Transmettre son exploitation à son salarié
Pour remplacer les éleveurs qui vont partir en retraite, les seules transmissions familiales ne suffiront pas. Les salariés sont un vivier de futurs repreneurs, que la Cooperl a encouragé ses adhérents à valoriser pour de nouvelles formes de transmission.
Pour remplacer les éleveurs qui vont partir en retraite, les seules transmissions familiales ne suffiront pas. Les salariés sont un vivier de futurs repreneurs, que la Cooperl a encouragé ses adhérents à valoriser pour de nouvelles formes de transmission.
Et si votre salarié devenait votre successeur ? La démographie et la restructuration des élevages amènent la filière porcine à devoir attirer des salariés et des repreneurs pour renforcer ses forces vives et remplacer les nombreux départs en retraite. « Les modèles de transmission se diversifient, avec de plus en plus de jeunes venus d’horizons différents, partage Yann Henry, directeur du groupement Cooperl, lors de son forum installation-transmission. Un quart des 26 installations que nous accompagnons en moyenne tous les ans se font hors cadre familial. » Pour ces installations, le salariat est un vivier. « Quand un éleveur sait qu’il n’y aura pas de succession dans le cadre familial, il doit anticiper et y penser lors de ses recrutements, conseille Bernard Rouxel, président de la Cooperl. Dans chaque salarié, il peut y avoir un repreneur potentiel. » C’est le cas de Corinne Benoît. Venue travailler chez Sébastien Navière, éleveur à Coëtmieux (Côtes-d’Armor), pendant sa formation en alternance, la jeune femme s’est découvert une vocation pour l’élevage porcin. « Avec Sébastien, nous avons beaucoup échangé autour des projets pour l’exploitation, apprécie Corinne. Les choses se sont faites progressivement jusqu’à ce que je sois prête à m’installer. »
Pour favoriser ces installations, deux ingrédients sont nécessaires : une anticipation dans la préparation de la succession et un management qui accompagne la montée en compétences de ses salariés.
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Recruter et motiver ses salariés
Entre une attractivité limitée et la concurrence des autres secteurs d’activité, la filière porcine doit faire valoir ses atouts pour attirer des salariés. Le salaire compte mais pas seulement. Les conditions de travail, la reconnaissance et la confiance de son employeur, le savoir-faire managérial sont des atouts pour recruter et fidéliser ses salariés. « Il est important de communiquer positivement sur la filière, de montrer que le métier a du sens, souligne Mélinda Buisson, responsable de la gestion des compétences à la Cooperl. En plus d’entretenir une dynamique d’équipe, il faut considérer chaque salarié comme un partenaire. Donner des responsabilités peut motiver un salarié à envisager de s’installer. » Une période de salariat peut aussi être une phase de transition avant l’installation, notamment quand elle se fait en dehors du cadre familial. « J’ai été salariée pendant deux ans avant de m’installer, explique Élisabeth, éleveuse à La Chapelle-Bouëxic (Ille-et-Vilaine). Cela nous a permis avec mon associé d’apprendre à nous connaître et de faire une transmission sereine. »
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Garder un outil attractif
Avec une installation pour deux ou trois départs, les futurs éleveurs ont le choix des structures à reprendre. Une exploitation performante, autonome en épandage aura plus de chance d’attirer un repreneur. Faute d’investissements réguliers, l’ampleur des travaux risque de décourager les repreneurs, qui se projetteront plus facilement dans un outil déjà modernisé. « Garder l’attractivité de son exploitation demande des investissements réguliers pour améliorer les performances et la cohérence aussi bien dans la suite bâtiments », souligne Emmanuel Corduan, responsable de l’accompagnement stratégique à la Cooperl. « D’ailleurs, ce sont les éleveurs qui investissent le plus qui dégagent le plus de valeur », complète Hélène Karp, chargée d’études économiques à la Cooperl.
Anticiper sa succession
La transmission de son exploitation est un projet qu’il faut également anticiper. « L’idéal est de commencer à y réfléchir dix à douze ans avant la date en retraite envisagée », conseille Emmanuel Corduan. Pourquoi aussi longtemps à l’avance ? Parce qu’il faut du temps pour définir son projet, réfléchir à ce qui sera transmis (foncier, maison) tout en continuant à investir pour maintenir un bon niveau de performances. Une anticipation suffisante permettra de préparer les aspects fiscaux et sociaux, avec suffisamment de temps pour étudier les montages sociétaires les plus opportuns pour réaliser des donations.
Cinq ans avant son départ en retraite, il va falloir chercher un successeur, s’il n’est pas déjà connu. Anticiper son départ laisse le temps d’accompagner sa montée en compétences et de finaliser les aspects économiques. « La réussite d’une transmission débute par une bonne évaluation de la valeur de l’entreprise, insiste Régis Talon, du service économie de la Cooperl. Le plus pertinent est de se baser sur la valeur économique, calculée à partir de la rentabilité. » Sur cette base, le repreneur pourra faire son étude de faisabilité, en se laissant une marge de sécurité et en intégrant les travaux à envisager sur les dix ans à venir.
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Accompagner salariés et nouveaux éleveurs
La filière porcine a besoin de nouveaux actifs, salariés comme éleveurs. Pour attirer et former ces nouvelles recrues, la Cooperl a mis en place des solutions d’accompagnement. Pour les nouveaux salariés, le programme « Compagnon » propose des formations. Pour les jeunes coopérateurs, en plus d’un accompagnement technique et stratégique, la Cooperl leur assure une rémunération supplémentaire de 5 cts/kg et un prix plancher garanti pendant cinq ans. Elle propose aussi des prêts à taux zéro pour la reprise du cheptel reproducteurs.
Faire évoluer les modes de financement
Face aux montants des reprises, de nouveaux modes de financement voient le jour : pool bancaire pour diluer le risque, crédit-bail, portage du foncier… « Face au montant des reprises et à la complexité des dossiers, il faut avoir une approche entrepreneuriale de la transmission, estime Bernard Rouxel, président de la Cooperl. Pour faciliter la reprise, il faut explorer de nouveaux modèles, avec des donations familiales quand le successeur est un enfant mais aussi des transferts de parts progressifs, des cédants qui restent un peu dans l’entreprise. » Pour accorder des crédits, les banques demandent un apport de fonds propres qu’un jeune peut avoir du mal à trouver, notamment lors d’une installation hors cadre familial. « Pour y pallier, nous développons une solution de quasi-fonds propre qui permet de différer le remboursement du capital, donc d’alléger les mensualités des premières années », présente Jean-Rémi Berteleu, responsable du service développement du marché agriculture au Crédit agricole des Côtes-d’Armor.