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Alternatives aux herbicides : pas de solution magique pour les vignes en situation de contrainte

Le programme Viglyfree, visant à trouver des alternatives au désherbage chimique du cavaillon en situation de contrainte, entame sa troisième campagne d’expérimentation. Le point sur les résultats actuels.

La tuile Symbio est constituée de plastique recyclé. Elle empêche les adventices de coloniser le cavaillon.
La tuile Symbio est constituée de plastique recyclé. Elle empêche les adventices de coloniser le cavaillon.
© Chambre d'agriculture du Vaucluse

Répartis dans six régions viticoles, Alsace, Champagne, vallée du Rhône (Vaucluse), Bourgogne, Val de Loire et Sud-Ouest (Cahors), les essais du programme Viglyfree se sont concentrés sur des vignes dans des zones de pente importante ou de contrainte hydrique élevée. Mais sans surprise, aucune solution actuellement testée ne parvient à égaler les performances technico-économiques des herbicides. Pour autant, certaines pratiques semblent un peu mieux adaptées.

Couverts végétaux : avantage à l’enherbement naturel

C’est le cas par exemple de l’enherbement spontané, expérimenté dans le Vaucluse ou le Maine-et-Loire. Cette technique est rapide et nécessite peu d’interventions, puisqu’il suffit de laisser l’herbe s’installer puis de la tondre. Les experts pointent néanmoins le fait que le débroussaillage, ou la tonte, est énergivore et chronophage. De plus, les adventices concurrencent fortement la vigne. « La modalité enherbée témoigne d’un plus fort déficit hydrique et d’une plus faible teneur en azote foliaire », indique la chambre d’agriculture du Vaucluse. En revanche, aucune baisse de rendement n’a été constatée. « Cette pratique peut facilement être transposée aux parcelles de dévers », poursuit la chambre. À condition d’arriver à sélectionner les espèces les moins concurrentielles pour la vigne.

Les essais d’enherbement semé se sont en revanche montrés décevants. Tant le mélange de trèfles testé au domaine de l’École en Alsace, que le trèfle souterrain ou le sédum implantés au lycée agricole de Beaune (EPL), semblent insuffisants pour concurrencer efficacement les adventices. Le mélange de trèfles ne s’est pas assez développé ; le trèfle souterrain n’a pas réussi à étouffer la vesce ni les graminées. Quant au sédum, sa densité n’a pas été assez importante.

Tuile Symbio : efficace mais très onéreuse

Testée en 2021 par la chambre d’agriculture du Vaucluse, cette solution de paillis fixe en plastique recyclé permet de s’affranchir totalement de l’entretien du cavaillon, au moins à court terme. « La tuile peut être installée dans des situations où la mécanisation n’est pas possible et où l’enherbement est trop concurrentiel, analyse la chambre. L’innovation technique est intéressante. On pourrait imaginer une tuile en matériau biodégradable : résidus de chanvre, de textile, amidon, etc. » Néanmoins, les experts pointent plusieurs limites : son coût très élevé, 14 000 euros par hectare, et la difficulté de travail du sol à proximité des tuiles.

Paillage, l’amidon plus résistant dans le temps

 

 
Le paillage d'amidon a été testé au domaine Dopff. Il permet une bonne maîtrise des adventices.
Le paillage d'amidon a été testé au domaine Dopff. Il permet une bonne maîtrise des adventices. © Domaine Dopff
Diverses modalités de paillage ont été expérimentées dans les six bassins : avec de l’amidon, des plaques de chanvre, du miscanthus, du lin ou encore des fibres de peuplier. Si toutes ces techniques ont permis une bonne gestion des adventices sur le cavaillon, elles impliquent néanmoins une mise en place longue et fastidieuse. Ainsi, en Alsace, le temps de pose de l’amidon a été évalué à 470 à 510 heures par hectare ! Soit un coût de 1 006 euros par an et par hectare sur dix ans, a estimé l’Inrae de Colmar. De son côté, la chambre d’agriculture du Vaucluse a calculé que le coût d’installation du paillage à l’amidon revenait à 6 700 euros par hectare. Les plaques de chanvre, posées dans la Marne, coûtent 3 900 euros par hectare sur dix ans.

 

Par ailleurs, tous les experts ont noté la difficulté de nettoyer la bordure du paillage, de travailler l’interrang à proximité, voire d’épamprer la vigne : c’est le cas avec le miscanthus et la fibre de peuplier. De même, le chanvre ne semble pas être la panacée à long terme, le paillage s’envolant sur sol sec et se dégradant rapidement, comme le note la chambre d’agriculture de la Marne. À l’inverse, l’amidon paraît avoir une durée de vie supérieure. La chambre d’agriculture du Vaucluse a également constaté que le paillage d’un plantier avec de l’amidon avait permis de réduire les dégâts liés au gel.

Belhouka : attention aux salissures par graminées

Les essais de Belhouka ont mis en avant sa bonne efficacité globale sur enherbement modéré, mais ont pointé des lacunes sur graminées. Par ailleurs, ce produit a un coût de revient élevé : environ 280 euros par hectare et par passage avance l’Inrae de Colmar.

Travail du sol : chronophage et technique

Enfin, le travail du sol reste une solution efficace mais qui provoque, comme on le sait, des blessures de ceps. Elle est chronophage et énergivore. Par ailleurs, la fenêtre d’intervention est souvent courte ce qui complexifie l’organisation des chantiers.

À Cahors, l’EPL a expérimenté le travail du sol avec l’épampreuse Multiclean, avec un résultat mitigé. Si le débit de chantier est intéressant et la mise en œuvre simple, cet outil ne détruit néanmoins pas toutes les adventices, surtout les plus résistantes.

Toutes ces techniques vont encore être testées sur la campagne 2022, pour un rendu final courant 2023.

Viglyfree regroupe divers partenaires : des établissements d’enseignement public (Eplefpa Les Sillons de Haute Alsace, Eplefpa Beaune, Eplefpa Cahors Le Montat et Eplefpa Montreuil Bellay), des instituts de recherche (IFV, InraeColmar), une interprofession (Civa, le conseil interprofessionnel des vins d’Alsace), des chambres d’agriculture (Alsace, Marne, Vaucluse), une association et un viticulteur (Vignes vivantes, Domaine Dopff).

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