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Le vin de demain
[Vidéo] À Buzet, un vignoble pour inventer la viticulture du futur

Comment répondre à la nécessaire évolution des pratiques viticoles sans perdre de vue la rentabilité et le manque de main-d’œuvre ? Les Vignerons de Buzet vont chercher concrètement des solutions dans un vignoble expérimental baptisé New Age. Visite des lieux avec Carine Magot, la responsable vignoble.

Planté en 2019 sur 17 ha, le vignoble New Age de Buzet met en test 30 modalités différentes ayant toutes le même fil conducteur : la mise au point par l’expérimentation grandeur nature de solutions innovantes, voire en rupture. Objectif : une vigne plus résiliente face au climat et aux maladies, tout en étant autofertile et se passant d’intrants chimiques. Concrètement, le projet se matérialise sur deux parcelles. La première, d’une surface de 4,5 ha est en zone AOC. La seconde, de 12,5 ha, produira du VSIG.

Une approche audacieuse mais pragmatique

Le vignoble New Age est planté de quelque 5 ha d'arbres, dont de nombreux fruitiers avec différentes modalités de disposition par rapport aux rangs de vigne. © C. Gerbod

Au premier coup d’œil, ce vignoble New Age n’a rien de spectaculaire. S’il va faire appel à des technologies innovantes, il n’est pas conçu comme une vitrine des start-up viticoles. Le principe est d’acquérir de nouveaux savoir-faire transférables chez les adhérents de la cave, à la fois techniquement et en termes de coûts. C’est un critère majeur pour sélectionner les essais mis en œuvre. « Nous nous mettons des freins économiques. Nous ne sommes pas un grand cru classé », insiste Carine Magot, responsable vignoble des Vignerons de Buzet. Le temps de travail et les coûts de production induits vont être évalués avec soin.

L’irrigation n’est pas présente dans les modalités car elle n’est pas considérée comme une solution d’avenir compte tenu du risque de raréfaction de la ressource. L’agrivoltaïsme (panneaux photovoltaïques installés au-dessus des vignes) lui non plus n’a pas été retenu, car « les panneaux requièrent des grandes surfaces très bien orientées », ce qui ne correspond pas à la structure du vignoble. La parcelle qui produira du VSIG est taillée mécaniquement pour diminuer les coûts mais aussi parce que ce mode de conduite est jugé intéressant par rapport au changement climatique (voir encadré).

Le changement par l’introduction de nouveaux cépages

Parmi les trente modalités testées dans le vignoble New Age, figurent des variétés résistantes. © C. Gerbod

La vigne New Age est plantée d’environ 41 000 pieds. Chaque modalité est testée sur 6 rangs. Sur la parcelle de 4,5 ha classée en AOC buzet, sont expérimentées les variétés résistantes rouges artaban et vidoc ainsi que les cépages sudistes marselan, tempranillo, syrah et nielluccio. Selon les résultats, des demandes d’intégration dans le cahier des charges de l’appellation pourraient être envisagées. Le reste de la vigne New Age a été planté avec les cépages actuels de Buzet : merlot, cabernet franc, cabernet-sauvignon. Le but est de voir comment ils peuvent s’adapter à des conduites du vignoble inédites. Alternatives au cuivre, produits de biocontrôle ou issus de plantes seront testés au gré des idées, des contacts ou des nouveautés.

L’agroforesterie déclinée en différentes modalités

Le vignoble fait la part belle à l’agroforesterie. La coopérative a notamment travaillé avec l’association Arbre et paysages 32. Des haies sont implantées avec différents écartements par rapport aux rangs de vigne et différentes orientations. Plusieurs compositions sont testées, avec ou sans fruitiers. Des arbres sont même implantés dans le rang avec une modalité tous les 7 pieds, ou tous les 12 pieds. Il s’agit dans ce cas d’érables champêtres, une espèce endémique ayant montré une bonne synergie avec la vigne et supportant la mécanisation. Deux noues ont été installées pour créer des zones humides, et engendrer un « effet climatiseur ».

