutaud, responsable vignoble aux domaines Jean Martell, à Rouillac, en Charente, a testé les tanins de châtaigne…

<em class="placeholder">Sonal Holland, première master of wine indienne et partenaire de la School of Wine &amp; Spirits Business.</em>
Inde : « Il faut que la filière viticole française ait bougé d’ici un ou deux ans maximum car tout le monde lorgne sur ce marché »

Sonal Holland, première master of wine indienne et partenaire de la School of Wine & Spirits Business, analyse le…

<em class="placeholder">Viticulture. Préparation d&#039;un traitement fongicide préventif en vigne en Champagne. Pulvérisateur  Tecnoma monté sur un enjambeur. Remplissage de la cuve. Mélange du ...</em>
Six nouvelles solutions phytosanitaires pour les vignes en 2026
Nous avons identifié six nouvelles solutions pour la protection du vignoble en 2026, conventionnelles ou de biocontrôle. Tour d’…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Vigne
Consultez les revues Réussir Vigne au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters des filières viticole et vinicole