Temps du travail : faire le bon diagnostic pour des solutions individualisées
Face à un déséquilibre de la charge de travail, il est nécessaire d’objectiver le temps passé tout en intégrant le ressenti et les priorités de l’exploitant. Cette démarche est indispensable pour bâtir une organisation du travail viable et durable.
Face à un déséquilibre de la charge de travail, il est nécessaire d’objectiver le temps passé tout en intégrant le ressenti et les priorités de l’exploitant. Cette démarche est indispensable pour bâtir une organisation du travail viable et durable.
En grandes cultures, la saisonnalité très marquée des travaux met certaines exploitations sous tension. Ces difficultés s’accentuent avec la réduction des solutions techniques, l’augmentation des surfaces, ou l’ajout de nouveaux ateliers. « Voir des agriculteurs dans un sentiment de surcharge de travail est plus fréquent qu’auparavant », constate Bénédicte Auboin, conseillère en organisation du travail à la chambre d’agriculture de Normandie. « Aux évolutions structurelles s’ajoute un contexte climatique plus incertain : les périodes d’intervention deviennent de plus en plus aléatoires. Il y a parfois de gros enjeux économiques si l’agriculteur n’est pas dans ses parcelles au bon moment. » Si les solutions sont nombreuses (simplification des pratiques, Cuma, ETA…), un diagnostic personnalisé est souvent nécessaire avant d’engager des changements structurants.
Mesurer les temps de travail pour objectiver les déséquilibres
Quand ils sont confrontés à des agriculteurs en surcharge de travail, les conseillers des chambres d’agriculture utilisent Ma calculette temps de travail, pour estimer les temps passés à partir des caractéristiques de l’exploitation. « C’est un logiciel conçu pour aider les agriculteurs dans une phase de réflexion sur le travail ou lors d’une évolution structurelle de l’exploitation. Il permet de poser un regard sur sa situation actuelle, de se projeter », explique Bénédicte Auboin. La version simple en accès libre estime un volume global annuel de travail. La version Pro, accessible via un conseiller, détaille le temps par tâche, période, intervenant, matériel… L’outil permet d’identifier les postes chronophages, les périodes de surcharge ou une inadéquation entre charge de travail et main-d’œuvre disponible. « Cela factualise un ressenti que peut avoir l’agriculteur ou lui fait prendre conscience de dysfonctionnements. »
Ces outils sont d’autant plus utiles que les céréaliers enregistrent rarement leur temps de travail. « Ils n’en voient pas forcément l’utilité », constate Bénédicte Auboin. Pourtant, saisir tous les temps de travail, que ce soit les moments passés au champ, au bureau, en réunion ou en formation, peut aider à optimiser son organisation. « Il faut un suivi sur plusieurs campagnes pour avoir des éléments de comparaison », estime la conseillère qui indique que c’est particulièrement intéressant pour identifier des temps masqués, comme les déplacements ou la préparation du matériel. Des outils numériques peuvent aujourd’hui produire des données fines sur ces postes (voir encadré).
Résoudre des problèmes de travail implique d’intégrer l’humain
Mais les chiffres ne disent pas tout, observe Sophie Bidet, accompagnatrice en relations humaines et stratégie d’entreprise à la chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire. « Deux exploitants avec les mêmes surfaces, production, et équipement n’auront pas la même perception de la charge de travail : l’un sera stressé, l’autre plus détendu. » Un diagnostic peut révéler une surcharge de quinze heures par semaine sans que l’agriculteur en souffre, ou conclure chez un autre à un équilibre satisfaisant alors que l’exploitant se sent débordé. « Sur certaines exploitations, il existe un levier peu expérimenté qui est celui de la charge mentale. Comment l’appréhender et la réduire fait aussi partie de notre métier. »
Quantifier une surcharge de travail peut donc aider à révéler ses causes, mais ne suffit pas à la résoudre. L’organisation du travail ne se résume pas à un équilibre entre heures disponibles et heures nécessaires, estime Sophie Bidet. « L’agriculteur doit se poser les bonnes questions : qu’est-ce que je suis prêt à accepter en termes de volume de travail, où je veux emmener mon exploitation. » Les réponses varient selon la situation familiale, l’existence d’une activité complémentaire ou encore le niveau d’exigence technique. « Il est indispensable de placer les objectifs et les attentes de l’exploitant au centre de la réflexion. »
L’agriculteur doit s’approprier les solutions
Sophie Bidet précise que son rôle n’est pas de laisser une ordonnance, mais un plan d’action que l’agriculteur doit s’approprier. « Nous les orientons vers des formations, des études économiques, des démonstrations de matériel ou des visites de Cuma, pour les aider dans leur réflexion. » Les choix qui en découlent ne sont pas sans conséquences sur l’humain : embaucher un salarié implique de s’inscrire dans une relation hiérarchique, adhérer à une Cuma suppose de travailler avec d’autres et faire des compromis, déléguer des travaux implique de faire confiance. Ces solutions ne sont pas adaptées à tous les profils et dépendent aussi de l’environnement et du réseau local.