La plantation a engendré un surcoût important compte tenu de la quantité d’arbres et des aménagements : « 100 000 euros de plus par rapport à une vigne conventionnelle », indique Carine Magot. Sur les 17 ha, les aménagements agroforestiers occupent 5 ha.

« Nous allons mesurer concrètement les services écosystémiques rendus par les systèmes agroforestiers », précise Carine Magot. L’aspect climatique sera particulièrement scruté car le vignoble connaît de fortes amplitudes climatiques et l’influence croissante des vents d’Autan.

Mettre en place la couverture du sol

Les expériences d’enherbement se sont multipliées ces dernières années au château de Gueyze, vignoble géré directement par la cave, ou chez des adhérents. Ces acquis seront sollicités. « Plus un sol est couvert, mieux il fonctionne. On arrive à ne plus travailler le sol en profondeur », témoigne Carine Magot. Les interrangs sont donc enherbés avec des modalités qui évolueront. Le cavaillon le sera aussi à terme mais pour l’instant, les essais menés sur d’autres parcelles se sont montrés peu concluants.

L’une des trente modalités teste la plantation de vigne sur sol déjà couvert. « L’idée était de ne pas toucher le sol après vérification de son bon état, et de planter quand même à la machine, décrit Carine Magot. C’était très beau au début ». Mais en 2019, le gel a sévi à 0,5°, touchant ces rangs-là mais pas les autres. Les plants ont tout de même redémarré mais la responsable vignoble en a conclu que des plants à haute-tige seraient plus adaptés.

Le suivi des modalités se met en place

Stress hydrique, température, flux de sève… de nombreuses données vont être bien sûr suivies. « L’approche est systémique, et pas comparative avec une vigne témoin », pointe Carine Magot, le but étant d’évaluer un écosystème. Des diagnostics seront effectués sur la vie du sol, la flore, la biodiversité, les auxiliaires et ravageurs, le paysage, les flux d’eau… Les besoins de main-d’œuvre et de formation induits par l’agroforesterie seront aussi analysés.

Le suivi fait l’objet de différentes collaborations. Buzet a ainsi noué une coopération avec Biome Makers, un spécialiste de la modélisation de la fonctionnalité des sols. En 2019, la vigne New Age s’est intégrée au programme Vitirev mené par la région Nouvelle-Aquitaine en devenant un laboratoire d’innovation territorial (LIT). Baptisé Pour un vignoble au service du vivant, ce LIT développe une approche pluridisciplinaire. Il fera ainsi appel à l’histoire et la sociologie, ces disciplines pouvant donner un autre éclairage sur les problématiques de changement. Au-delà des vignerons adhérents de la cave, la vigne New Age diffusera ses résultats plus largement afin de contribuer à l’accélération de la transition agroécologique sur le territoire. Il deviendra aussi un lieu ouvert aux visites œnotouristiques. En attendant, cet espace futuriste n’échappe pas au monde réel. Il est clôturé pour se préserver des sangliers et a déjà connu le gel, la grêle et la sécheresse.

Le choix de la taille mécanique

La coopérative expérimente la technique de taille mécanique favorablement depuis 2014 sur quatre parcelles. Elle l’a retenue pour la parcelle de vigne en VSIG. « L’idée n’est pas de faire plus de rendements mais de nous adapter à nos nouvelles contraintes », explique Carine Magot. La vigne n’est pas palissée et son port haut retombant permet un ombrage des grappes et une couverture du sol plus facile. Au-delà de deux ans, le temps que la vigne retrouve son équilibre, « on reste sur les mêmes rendements. Les grappes sont plus petites mais bien réparties, plus aérées. Il y a moins de sensibilité aux maladies ». Autre avantage constaté : « cette année, nous avons eu des jus avec deux degrés de moins que la vigne taillée de façon traditionnelle », se réjouit Carine Magot.

repères

Les Vignerons de Buzet

Localisation Buzet-sur-Baïse (Lot-et-Garonne)

Surface 2 000 ha dont 150 ha gérés par une SCEA

Adhérents 140 viticulteurs

Effectif 95 salariés

Production 100 000 hl/an ; 65 % en rouge, 32 % en rosé, 3 % en blanc

Appellation AOP buzet, 95 % du volume de l’appellation.

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