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Brexit, se préparer au "no deal"

La prochaine échéance de l’interminable feuilleton du Brexit est fixée au 31 octobre 2019 et l’hypothèse d’une sortie sans accord paraît la plus probable. Une conférence organisée par l’assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) en juin dernier a encouragé l’ensemble des filières agricoles et agroalimentaires à s’y préparer.

Mieux vaut pas d’accord qu’un mauvais accord, considère Boris Johnson qui voudrait une renégociation dont l'UE ne veut pas. La perspective d'un no deal semble donc la plus probable. Dans ce cas, les règles de base de l'exportation avec un pays tiers s'appliqueront au Royaume-Uni.
© Willfried Wende/Pixabay

Si le Brexit entraîne un flot d’incertitudes, une chose est sûre, en cas de Brexit dur, c’est -à-dire sans accord, le Royaume-Uni redevient un pays tiers, avec lequel les règles régissant les liens commerciaux avec les pays hors UE vont s’appliquer.

Envisager des procédures d’exportations classiques

Compte-tenu de l’importance des échanges entre le Royaume-Uni et le reste de l’Union Européenne, assurer la fluidité à la frontière est une priorité absolue des pouvoirs publics. Christine Dubois, cheffe du bureau Restriction et sécurisation des échanges à la DGDDI, a souligné que 700 embauches avaient été prévues d’ici 2020 pour assurer cette fluidité. 5 à 6 000 camions par jours transitent par les Hauts-de-France vers le Royaume-Uni. Les marchandises sont très peu « containerisés », d’où des enjeux logistiques cruciaux. L’articulation entre les instances responsables des contrôles sanitaires (DGAL, DGCCRF) et la douane est aussi travaillée.

Se conformer aux obligations des Européens commerçant avec des pays tiers est donc à anticiper. A ce titre, Christine Dubois a rappelé l’obligation de disposer d’un numéro d’identification EORI (identifiant communautaire). Elle a mentionné que toute opération d’exportation pouvait se préparer jusqu’à 1 mois à l’avance. Des cellules-conseil aux entreprises sont à disposition au sein des pôles d’action économique des directions régionales des douanes. Selon elle, la dématérialisation très avancée des procédures facilite les démarches. « A défaut de pouvoir intégrer une personne chargée de la fonction douanière à l’intérieur de son entreprise, il est possible de recourir à un déclarant en douane », a-t-elle conseillé.

Vincent Hébrail-Muet, chargé de mission Brexit au sein de la DGPE au ministère de l’agriculture, a rappelé qu’il existait de nombreux dispositifs d’aides à l’exportation vers les pays-tiers, qui pouvaient désormais jouer. De nombreuses infos sont accessibles via le site brexit.gouv.fr

S’adapter à la nouvelle donne du marché britannique

Faudra t’il baisser les prix pour garder les parts de marchés si les prix augmentent du fait des droits de douane et de l’évolution de la livre sterling ?  Le témoignage de Brigitte Roig, représentante du distributeur anglais Winterbotham Darby, spécialisé dans l’importation de produits européens (notamment sous IGP ou AOC), incite à le penser. Lorsque la livre sterling a baissé en juin 2016 lors de lors de l’annonce du Brexit, les prix des produits achetés en euros ont grimpés. Certains produits ont cessé d’être référencés par les grandes surfaces clientes de sa firme. Des adaptations ont été trouvées pour d’autres. Pour garder ses fournisseurs et ses marchés, l’entreprise a renégocié les prix avec les fournisseurs et la grande distribution. Elle a même mis en place des moyens pour enlever les produits, prendre en charges les formalités, accéder aux procédures simplifiées.

L’éventualité de devoir envisager une redéfinition de l’offre pour rester dans le créneau de prix requis par le marché britannique a aussi été soulignée par Vincent Hébrail-Muet, de la DGPE au ministère de l’agriculture.

Croire en la fidélité des consommateurs

Nicolas Ozanam, délégué général de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) veut croire en la fidélité des consommateurs britanniques. Il a campé une position très optimiste par rapport aux autres secteurs présents à la conférence, considérant que les habitudes de consommation de vins et alcools n’allaient pas « changer en un clin d’œil quelle que soit l’évolution des tarifs douaniers ». Si le Royaume-Uni est le second marché export pour les vins et spiritueux français, la France est la première importatrice de whisky. Ce lien bilatéral protégerait en somme les vins et spiritueux français de barrières douanières et non tarifaires inconsidérés. Il mise aussi sur l’expérience de l’export vers les pays tiers que possède la filière des vins et spiritueux pour se réadapter à la nouvelle situation. A court terme, il prévoit que le phénomène de stockage qui s’est opéré avant le 31 mars, la date butoir précédente, va se reproduire avant le 31 octobre.

La crainte d’un déséquilibre plus global

Si des marchés se ferment au Royaume-Uni, où se réorienteront les flux ? Pour Bérenger Guyonnet directeur des affaires publiques et relations extérieures de Sodiaal, « il y a beaucoup d’appréhension sur l’impact indirect ». Il a évoqué le risque de voir débouler sur le marché des produits laitiers irlandais, jusque-là orientés sur le Royaume-Uni qui feraient baisser les prix dans un contexte de marchés mondiaux « toujours plus bataillés. »

Parmi les autres interrogations, l’évolution des liens privilégiés du Royaume-Uni avec les pays du Commonwealth ou encore l’impact de la répartition des contingents actuels entre l’Union européenne et l’OMC entre l’UE et le Royaume-Uni.

 

L’impact d’un Brexit dur évalué à 500 millions d’euros pour l’agroalimentaire français

Pour l’ensemble de l’agroalimentaire français, Thierry Pouch, économiste de l’APCA évalue les pertes à l’exportation à 500 millions d’euros, un an après la sortie sans accord. Au premier rang des secteurs touchés, les boissons et alcools qui totaliseraient 40% des pertes suivis par le secteur laitier à 14%.

Selon la projection par région, les Hauts-de-France seraient les plus grands perdants avec 87 millions d’euros de pertes potentielles à un an, devant le Grand-Est (67 millions d’euros), la Nouvelle-Aquitaine (65 millions d’euros), la Normandie (42 millions d’euros) et les Pays de la Loire (41 millions d’euros). L’économiste s’est basé sur le retour de droits de douane et le taux de change mais sans prendre en compte des phénomènes de report ou substitution.

 

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